Les Plus Populaires

À lire aussi

Moins de 30 % : le PQ peut gouverner, mais son mandat a des limites

Un gouvernement péquiste peut être légitime avec moins de 30 % des voix. Notre régime parlementaire repose sur l’élection de députés et sur la confiance de l’Assemblée nationale. Aucun seuil de 30 % ne conditionne l’accès au pouvoir. Mais cette légitimité institutionnelle oblige à mesurer la portée du mandat. Arriver premier en sièges permet de revendiquer la direction du gouvernement; cela ne transforme pas son programme en volonté majoritaire du peuple.

Le dépouillement terminé, le PQ obtient 28,02 % des voix et 59 sièges, contre 24,22 % et 40 au PLQ, puis 20,67 % et 19 au PCQ. Québec solidaire recueille 12,43 % et neuf sièges; la CAQ récolte 13,35 %, sans aucun député. Sur 127 sièges, la majorité absolue se situe à 64. Le PQ arrive donc premier, mais sa députation demeure minoritaire. La participation atteint 66,89 %.

Le Québec ne se partage pas en trois blocs égaux autour de 30 %. Nous avons trois forces entre environ 21 et 28 %, réunissant 72,91 % des suffrages. Le PQ devance le PLQ de 3,80 points; celui-ci devance le PCQ de 3,55 points. Aucun de ces partis ne représente même le tiers des votes exprimés. Le Québec présente plusieurs préférences concurrentes, auxquelles s’ajoutent deux autres formations comptant chacune plus de 12 %.

La distribution des sièges grossit considérablement les écarts. Avec 28,02 % des voix, le PQ obtient environ 46,5 % des sièges de l’Assemblée. Le PLQ détient plus du double des sièges du PCQ pour une avance populaire de moins de quatre points. Quant aux 571 520 électeurs caquistes, ils n’obtiennent aucune représentation partisane au Parlement. Ces contrastes montrent combien la carte parlementaire peut différer de la répartition des préférences électorales.

C’est l’effet du scrutin majoritaire uninominal à un tour : chaque circonscription constitue une compétition distincte. La répartition géographique des appuis compte autant que leur volume provincial. Des victoires locales étroites peuvent produire beaucoup de députés; des votes dispersés peuvent rapporter très peu. En 2012, le PQ avait déjà remporté 54 sièges avec 31,95 % des voix. La question demeure celle de la représentativité et du contrôle du pouvoir.

Il serait toutefois abusif de soutenir que les 71,98 % ayant voté ailleurs forment une majorité politique cohérente contre le PQ. Un électeur libéral, conservateur ou solidaire peut partager certains désaccords avec les autres sans accepter leur programme. Additionner leurs bulletins ne crée ni coalition ni projet commun. Et ces pourcentages concernent les suffrages valides comptabilisés, pas l’ensemble des Québécois. Les abstentionnistes ne nous ont signé aucune procuration idéologique.

Le résultat suggère surtout un Québec difficile à enfermer dans une seule opposition entre souverainistes et fédéralistes. La présence du PCQ donne également une représentation parlementaire importante au débat sur le rôle de l’État, la fiscalité et la liberté économique. Elle permet de discuter du pouvoir que Québec exerce déjà, au-delà des compétences qu’il souhaite obtenir. La question nationale reste présente; elle cohabite avec d’autres priorités que les élus devront entendre.

Cette fragmentation impose une prudence particulière au PQ. Une élection générale porte sur des candidats, des programmes et plusieurs enjeux simultanément. Elle ne constitue pas un référendum sur l’indépendance. Le parti peut défendre son projet et proposer une consultation; il devra encore convaincre les citoyens sur cette question précise. Avec moins de 30 % des suffrages, prétendre que le Québec a déjà choisi son avenir constitutionnel serait une interprétation présomptueuse.

La véritable épreuve commencera à l’Assemblée. Un gouvernement doit y conserver la confiance, notamment lors des votes sur sa politique budgétaire. Avec 59 députés, le PQ devra chercher des appuis extérieurs. Les neuf sièges solidaires pourraient lui offrir une majorité de 68 sièges. À l’inverse, les 40 libéraux et les 19 conservateurs totalisent seulement 59 députés. Le PCQ dispose donc d’une influence réelle, sans détenir à lui seul toutes les clés.

Pour les oppositions, la responsabilité sera double : contrôler sérieusement le gouvernement et accepter les compromis utiles. Chaque mesure devra être jugée sur ses effets, son coût et les libertés qu’elle respecte. Un Parlement minoritaire peut obliger les ministres à expliquer leurs choix, à corriger leurs projets et à négocier. Il peut aussi sombrer dans le marchandage et la campagne permanente. La fragmentation produit une possibilité de contrôle, sans garantir la qualité du résultat.

Voilà pourquoi je reconnais sans hésitation la légitimité d’un gouvernement péquiste capable de conserver la confiance parlementaire. Je lui demande de gouverner avec retenue. Le scrutin décrit un électorat partagé et plusieurs oppositions substantielles. Le prochain gouvernement devra donc construire des accords et rendre des comptes. Moins de 30 % suffit à rendre possible l’exercice du pouvoir; cela commande aussi de la modestie envers les citoyens. Le Québec a réparti le pouvoir. Les élus feraient bien de respecter cette arithmétique avant de se prendre pour toute la nation et de parler en son nom.


Sources de vérification :

Vous avez apprécié cette chronique ?

L'information indépendante a une valeur inestimable, mais sa diffusion a un coût. Chez Pilule Rouge, nous avons fait le choix de laisser tous nos articles en libre accès. Aucun mur de paie, aucune censure corporative.

Derrière cet article, il y a le travail d'une équipe qui opère ce site de façon 100 % bénévole et indépendante. Si ce texte vous a informé, fait réfléchir ou vous a apporté de la valeur, envisagez de soutenir notre mission.

Chaque contribution, même minime, aide directement à payer nos frais technologiques et assure la survie d'une plateforme d'information libre au Québec.

Vous ne pouvez pas faire de don pour le moment ? Aidez-nous énormément en partageant cet article sur vos réseaux sociaux !
Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen, alias Le Blond Modéré, est membre des Trois Afueras et collaborateur du podcast Ian & Frank. Titulaire d'une formation en relations internationales à l'Université de Sherbrooke, il s'intéresse particulièrement à la géopolitique, aux zones d'influence et aux différentes formes de pouvoir.

Du Même Auteur