Comment ne pas sombrer dans le cynisme devant la classe politique, alors que les scandales s’empilent? Après le fiasco de la SAAQClic, dont la facture a explosé à 1,3 milliard de dollars pour une simple plateforme numérique de transactions, voilà qu’un nouveau dérapage majeur éclabousse Ottawa. Le projet informatique fédéral Cúram, destiné à gérer des prestations comme la Sécurité de la vieillesse, le Supplément de revenu garanti et l’assurance-emploi, serait passé d’une estimation de 1,75 milliard à une facture colossale qui frôlerait les 6,6 milliards de dollars…
Oui, oui, vous avez bien lu! Non seulement la facture triple, mais encore une fois, nous sommes dans un autre fiasco informatique où des montants astronomiques sont engloutis pour des sites internet de transactions et de gestion de données. On ne parle pas ici de science spatiale nécessitant l’élite de l’intelligence humaine ayant étudié dans les plus grandes universités de la planète, mais bien de programmes ou de logiciels servant à traiter des informations de base…
Saviez-vous qu’avec 6,6 milliards, soit 6600 millions de dollars, on pourrait construire treize centres Vidéotron à 500 M$ l’unité (370 M$ en 2015) nécessitant deux ans et demi de travail pour chaque aréna, avec 500 employés de la construction présents chaque jour de travail? Je ne compte pas ici la machinerie et les matériaux nécessaires à son édification… Saviez-vous également qu’avec 6,6 milliards de dollars, on pourrait obtenir six franchises de petits marchés de la Ligue nationale de hockey?
Pensez-y, il n’y a rien qui puisse expliquer un tel dépassement de coûts pour ce type de projet informatique… Rien ne peut justifier ce montant scandaleux et faramineux… Rappelons ici le fiasco Phénix, qui a coûté plus de 5,1 milliards $ aux contribuables canadiens afin de moderniser et d’automatiser le système de paie dans la fonction publique fédérale, et qui a subi de nombreux ratés…
Incompétence ou corruption
Certes, l’incompétence dans certains cas peut être une explication, mais jamais je ne croirai ici qu’avec SAAQCliq, Cúram et le système de paie Phénix, l’incompétence explique tout. Dans n’importe quelle entreprise privée, des dépassements de coûts de la sorte ne seraient aucunement tolérés. Ce ne serait pas trop long avant qu’une enquête interne, voire criminelle, soit enclenchée. Mais dans le merveilleux monde des gouvernements, personne n’est imputable de rien, et les responsables s’en sortent habituellement avec une tape sur les doigts, et un transfert de poste dans un autre département…
Par ailleurs, payer des milliards pour des programmes informatiques et des logiciels de base, alors que Chat GPT-4 aurait coûté plus de 100 M$ US à développer est un non-sens selon moi. Mais, bon, je ne suis qu’un pauvre journaliste de région qui n’y connaît rien après tout… Alors, si l’incompétence ne peut visiblement pas expliquer les nombreux dérapages financiers concernant ces projets informatiques, que nous reste-t-il comme explication ? Simple, la corruption !
Le plat de bonbons
Je me souviens qu’au début de ma vingtaine, j’étais chez un de mes amis et c’était jour d’Halloween. Lui, qui n’appréciait visiblement pas cette journée, avait pris un plat de bonbons et l’avait placé directement sur sa galerie afin que les jeunes se servent par eux-mêmes. Pas nécessaire ici de vous dire que le plat en question s’est vidé après une visite seulement.
Je me rappelle par ailleurs de la conversation entre les deux enfants, car la fenêtre était ouverte. Le premier prit uniquement deux friandises, alors que l’autre a littéralement attrapé le plat dans ses mains pour ensuite renverser l’entièreté des bonbons dans son sac. Ne vous cassez pas la tête, il se foutait royalement des autres qui suivaient, ayant la possibilité de faire le plein, puisque le plat en question était sans surveillance…
Voyez-vous, il s’agit essentiellement de la même méthode utilisée dans les divers paliers de gouvernement au pays. Il y a un plat de bonbons, mais au lieu de juste en prendre un ou deux, nos champions égoïstes, se foutant du bien commun, plongent instantanément leurs deux bras à l’intérieur, se gavant et se vautrant comme des porcs dans un bain de boue! « Si ce n’est pas moi, ça va en être un autre! », disent-ils pour se justifier.
On peut dire ici que l’impératif catégorique d’Emmanuel Kant, consistant à n’agir que selon des principes qu’on pourrait souhaiter voire devenir des règles universelles, valables pour tous, en tout temps, ou la morale chrétienne voulant qu’on traite les autres comme on aimerait être traité n’ont pas été appliqués dans ces dossiers. Mais, à quoi bon suivre ces vieux concepts dépassés quand la politique des intérêts personnels et du « je, me, moi » est désormais la voie à suivre? Oui, mais moi, moi, moi, n’ai-je pas qu’une vie à vivre, après tout ? Je dois en profiter au maximum, quitte à fourvoyer tout le monde, car je suis un hédoniste matérialiste radical qui cherche exclusivement la satisfaction de mes petits besoins…
La soumission
Puisque nous sommes enterrés par de nombreux scandales, et par la multitude d’informations contradictoires venant de tous les côtés, où la nouvelle du moment n’a que quelques jours de survie, jumelés à une perte de repères et de référents communs, s’insurger contre de telles escroqueries et provoquer un changement radical n’est pas chose aisée.
Par contre, il faudra un jour que des leaders se lèvent afin de mettre un terme à ces turpitudes, et à ce cambriolage qui se fait désormais au grand jour, sans qu’il y ait aucune conséquence. Il s’agit de votre argent. Il est dur à gagner, et comme vous le savez, le coût de la vie est hors de contrôle partout, et ce, au moment où un locataire québécois sur cinq a de la difficulté à payer son loyer, sans parler du coût exorbitant des denrées alimentaires. Il serait peut-être le temps que cela se termine. Et de grâce, ne me parlez plus d’augmenter les taxes et les impôts, c’est complètement indécent !
« Ce qui met en danger la société, ce n’est pas la grande corruption de quelques-uns, c’est le relâchement de tous. Aux yeux du législateur, la prostitution est bien moins à redouter que la galanterie », disait jadis Alexis de Tocqueville.

