Samedi, janvier 10, 2026

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« Le problème, ce n’est pas l’école à trois vitesses, c’est qu’il n’y a pas assez de vitesses »

Cette citation, elle vient de ma conjointe enseignante de mathématiques au secondaire et étudiante au 2e cycle en orthopédagogie en réaction à une question de mon collègue « Afueriste » Serge Cloutier lors d’un podcast où elle s’était jointe à nous pour parler d’éducation.

Presque chaque année, le sujet de l’école à trois vitesses revient sur le plancher. Après tout, quoi de mieux pour susciter la réaction que de marier inégalités sociales et éducation. Ce sont deux sujets qui font réagir allègrement, parce qu’après tout, on a tous une opinion sur l’école ayant tous été élèves nous-mêmes.

Selon le discours communément répandu, l’école à trois vitesses — public régulier, public avec programme spécifique et le privé — viendrait accentuer les inégalités entre les élèves vivant en milieu favorisé et les élèves qui n’ont pas cette chance.

Un rapport de recherche de l’Institut Cardus, réalisé par le chercheur Étienne-Alexandre Beauregard, vient nuancer, voire même invalider cette perception communément admise.

Les grandes lignes : l’état de fait

Le rapport intitulé « Le modèle québécois de pluralisme éducatif : Concilier équité et diversité » présente un constat différent. Il faut d’abord remettre en contexte.

Le pluralisme éducatif repose sur l’idée que l’État n’a pas à être l’unique fournisseur d’éducation : il en assure le financement et le cadre, tout en laissant une place réelle à des écoles autonomes. Une majorité des écoles est publique, une importante minorité est privée (autonome) subventionnée et une portion marginale est privée non subventionnée. Ce pluralisme a historiquement aidé à lutter contre une éventuelle assimilation linguistique dans une période pré-Révolution tranquille.

Voici quelques faits intéressants provenant de cette étude :

  • En 2023-2024, 11,8 % des étudiants fréquentaient des écoles autonomes. La deuxième plus grande proportion au pays.
  • En se basant sur les résultats aux épreuves PISA, le modèle pluraliste québécois n’est pas plus inégalitaire que le reste du pays.
  • Le financement à 60 % de certaines écoles autonomes permettrait de réduire de 750 millions le fardeau du gouvernement, la différence étant payée directement par les parents.
  • La proportion d’Élèves Handicapés et des élèves en Difficulté d’Adaptation ou d’Apprentissage (EHDAA) dans les écoles autonomes a augmenté de plus de 200 % sur une période de 10 ans, alors que l’augmentation a été de 29,7 % au public.

Il est intéressant de constater le décalage entre le discours habituel et la réalité. Un peu comme si le discours entourant les critiques du modèle scolaire québécois reposait sur une perception d’élitisme du passé qui est bien différente du modèle actuel.

Par exemple, on entend souvent que les écoles autonomes sélectionnent leurs élèves et laissent les élèves les plus difficiles au public, l’augmentation de la proportion d’EHDAA dans les écoles autonomes démontre que si cela a peut-être été le cas dans le passé, la situation est bien différente aujourd’hui.

Un autre point qui attire l’attention est le fait que l’écart entre les élèves les plus forts et les faibles du Québec soit plus petit que la moyenne canadienne. À lui seul, ce point vient fragiliser l’argumentaire de l’école à trois vitesses.

Qu’en disent d’autres sources?

Le sujet de la pluralité scolaire fait parler depuis belle lurette. Et pas que dans les journaux du Québec.

L’institut Économique de Montréal a publié de son côté une note économique en 2022 apportant un point complémentaire. L’auteur, Vincent Geloso, mentionne quelque chose qui est bien connu dans le milieu économique : ce n’est pas le niveau des dépenses qui est important, mais plutôt l’éventail de choix qui est offert au parent. On voit dans cette étude que malgré une hausse importante des dépenses, on assiste à une baisse des résultats tel que l’on peut constater sur le graphique plus bas qui est tiré de la note économique.

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Cette augmentation s’explique entre autres par une augmentation des dépenses d’infrastructures, chose qui a peu ou pas d’impact sur la réussite scolaire.

De plus, une étude de Victor Lavy publiée en 2021 dans le Journal of the European Economic Association soulève, après une analyse d’un programme favorisant le choix scolaire pour les élèves défavorisés en Israël, qu’une plus grande offre pédagogique avait eu pour effet d’augmenter le niveau de scolarité postsecondaire ainsi que les revenus à l’âge adulte. Les élèves masculins ont enregistré des améliorations beaucoup plus marquées en matière de scolarisation postsecondaire et de résultats sur le marché du travail. Chez les élèves féminines, en revanche, on observe des hausses plus importantes des taux de mariage et de fécondité, ce qui a probablement entravé leurs parcours scolaires et professionnels.

De son côté, Corey DeAngelis, Directeur du choix scolaire à la fondation Reason à l’époque, a montré dans une étude de 2019 que les étudiants d’écoles à charte aux États-Unis d’Amérique (l’équivalent de nos écoles autonomes subventionnées) ont plus de chances d’être satisfaits du choix d’école que ceux du système scolaire public traditionnel. On parle tout de même d’un écart de 16 %, c’est non négligeable.

Annuellement, l’organisme à but non lucratif EdChoice publie depuis 2019 un rapport colligeant une évaluation selon 8 critères de l’impact de l’implantation de programmes favorisant le choix scolaire. Des deux cent trois analyses réalisées, 83 % ont eu un résultat positif, 10 % sans effet clair et 7 % ont eu un effet négatif.

Les critiques du pluralisme scolaire existent

La pluralité scolaire a malgré tout ses détracteurs. Gabriel Nadeau-Dubois, ancien co-porte-parole de Québec Solidaire, est un des activistes les plus vocaux pour la fin du modèle scolaire pluriel, militant plutôt pour un modèle public mur à mur. Il mentionne entre autres que les écoles privées nuisent aux écoles publiques. Il prône de son côté un modèle entièrement public.

Les activistes du pluralisme éducatif et du choix scolaire sont aussi parfois les artisans de leur propre malheur en affichant des promesses de miracle qui trop souvent ne se concrétisent pas. Comme un article de National Affairs de l’automne 2010 l’explique bien. Il devient donc beaucoup plus difficile de défendre un modèle qui ne répond pas à ses promesses, même s’il est mieux que le modèle unique.

Des exemples concrets du pluralisme québécois

Concrètement, le pluralisme scolaire se manifeste comment sur le terrain?

Ça donne une offre diversifiée d’écoles, d’approches pédagogiques et parfois dans une même école.

Par exemple, le Séminaire Saint-François (SSF) a longtemps été reconnu pour son offre de sport-études. La direction a donc pris la décision de faire le saut à temps plein et de devenir une école sportive.

Pas très loin du SSF, dans un quartier de Lévis, la polyvalente Pointe-Lévy a une offre diversifiée de programmes dans la même enceinte : que ce soit les classiques sports-études, mais aussi un programme de robotique qui, en association avec le CFP, offre la possibilité de terminer son secondaire avec un DEP en électromécanique en poche. Ce n’est pas sans rappeler les programmes anciennement appelés professionnel court et professionnel long.

Dans le centre du Québec, à Drummondville, le Collège Saint-Bernard présente de son côté une offre pédagogique du préscolaire à la fin des études secondaires axé sur une approche humaniste favorisant la responsabilité. En clair, c’est un enseignement par projet permettant une flexibilité importante dans l’horaire des élèves.

C’est loin d’un modèle « one size fits all » qui finit la plupart du temps en « one size fits most ».

Conclusion : il faut changer la boîte de vitesses.

Au final, le vrai scandale de l’école québécoise n’est pas qu’elle roule à trois vitesses, mais qu’elle en manque cruellement. Les données récentes montrent que le pluralisme actuel n’aggrave pas les inégalités plus que la moyenne canadienne. Au contraire, ce modèle réduit l’écart entre forts et faibles, et accueille de plus en plus d’élèves en difficulté dans le réseau subventionné. 

Plutôt que de rêver d’un système uniformisant (la tendance naturelle d’un système monopolistique à vitesse unique), il serait plus lucide d’aller dans l’autre sens : plus d’autonomie, plus de choix réels pour les parents, plus de vitesses adaptées aux réalités des enfants. Comme le disait si justement mon invitée : « Le problème, ce n’est pas l’école à trois vitesses, c’est qu’il n’y a pas assez de vitesses. »

Ça aiderait à faire tourner notre société à plein régime.

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Francis Hamelin
Francis Hamelin
Francis Hamelin, #MakeThePLQLiberalAgain, est membre des Trois Afueras et écrivain amateur. Technicien en génie mécanique et industriel, il s'intéresse particulièrement aux politiques publiques, l'économie et à la productivité des entreprises et des individus.

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