C’est une montagne de liquide bleu qui s’apprête à prendre le chemin des déchets dangereux. Santé Canada a ordonné le rappel de plus de 132 000 bidons de lave-glace McDade Auto -40. Bien que le liquide soit parfaitement efficace pour l’hiver, il doit être éliminé en totalité, car son bouchon ne répond pas aux normes de sécurité pour enfants.
L’avis de rappel publié le 5 janvier cible spécifiquement les produits vendus entre octobre et décembre 2025. La réglementation fédérale est stricte concernant les produits de dégivrage automobile. Le lave-glace d’hiver contient une forte concentration de méthanol, l’ingrédient qui empêche le liquide de geler par grand froid. Contrairement à d’autres alcools, le méthanol présente une toxicité élevée pour l’humain. S’il est ingéré, même en très petite quantité, il peut causer la cécité ou des dommages neurologiques permanents. C’est pour prévenir tout risque d’ingestion accidentelle que la loi exige un bouchon difficile à ouvrir pour un enfant, une protection qui fait défaut sur ce lot spécifique.
Si le potentiel de danger justifie l’existence de la norme, la réalité du terrain montre une absence de conséquences négatives jusqu’ici. Le fabricant, McDade Products LLC, a confirmé qu’en date du 22 décembre, aucun incident, aucune blessure, ni aucune ingestion n’avaient été rapportés au Canada. Malgré ce bilan vierge après trois mois de présence sur le marché, la procédure administrative ne permet aucune demi-mesure. Santé Canada demande aux consommateurs de cesser immédiatement l’utilisation du produit. Plutôt que de proposer l’envoi d’un bouchon de remplacement ou d’émettre une simple consigne de vigilance, Santé Canada impose l’élimination complète du stock vendu.
Cette directive transforme instantanément 132 132 bidons de produit de consommation courant en une matière dangereuse à traiter. La facture écologique s’annonce lourde pour ce qui est, à la base, un liquide conçu pour s’évaporer sur les pare-brises. Les consommateurs sont invités à rapporter leurs bidons aux dépôts municipaux de résidus domestiques dangereux, ce qui engendrera des milliers de déplacements individuels vers les écocentres. Une fois récupérées, ces centaines de milliers de litres ne seront pas simplement recyclées. Le traitement du méthanol implique généralement des processus industriels complexes, comme l’incinération à haute température, dont l’empreinte carbone dépasse largement celle de l’utilisation normale du lave-glace.
Le fardeau de cette opération retombe ainsi sur la logistique municipale et les consommateurs, pris entre l’impératif légitime de sécurité et l’absence d’alternatives pragmatiques. La directive actuelle s’applique uniformément, sans égard au contexte réel de l’utilisateur : qu’il s’agisse d’un foyer sans enfants, d’un conducteur vivant seul ou d’une personne capable de stocker le produit en hauteur, tous sont tenus de jeter le produit. En écartant les solutions de bon sens, comme l’utilisation d’un bouchon récupéré sur un ancien bidon, la réglementation privilégie une élimination bureaucratique du risque plutôt que la responsabilisation du consommateur.


