Vendredi, février 13, 2026

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Penser global, agir local

Nous avons probablement tous déjà entendu cette phrase dans un contexte ou un autre : penser global, agir local. Que ce soit le maire de Repentigny, Nicolas Dufour, dans un podcast parlant de l’importance de la canopée urbaine et d’une technique de reforestation japonaise, un groupe de militants décroissantistes ou votre belle-sœur, étudiante au microprogramme de deuxième cycle en environnement, qui vous explique pourquoi il faut absolument trier vos déchets, cette formule est solidement ancrée dans le discours environnementaliste.

Mais cette globalité semble s’évaporer dès que l’on aborde la question de l’énergie et des émissions de gaz à effet de serre. Dans ces domaines, tout se passe comme si la réflexion s’arrêtait magiquement aux frontières de la colonne comptable. On calcule ce qui est émis chez nous, on se félicite des résultats, et l’on détourne pudiquement le regard de ce qui est produit ailleurs pour soutenir notre mode de vie.

L’atmosphère, pourtant, ne reconnaît ni frontières provinciales ni juridictions fiscales.

On n’a pas fini d’en entendre parler

Non, on n’a pas fini d’en entendre parler, de l’énergie et des GES. Chauffage, production industrielle, transport : le sujet revient sans cesse, et pour cause. Encore cette semaine, le gouvernement fédéral annonçait fièrement son nouveau plan stratégique pour l’automobile. En résumé, on y annonce politiquement la fin des quotas, en omettant de préciser que la cible de 2040 est désormais fixée à 90 % plutôt qu’à 100 %. Ce n’est pas exactement ce que j’appelle une fin.

On y annonce également le retour des incitatifs fédéraux à l’achat de véhicules zéro émission. On repassera pour le gouvernement de droite : il s’agit d’un interventionnisme assumé, simplement affublé d’un nouveau branding.

Même si l’enjeu technique de la réduction des GES dans le secteur des transports m’intéresse grandement, je demeure sceptique face à l’idée d’imposer un changement aussi abrupt à une industrie qui repose sur une chaîne d’approvisionnement complexe, mondialisée et déjà sous tension. Surtout lorsque d’autres leviers, potentiellement plus efficaces à court et moyen terme, sont largement évacués du débat public.

L’angle mort énergétique québécois

C’est ici que le réflexe « penser global » devrait pourtant s’imposer avec le plus de rigueur. Réduire nos émissions locales tout en important massivement de l’énergie, des biens et des matériaux dont la production est fortement émettrice ailleurs relève davantage d’un exercice de comptabilité politique que d’une véritable stratégie climatique.

Le Québec s’est bâti une réputation environnementale enviable, notamment grâce à son parc hydroélectrique. Mais cette image vertueuse s’accompagne aussi d’un tabou persistant : toute discussion sur les hydrocarbures, même lorsqu’elle s’inscrit dans une logique de transition énergétique globale, est rapidement disqualifiée.

Le gaz naturel en est l’exemple parfait.

Gaz naturel : un refus local, une demande mondiale

Pendant que le débat québécois demeure figé, la réalité énergétique mondiale, elle, continue d’évoluer. La demande en gaz naturel est en hausse, tant dans les marchés émergents que dans les économies avancées. En Europe, cette dynamique est accentuée par une reconfiguration majeure des approvisionnements énergétiques depuis l’invasion de l’Ukraine.

C’est dans ce contexte que Gabriel Giguère, analyste senior en politiques publiques à l’Institut économique de Montréal, a récemment publié une note économique intitulée « Usine de gaz naturel liquéfié : un projet prioritaire pour le Québec ». Simon Leduc a discuté avec lui afin de mieux comprendre les enjeux derrière cette demande mondiale… et le rôle que le Québec pourrait — ou pourrait refuser — de jouer.

Une demande appelée à croître

Selon M. Giguère, la tendance est claire : la consommation mondiale de gaz naturel continuera d’augmenter dans les prochaines décennies. D’après les projections de l’Agence internationale de l’énergie, les marchés émergents à eux seuls devraient accroître leur consommation de près de 30 % d’ici 2050.

L’Europe, quant à elle, devra composer avec une réalité encore plus contraignante. Le continent a volontairement coupé l’accès au gaz russe, tout en dépendant fortement des exportations norvégiennes. Or, la production d’hydrocarbures en Norvège est appelée à diminuer de façon marquée dans les prochaines années, ce qui entraînera inévitablement une baisse de ses exportations.

Autrement dit, l’Europe devra trouver de nouveaux fournisseurs fiables. Parce que l’on doit se rappeler que l’Allemagne a dû relancer des centrales au charbon bien plus polluantes que des centrales au gaz pour compenser la fermeture de leurs centrales nucléaires à la suite d’un activisme efficace de militant anti-nucléaire.

Une opportunité que le Québec préfère ignorer

Dans ce contexte, le Québec bénéficie d’un avantage rarement évoqué dans le débat public : sa position géographique. Une usine de gaz naturel liquéfié située à Baie-Comeau se trouverait beaucoup plus près des principaux ports européens que ses grands concurrents, qu’il s’agisse des États-Unis ou du Qatar. Des distances plus courtes signifient des livraisons plus rapides, des coûts de transport réduits et, incidemment, une empreinte carbone moindre par cargaison livrée.

Un projet de l’ampleur de l’ancienne proposition de GNL Québec aurait pu fournir à lui seul plus de 6 % des importations européennes de gaz naturel en 2024. Ce n’est pas anecdotique. C’est un levier stratégique, économique et géopolitique.

Pourtant, lorsque des dirigeants européens ont explicitement demandé du gaz naturel canadien au plus fort de la crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine, le Canada — et le Québec en particulier — n’avaient tout simplement pas l’infrastructure nécessaire pour répondre à cette demande.

Penser global… jusqu’au bout

Refuser systématiquement tout projet de gaz naturel au nom d’une vertu locale abstraite, tout en acceptant que cette même énergie soit produite ailleurs dans des conditions souvent moins rigoureuses, pose une question fondamentale de cohérence.

Si l’objectif est réellement de réduire les émissions mondiales, alors la provenance, les normes environnementales et la logistique doivent faire partie de l’équation. Penser global, ce n’est pas seulement réduire ce que l’on voit sur notre territoire ; c’est aussi accepter de jouer un rôle actif dans la transition énergétique mondiale, même lorsque cela bouscule certains réflexes idéologiques profondément ancrés.

Le débat sur le gaz naturel liquéfié au Québec n’est donc pas un débat du passé. C’est un débat que nous avons reporté — et que la réalité énergétique mondiale finira par nous imposer.

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Francis Hamelin
Francis Hamelin
Francis Hamelin, #MakeThePLQLiberalAgain, est membre des Trois Afueras et écrivain amateur. Technicien en génie mécanique et industriel, il s'intéresse particulièrement aux politiques publiques, l'économie et à la productivité des entreprises et des individus.

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