En ce moment, la demande en gaz naturel est en hausse en Europe et dans le monde. C’est dans cette optique que Gabriel Giguère a rédigé une note économique qui s’intitule : « Usine de gaz naturel liquéfié : un projet prioritaire pour le Québec ». Je me suis entretenu avec ce dernier.
Gabriel Giguère est analyste senior en politiques publiques à l’Institut économique de Montréal.
Entretien
Simon Leduc : Est-ce que la demande mondiale en gaz naturel va augmenter dans les prochaines décennies?
Gabriel Giguère : « Elle va effectivement être en hausse dans un avenir rapproché. Selon l’Agence internationale de l’énergie, les marchés émergents vont augmenter leur consommation de gaz naturel de 30 % d’ici 2050. »
L’Union européenne aura-t-elle besoin de nouveaux approvisionnements en gaz naturel dans le futur?
Gabriel Giguère : « Tout d’abord, la demande en gaz naturel en Europe va demeurer vigoureuse. Il y a un changement de dynamique dans l’approvisionnement sur le Vieux continent. Ce dernier a interdit l’importation de gaz russe depuis le début de la guerre en Ukraine. Depuis 2021, la Norvège a substantiellement haussé ses exportations de gaz naturel vers l’UE. Mais, le gouvernement norvégien estime qu’il y aura une baisse importante de la production d’hydrocarbures (incluant le gaz naturel) de son pays dans les prochaines années. Cela va mener à une baisse des exportations norvégiennes vers l’Europe. Dans ce contexte, le Québec a une opportunité de devenir un exportateur de gaz naturel vers l’UE en construisant une usine de gaz naturel liquéfié à Baie-Comeau. Il y a aussi de gros concurrents dans ce domaine comme le Qatar et les États-Unis. Alors, une diversification des importations de gaz naturel serait une bonne chose pour l’Europe. Cela représente aussi une bonne occasion d’affaire pour le Québec.
Je veux rappeler que pendant la guerre en Ukraine, plusieurs dirigeants politiques européens ont demandé du gaz naturel canadien. Or, le Canada n’avait pas l’infrastructure nécessaire en place pour pouvoir répondre à cette demande. »
Pourquoi le Québec serait un meilleur partenaire pour l’Europe que les États-Unis dans l’exportation de gaz naturel
Gabriel Giguère : « Je pense que l’emplacement territorial est un facteur qui favorise le Québec. Il y a une proximité géographique entre le Québec et les trois ports européens à forte capacité : Dunkerque en France, le terminal Gate à Rotterdam aux Pays-Bas et Barcelone en Espagne. La distance entre Baie-Comeau et les trois ports européens sont entre 2876 et 3375 milles nautiques. Tandis que le port de Corpus Christi, qui est un des plus grands terminaux en service dans le Golfe du Mexique, est entre 5017 et 5342 milles nautiques des trois destinations européennes. Tandis qu’il est entre 6244 et 6343 milles nautiques entre les trois ports européens et le Qatar.
Alors, le Québec a un avantage géographique considérable sur ses concurrents américains et du Qatar. Les livraisons du gaz naturel seraient plus rapides et moins chères pour l’Europe. De plus, la Belle province deviendrait un partenaire stratégique et fiable pour l’Europe dans ce domaine. Celui-ci pourrait assurer la sécurité énergétique du Vieux Continent.
Le projet de construction d’une usine de gaz naturel liquéfié de Baie-Comeau produirait une quantité similaire de gaz naturel que le projet GNL Québec qui n’a pas malheureusement pas vu le jour. Une usine de cette ampleur aurait pu fournir 6,2 % des importations européennes totales en 2024. L’Europe aurait été susceptible de diversifier ses partenaires commerciaux, tout en favorisant la prospérité économique du Québec et sa capacité à répondre à la demande mondiale. »
À quoi consiste le projet d’usine de gaz naturel liquéfié à Baie-Comeau?
Gabriel Giguère : « Le site de Baie-Comeau a été discuté avec une entreprise. Dans notre analyse, on s’est demandé ce qui serait propice au développement d’un tel projet. Le site de Baie-Comeau est près de l’océan atlantique, ce qui est un avantage. Les promoteurs veulent construire une usine qui pourrait produire une quantité similaire de gaz naturel de celle de la défunte GNL Québec. Sa production aurait été de 46 millions de mètres carrés par jour. Ce projet serait viable, car l’Europe a besoin d’un approvisionnement stable en gaz naturel. Le site de Baie-Comeau a un avantage géographique et stratégique par rapport aux autres concurrents. Il y a aussi une hausse générale de la demande de gaz naturel dans le monde. Le Québec pourrait aussi exporter cette source d’énergie vers d’autres marchés comme l’Afrique. Donc, le Québec en sortirait gagnant sur le plan financier et tactique.
Il faut que ce projet voie le jour, mais les promoteurs devront affronter l’opposition de groupes environnementaux qui ont noyauté dans le passé les procédures d’examen comme le BAPE. En conséquence, la réalisation d’un tel projet est difficile dans le contexte actuel. »
Qu’est-ce que le fédéral et le gouvernement du Québec doivent faire pour aider à la mise en place de ce projet de construction d’une usine de gaz naturel liquéfié à Baie-Comeau?
Gabriel Giguère : « D’une part, il faut réformer le processus d’évaluation d’impact au fédéral et d’évaluation environnementale au provincial pour retirer le caractère arbitraire et politique de ces décisions. Il faudrait que ce mécanisme soit beaucoup plus rapide, car c’est très lent actuellement et cela cause énormément d’incertitude. En conséquence, les investisseurs et les entrepreneurs sont plus réticents à développer ce type de projets au Québec.
D’autre part, en décembre 2025, Éric Girard a déposé une législation, Q-5, qui veut permettre de précipiter le processus d’évaluation environnementale pour des projets prioritaires. Le gouvernement de la CAQ s’est inspiré de la loi fédérale C-5, qui fut adoptée en juin 2025, qui permettra d’aller de l’avant plus rapidement pour des projets jugés prioritaires par Ottawa. Donc, il faut s’assurer de l’adoption de la loi Q-5 et s’entendre rapidement avec le fédéral pour garantir qu’un projet de gaz naturel liquéfié devienne primordial pour le Québec. Cela permettrait de démarrer rapidement le projet d’usine de gaz naturel liquéfié à Baie-Comeau. Ce dernier serait très bénéfique pour le Québec tant sur le plan financier que commercial.
Pour conclure, cela serait un atout majeur pour le secteur énergique canadien que d’avoir ce type d’usine de gaz naturel liquéfié dans l’Est, parce qu’il n’y en a pas actuellement. »

