Lundi, février 16, 2026

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Humiliation ou Disparition : la France au Bord de sa Propre Vérité

La France doit tomber. Pas brûler. Pas exploser. Tomber. Comme un homme qui, enfin, cesse de se raconter des histoires et accepte de voir son reflet dans la vitre froide d’un matin de février. Elle doit s’humilier pour renaître. Pas devant l’étranger, pas devant Bruxelles, pas devant Washington. Devant elle-même.

La mort de Quentin est un point d’ancrage. Un de plus. Un nom de plus qu’on prononce à voix basse, qu’on instrumentalise à voix haute, qu’on oublie dès que le cycle médiatique s’emballe ailleurs. Chaque drame devient une tribune. Chaque cercueil, un marchepied. Et pendant ce temps, la République continue son théâtre d’ombres, oscillant entre indignation automatique et impuissance structurelle.

La 5e République doit mourir. Elle fut une réponse à un chaos, elle est devenue une fabrique d’illusions. Une monarchie élective où l’on couronne un homme pour cinq ans en espérant qu’il sauve ce que des décennies de lâcheté ont laissé pourrir. La présidence est devenue impériale, hors-sol, bardée de symboles et vide de substance. On gouverne par décret, on communique par slogans, on consulte pour la forme et on tranche dans l’entre-soi. Le peuple vote, puis on l’explique.

La France est aujourd’hui tiraillée entre deux fièvres symétriques. Les nationalistes qui veulent tout refermer comme on claque une porte dans un courant d’air, et les gauchistes qui dissolvent tout dans un humanitarisme abstrait où la frontière est une injure et l’identité un crime. Deux radicalités qui se nourrissent l’une l’autre. Deux collectivismes qui hurlent au nom du Bien. Deux tribus persuadées d’incarner le peuple contre un autre peuple.

Car c’est bien cela le cœur du mal. Le collectivisme. Cette maladie de l’âme qui a infiltré les entrailles d’une nation qui pourtant a traversé des guerres de religion, des révolutions, des occupations, des restaurations, des empires et des défaites. Le collectivisme n’est pas qu’un programme politique. C’est une tentation. Celle de dissoudre l’individu dans la masse, de déléguer sa responsabilité à une abstraction rassurante. La Nation pour les uns. L’Humanité pour les autres. Toujours un grand mot pour éviter de regarder l’homme concret, libre, faillible.

Entre nationalistes et communistes de nouvelle génération, on se croirait à l’aube de 1871, mais avec Twitter et des plateaux télé. Les uns fantasment une pureté perdue, les autres rêvent d’un homme nouveau. Tous ont en commun de vouloir remodeler la société à coups de marteau idéologique. Ils parlent d’ordre ou de justice, mais méprisent la liberté. Ils parlent de protection, mais cultivent la dépendance.

La crise de la sécurité n’est pas un fantasme. Elle est un symptôme. Une société qui n’assume plus ses règles finit par négocier avec ceux qui les piétinent. L’immigration n’est pas un gros mot, mais l’absence de maîtrise en est un. On peut accueillir sans se dissoudre. On peut être généreux sans être naïf. Encore faut-il vouloir poser des limites. Or la France hésite, tergiverse, culpabilise. Elle oscille entre angélisme moral et crispation identitaire. Elle ne tranche pas. Elle réagit.

Et pendant ce temps, elle s’en remet à Bruxelles pour arbitrer ce qu’elle n’ose plus décider. La dépendance à l’Union n’est pas qu’économique ou réglementaire. Elle est psychologique. On se cache derrière des normes, des directives, des traités, comme si la souveraineté était une relique folklorique. On se plaint de ne plus décider, mais on a abandonné le goût de décider. La responsabilité est devenue un fardeau. On préfère la procédure.

La France a connu pire. Elle a connu la Saint-Barthélemy, la Terreur, la Collaboration. Elle a connu l’humiliation, la division, la servilité. Elle a aussi connu l’Édit de Nantes, la reconstruction, la grandeur. Elle a chuté et elle s’est relevée. Mais toujours après avoir accepté de voir sa propre faiblesse. Jamais en se drapant dans une posture morale ou en désignant des boucs émissaires commodes.

Aujourd’hui, elle parle beaucoup et agit peu. Elle moralise le monde et s’excuse d’exister. Elle brandit des principes qu’elle n’applique plus chez elle. Elle se rêve phare universel alors qu’elle peine à éclairer ses propres rues. L’argent ne pousse pas dans les arbres, mais les promesses, elles, prolifèrent. On distribue ce qu’on n’a pas. On réglemente ce qu’on ne comprend plus. On taxe pour compenser l’échec de politiques qui se succèdent et se ressemblent.

S’humilier, ce n’est pas se flageller. Ce n’est pas se haïr. C’est cesser de se mentir. Reconnaître que la 5e République est devenue un cadre rigide pour une société fragmentée. Reconnaître que l’hyperprésidence a infantilisé le débat. Reconnaître que la tentation collectiviste, qu’elle soit tricolore ou rouge vif, a vidé l’individu de sa substance. Reconnaître que la liberté n’est pas un slogan, mais une discipline.

La France doit tomber pour cesser de se croire invulnérable. Elle doit accepter que son modèle est épuisé, que son contrat social est fissuré, que son rapport à l’autorité et à la liberté est confus. Elle doit retrouver le courage de faire confiance à ses citoyens plutôt que de les administrer comme des mineurs permanents. Elle doit cesser de choisir entre l’État-providence tentaculaire et l’État-identité crispé.

La mort de Quentin n’est pas un argument. C’est un rappel. Un rappel que derrière les concepts, il y a des vies. Que derrière les statistiques, il y a des visages. Que derrière les querelles idéologiques, il y a une réalité brute. Une société qui n’assure plus la sécurité minimale trahit son pacte le plus élémentaire. Une société qui instrumentalise ses morts trahit sa décence.

La renaissance ne viendra ni d’un homme providentiel ni d’un programme miracle. Elle viendra d’une lucidité collective qui refusera enfin les sirènes du tout-État et du tout-identitaire. Elle viendra d’une redécouverte de la responsabilité individuelle, de la subsidiarité réelle, de la liberté assumée. Elle viendra quand la France cessera de se définir par ce qu’elle subventionne ou par ce qu’elle exclut, et recommencera à se définir par ce qu’elle permet.

La 5e République doit mourir pour que la France vive autrement. Pas plus grande. Pas plus pure. Plus adulte. Plus sobre. Plus libre. Et cela commence par une chute volontaire. Une humiliation choisie. Le moment où une nation se regarde sans fard et dit simplement : nous nous sommes trompés. Maintenant, Français, relevez-vous.

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Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen, alias Le Blond Modéré, est membre des Trois Afueras et collaborateur du podcast Ian & Frank. Titulaire d'une formation en relations internationales à l'Université de Sherbrooke, il s'intéresse particulièrement à la géopolitique, aux zones d'influence et aux différentes formes de pouvoir.

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