La même semaine où l’on apprend que les obligations de 30 ans du Québec se négocient à environ 6 points au-dessus de celles de l’Ontario1, et moins d’un an après la rétrogradation de la cote de crédit du Québec par Standard et Poor’s2, le Parti Québécois propose d’adopter une monnaie québécoise advenant l’indépendance.
Le plan du PQ se décline en sept étapes, disponibles publiquement dans son Livre bleu3. En résumé, advenant la victoire du OUI, le Québec conserverait le dollar canadien pour 10 ans. Pendant cette période, « L’argent récupéré d’Ottawa et une réduction massive de la bureaucratie [ainsi que] d’importantes mesures visant à favoriser la croissance économique (…) »4 permettraient à l’État québécois d’accumuler les ressources nécessaires et de gagner la confiance des marchés financiers pour créer sa propre banque centrale et ainsi débuter l’impression et la circulation de la piastre québécoise.
Si théoriquement le PQ a raison quant à la faisabilité de la création d’une monnaie québécoise, est-ce réellement une proposition qui ralliera les Québécois en faveur de l’indépendance ? Alors que de plus en plus de Québécois fréquentent les banques alimentaires5, que le taux d’endettement des ménages ne cesse d’augmenter6 et que l’achat d’une première propriété devient de plus en plus inaccessible aux jeunes, l’ajout d’une dose d’incertitude économique et financière sur la création d’une nouvelle monnaie semble très déconnecté des préoccupations et besoins des citoyens.
Une opportunité rêvée pour les fédéralistes
Il ne faut pas se leurrer, le camp fédéraliste et Pablo Rodriguez ne pouvaient rêver d’une meilleure opportunité pour redevenir pertinents dans le débat public à la suite de cette annonce. Si l’argument fédéraliste de la piastre à Lévesque à seulement 70 cents américains s’est finalement matérialisé avec une monnaie canadienne (!) qui vaut 71 cents américains au moment d’écrire ces lignes, le camp du Non aura le beau jeu pour imaginer toutes sortes de scénarios catastrophes avec la nouvelle monnaie québécoise. À tort ou à raison, le PLQ dispose maintenant d’un nouvel argument de taille pour convaincre des indécis, mais surtout pour rallier et mobiliser ses militants contre le projet souverainiste.
Le pragmatisme absent des péquistes
Un moratoire de 20 ans sur la question monétaire aurait été l’option la plus pragmatique. En d’autres mots, cela veut dire que le parti souverainiste et l’Assemblée nationale s’engageraient à conserver le dollar canadien pour les 20 prochaines années avant d’aborder la question d’une éventuelle monnaie québécoise. En plus de considérablement réduire la perception du risque de l’indépendance autant pour la population que pour les marchés financiers, cela nullifie les arguments de scénarios catastrophes des fédéralistes. Elle n’empêche pas l’action future non plus, puisque 20 ans après la création d’un Québec indépendant, les Québécois de demain auront alors l’opportunité de se positionner sur la question et élire un parti politique qui propose la création d’une monnaie nationale si cela s’accorde avec leurs intérêts.
Bref, encore une fois diront les mauvaises langues, le parti québécois vient de rater une nouvelle opportunité d’adopter une posture pragmatique qui concilierait sa vision idéale d’un Québec indépendant et sa nécessité de récolter plus de 20 % de nouveaux appuis à l’indépendance pour matérialiser son projet politique via un référendum gagnant.
- https://financialpost.com/news/economy/quebecs-independence-talk-is-making-bond-investors-nervous ↩︎
- https://www.lapresse.ca/affaires/economie/2025-04-16/la-cote-de-credit-du-quebec-abaissee.php ↩︎
- https://pq.org/livrebleu/ ↩︎
- Ibid ↩︎
- https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2202390/frequentation-banques-alimentaires-quebecoises-record ↩︎
- https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2191802/ratio-dette-menages-augmentation-deuxieme-trimestre ↩︎

