Depuis plusieurs années, les GAFAM sont constamment dénigrés par les principaux médias, allant jusqu’à demander des réglementations aux gouvernements pour les contrôler. Or, sont-ils si machiavéliques que cela? Cela reste à voir.
Pourquoi sont-ils mal perçus?
Il y a plusieurs pistes d’explications qui pourraient justifier cette méfiance, ce mépris, cette haine de beaucoup de leaders d’opinion envers les GAFAM. La piste de l’argent serait intéressante à explorer. Il ne faut pas se cacher qu’au Québec, faire du profit n’est pas souvent perçu d’une façon positive. Ainsi une entreprise mondiale qui fait plus d’argent que les gouvernements est mal perçue par ces mêmes gouvernements, ainsi que beaucoup d’artistes québécois. Beaucoup d’artistes comme Patrick Huard ou encore Louis Morrissette se plaignent souvent que les gouvernements n’injectent pas assez d’argent dans la culture et les productions québécoises, mais sous des prétextes de signalement de vertu, refusent de faire affaire avec Netflix ou encore Amazon Prime, pour ne citer que ceux-ci.
L’autre piste qui serait intéressante de creuser est la piste nationale. Qu’est-ce que cela signifie ? Il s’agit du fait que ces entreprises sont pour la plupart non canadiennes et donc perçues comme des menaces extérieures. La présidente de l’Union des artistes avait même déclaré, à l’émission de Gérald Fillion, « qu’il fallait réguler Netflix, parce qu’elle-même ne pouvait plus se retenir de regarder Netflix ». Mais encore, l’ancien ministre péquiste Pierre Duschesne avait aussi considéré les GAFAM comme des menaces à la culture québécoise et que ces dernières chercheraient ainsi à détruire la culture québécoise.
Le profit n’est pas mauvaise chose
Or, faire du profit n’est point négatif. Faire du profit permet d’avoir une indépendance et une liberté de création. Ainsi, Netflix et Amazon Prime peuvent être une solution pour régler le problème de financement pour des projets artistiques. Si la direction de Netflix trouve les projets intéressants, ils n’hésiteront pas à donner le financement nécessaire. Il est possible d’avoir de bons projets canadiens (et québécois) par l’entremise des GAFAM. Pour les plateformes comme Netflix, Prime ou HBO, une seule chose les importe : le succès, donc le rendement monétaire. Ce n’est pas comme un gouvernement qui injecte beaucoup d’argent dans des projets, peu importe qu’ils soient bons ou mauvais à condition qu’ils respectent des critères étouffants et ultras pointilleux. Cela importe peu pour les gouvernements, parce qu’en définitive, seuls les contribuables vont payer par les impôts en cas d’échecs. En ce sens, il s’agit d’une des failles qui commencent à apparaître dans le modèle culturel québécois, où « ce qui importe n’est pas l’argent, mais l’art ».
Il est possible de réaliser des films et des séries sans qu’il y aille du financement gouvernemental. Par exemple, sur Netflix a été diffusé le documentaire « Qui a tué les Expos ? ». Cette œuvre abordait l’Histoire du mythique club montréalais, de sa création, sa montée en puissance jusqu’à son effondrement. Dans ce documentaire, il était facile de percevoir qu’il y avait beaucoup de travail qui a été fait en amont de sa diffusion. Un autre exemple de cela est la nouvelle de série en cours de production de Martin Matte, qui est parrainée par Amazon Prime, qui lui donne une certaine indépendance dans l’écriture, dans le financement et dans la rémunération, étant donné qu’il n’avait pas voulu renégocier le salaire qu’Amazon Prime lui avait proposé.
En ce sens, Patrick Huard, au lieu de toujours vouloir se nourrir aux mamelles de l’État, devrait mettre ses grands principes de côté s’il tient tant au succès de sa nouvelle série. En effet, lors de son apparition dans l’émission Dans les médias animée par Marie-Louise Arseneault, il se plaignait qu’il devait notamment raccourcir le tournage et que cela jouait sur son mental ainsi que celui de l’équipe. S’il tient tant à ce que ce soit l’État qui subventionne son film et à se faire imposer par de nombreuses contraintes toutes aussi loufoques les unes que les autres, libre à lui. Cependant, il ne devrait pas à se plaindre d’être tant contraint dans son budget s’il ne cherche pas à proposer son projet à d’autres plateformes qui ne reçoivent pas de subventions gouvernementales.
Ainsi, ces GAFAM tant démonisés par les principaux médias ne souhaitent que le succès des projets qu’ils parrainent. Cela donne une indépendance par rapport aux gouvernements. Cela fait peur aux gouvernements. Ainsi, ils voudraient réglementer ce qui n’est pas sous leur emprise, ce qui ne dépend pas de leur financement, de leurs subventions. Ce fut comme la proposition en 2024 du ministre québécois de la Culture et de la Communication Mathieu Lacombe, qui consistait à réglementer Netflix « dans le but d’y promouvoir la culture québécoise ». Or, ce n’est pas aux gouvernements de pousser de telles réglementations.
Alliés ou ennemis?
Finalement, les GAFAM ne sont pas des ennemis de la culture. Bien au contraire, ils ne sont qu’un facilitateur de l’accès à la culture, comme jadis la télévision l’a été. Ces entreprises permettent une plus grande liberté de création où les artistes n’auront plus à répondre d’un gouvernement pour obtenir des subventions pour leurs projets. Ainsi, il ne s’agit plus de plier le genou devant un gouvernement qui veut se lancer dans des caprices d’ordre idéologique ou encore linguistique.
Il y a une place pour la culture canadienne (et québécoise) sur les plateformes des GAFAM, tant qu’il y a de bons projets bien travaillés et intéressants pour les consommateurs.

