Une trentaine de policiers du SPVM ont été mobilisés jeudi matin pour neutraliser un homme de 34 ans armé de deux couteaux. L’opération s’est soldée par des blessures mineures pour le suspect et trois agents.
Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a mené une intervention d’envergure le 8 janvier au matin pour maîtriser un homme armé de deux couteaux près de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). L’opération a mobilisé une trentaine de policiers et nécessité l’utilisation de plusieurs armes intermédiaires.
Chronologie des événements
Les faits se sont déroulés vers 7h45 au coin des rues Sainte-Catherine et Berri, à proximité du métro Berri-UQAM. Selon le porte-parole du SPVM Jean-Pierre Brabant, des patrouilleurs en service ont remarqué un homme qui déambulait dans le secteur. Lorsqu’ils ont tenté d’entrer en contact avec lui, l’individu a sorti deux couteaux de ses poches.
L’homme s’est ensuite déplacé de la rue Berri vers la rue Saint-Denis, contraignant les policiers à le poursuivre. « C’était un moment très difficile pour nos policiers de l’encercler », a expliqué Fady Dagher, directeur du SPVM. « C’est pour ça que vous avez vu une trentaine de policiers, ils se sont tous mobilisés rapidement parce qu’on voulait l’encercler. »
Moyens de force utilisés
Les policiers ont déployé progressivement différents moyens pour tenter de maîtriser le suspect. Selon les informations disponibles, les agents ont utilisé des bâtons télescopiques, du poivre de Cayenne, des pistolets à impulsion électrique (tasers) et des balles de caoutchouc. Au moins deux tasers ont été employés et un minimum de six balles de caoutchouc ont été tirées.
« Au moins un coup de feu a été tiré par un policier en direction de l’individu, puis un pistolet à impulsion électrique a été utilisé », a précisé Jean-Pierre Brabant. Les sources indiquent qu’un agent a tiré au moins trois coups de son arme de service sans atteindre l’individu.
Les policiers ont également tenté d’utiliser des véhicules de patrouille pour bloquer les déplacements du suspect. C’est lors de cette manœuvre que deux autopatrouilles sont entrées en collision.
Le suspect a finalement été maîtrisé après l’utilisation d’un deuxième pistolet à impulsion électrique. Il a été transporté dans un centre hospitalier avec des blessures mineures.
Bilan et conséquences
La collision entre les deux véhicules de police a blessé trois policiers, qui ont été transportés à l’hôpital avec des blessures légères. Tous ont depuis reçu leur congé de l’hôpital.
L’homme interpellé, identifié comme Kodee McDonald, 34 ans, fait face à des accusations d’agression armée contre des policiers, d’entrave au travail des policiers et de non-respect de conditions. Lors de sa comparution vendredi, la Couronne a demandé une évaluation psychiatrique rapide et s’est opposée à sa remise en liberté.
Selon les informations judiciaires, McDonald avait déjà été condamné en 2016 à quatre ans et demi de pénitencier pour voies de fait graves et menace de mort. Il avait également purgé une peine de 30 mois en 2010 pour des voies de fait armées.
Le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) n’a pas été appelé à enquêter sur cette intervention. Selon la Loi sur la police, le BEI intervient lorsqu’une personne décède ou subit une blessure grave lors d’une intervention policière, ou en cas de blessure causée par une arme à feu utilisée par un policier.
Déclarations du directeur du SPVM
En entrevue à l’émission Le Bilan, Fady Dagher s’est dit satisfait du travail des policiers. « Ils ont mon admiration pour leur courage. Il n’y en a pas un qui recule, au contraire, tout le monde fonce vers le danger », a-t-il déclaré.
Le directeur a toutefois reconnu que l’issue aurait pu être différente. « On a eu un dénouement positif. La personne n’a été blessée gravement, ni les policiers, ni les citoyens, il y en avait du monde autour », a-t-il expliqué. « On ne peut pas être garant de ce genre de résultats tout le temps. »
Fady Dagher a indiqué que le suspect était connu des services policiers. « Nous connaissons cette personne depuis deux ou trois ans. Nous avons eu affaire à lui quatre ou cinq fois, et à chaque fois, nous avons dû faire appel aux forces spéciales pour la maîtriser en raison de son état mental », a-t-il affirmé en entrevue à CityNews.
Questions de santé mentale
Le directeur du SPVM a profité de l’occasion pour aborder la question plus large de la santé mentale à Montréal. « La situation s’aggrave », a-t-il déclaré.
« Je vais être franc avec vous, quand je vois mes policiers […] au quotidien, ils font affaire avec des personnes en situation de santé mentale, sur des itinérants, sur de grandes vulnérabilités », a-t-il souligné.
Selon Dagher, huit des 31 meurtres survenus à Montréal en 2025 étaient liés à des enjeux de santé mentale. Le SPVM reçoit chaque année plus de 33 000 appels concernant des personnes en crise ou dont l’état mental est perturbé, soit environ 90 appels par jour.
En entrevue avec CityNews, le directeur a ajouté : « La situation empire. Le métro rencontre des problèmes. Je ne sais pas si c’est lié à la pandémie, mais je constate que mes collègues policiers reçoivent constamment des appels au 911, la plupart concernant des problèmes de santé mentale. Même les appels relevant du code criminel, par exemple pour une agression à l’arme blanche ou une autre personne, sont très souvent liés à un trouble mental sous-jacent ».
Appel à la collaboration
Fady Dagher a appelé à une action coordonnée entre les différents partenaires. « Je salue les efforts qui sont faits par la Ville de Montréal, par le ministère de la Santé, mais il faut qu’on accélère le pas… c’est trop lent », a-t-il dit.
Le directeur a notamment plaidé pour le déploiement d’équipes mixtes sur le terrain, composées de policiers et de travailleurs sociaux. Il a également récemment demandé la présence de psychiatres sur le terrain. « Nous ne sommes pas médecins. Nous ne le serons jamais. Nous faisons de notre mieux avec notre formation et c’est pourquoi, récemment, j’ai demandé la présence d’un psychiatre sur le terrain pour nous épauler dans notre travail », a-t-il expliqué à CityNews.
« Pour l’instant, nous collaborons très bien avec la Ville de Montréal, le ministre de la Santé du Québec et les comités. Notre collaboration est fructueuse, mais je crois qu’il nous faut accélérer le rythme, approfondir nos efforts et renforcer notre action, car il est urgent que tous s’impliquent et unissent leurs efforts pour trouver une solution », a-t-il ajouté.
Le SPVM dispose actuellement de l’Équipe de soutien aux urgences psychosociales (ESUP), créée en 2012 en partenariat avec le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. Cette équipe compte dix policiers, un superviseur, huit intervenantes sociales et un coordonnateur clinique.
Kodee McDonald demeure détenu en attendant sa prochaine comparution.

