Depuis la chute du régime de Bachar al-Assad en décembre 2024, la Syrie traverse une période de changements politiques sans précédent. Sur le terrain, les autorités provisoires sous la direction du président par intérim Ahmed al-Charaa éprouvent des difficultés à unifier l’ensemble du territoire et à établir une stabilité durable. En même temps, la communauté internationale – qu’il soit question des puissances régionales, des pays occidentaux ou des organisations multilatérales – travaille activement pour promouvoir une solution pacifique et inclusive.
Plusieurs initiatives ont été lancées récemment avec la tenue de la Conférence de Paris sur la Syrie en février 2025 et les prises de position de personnalités clés telles que l’envoyé spécial du secrétaire général des Nations Unies pour la Syrie (Geir Pedersen), les envoyés spéciaux de différents pays comme le Canada avec Omar Alghabra et les récentes mesures d’assouplissement des sanctions par l’Union européenne. Les différentes ressources disponibles mettent en lumière la complexité des défis à relever : reconstruction post-conflit, réformes institutionnelles, nécessité de réintégration régionale, lutte contre le terrorisme, gardiennage des droits des minorités, promotion d’un dialogue national inclusif…
Ce document propose d’étudier les défis majeurs de l’après-Assad en Syrie en se basant sur les références suivantes :
- La déclaration commune de la Conférence de Paris sur la Syrie du 13 février 2025 a réuni plusieurs gouvernements et organisations régionales et internationales pour établir un plan d’action en vue de la transition en Syrie.
- Le communiqué de presse d’Affaires mondiales Canada concernant la visite d’Omar Alghabra en Égypte Jordanie et au Liban pour échanger sur l’aide humanitaire et l’intégration du processus politique.
- Lors de la 9832e réunion du Conseil de sécurité de l’ONU le 8 janvier 2025, l’envoyé spécial Geir Pedersen met en garde contre les dangers potentiels de “fausses étapes” dans la période critique après la chute du régime d’Assad.
- Le 24 février 2025, le Conseil de l’UE a publié un communiqué de presse informant de la levée des sanctions économiques à l’encontre de secteurs clés en Syrie afin de favoriser la reconstruction et le rétablissement de la stabilité.
- Le communiqué sur la formation du nouveau gouvernement syrien et sur la conférence du dialogue national (24 et 25 février 2025) a souligné l’importance cruciale d’un gouvernement inclusif ainsi que le rôle essentiel joué par les différents groupes et minorités.
Au cours de cet essai, il sera question en premier lieu du cadre historique et politique qui a conduit à la chute du pouvoir de al-Assad et à l’établissement d’un gouvernement de transition temporaire. Ensuite, une revue des défis diplomatiques et sécuritaires qui accompagnent cette période transitoire avant d’examiner les obstacles économiques et sociaux aux changements. En conclusion de l’analyse se trouveront les perspectives de reconstruction post-conflit ainsi que les conditions requises pour une paix durable comprenant la protection des droits des minorités et une coopération essentielle avec les acteurs régionaux et internationaux concernés.
La déchéance du gouvernement d’Al-Assad: origine et acteurs impliqués
La situation actuelle en Syrie découle progressivement de la fragilisation de l’organisation étatique sous l’influence combinée de divers éléments : les conflits civils internes, l’opposition militaire exercée par différents groupuscules rebelles, la montée en puissance de factions extrémistes, la détérioration sur le plan économique, ainsi que le renversement de Bachar al-Assad en décembre 2024. D’après Geir Pedersen, qui est le Représentant spécial des Nations Unies, l’effondrement définitif du régime a été accéléré par le renforcement des forces rebelles dans divers secteurs comme à Idleb et par l’évolution graduelle de l’avis du public syrien excédé par plus de dix ans de conflit.
Après la chute du pouvoir central traditionnel en Syrie a été créé un gouvernement de salut syrien qui a pris le contrôle de nombreuses fonctions administratives et repose sur des structures préexistantes en place dans le gouvernorat d’Idleb. À travers des négociations internes en cours, Ahmed al-Charaa est apparu progressivement comme un leader consensuel temporaire. Il affiche la volonté de bâtir une “Syrie unie” tout en jonglant avec la réalité d’un territoire encore fragmenté (notamment avec la présence des Forces démocratiques syriennes au nord-est et les aspirations d’autres groupements).
Le rôle crucial des intervenants externes
La chute du gouvernement d’Al-Assad a suscité une forte réaction de la communauté internationale, avec de nombreux pays comme la Turquie, le Royaume-Uni, la France ou encore le Canada à chercher depuis un certain temps à favoriser une solution politique en écartant Assad du pouvoir. La réunion de Paris du 13 février 2025, rassemblant plus d’une vingtaine de gouvernements, visait à définir les mesures pour soutenir le nouveau gouvernement intérimaire. Lors de cette réunion internationale, nous faisons face à la question de l’impératif humanitaire en Syrie où le président français Emmanuel Macron a souligné l’importance de satisfaire entièrement les désirs du peuple syrien pour la liberté et la dignité.
Certains acteurs régionaux tels que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis cherchent à mettre un terme à une décennie de chaos et d’instabilité au sein de la région tout en préservant leurs intérêts stratégiques et économiques respectifs. D’un autre côté, l’inquiétude de la Turquie concerne principalement le renforcement des groupes armés kurdes et elle maintient des troupes près de la frontière pour éviter toute possibilité de sécession.
Une instance de transition recherchant une reconnaissance légitime
Même avec un soutien international considérablement large en sa faveur, le tout nouveau gouvernement de transition en Syrie sous la direction d’Ahmed al-Charaa fait toujours face à divers défis quant à sa légitimité :
- Certaines parties échappent à tout contrôle : Le nord-est est toujours solidement aux mains des Forces démocratiques syriennes tandis que d’autres factions détiennent des zones dispersées à travers le pays.
- La mise en place de la transition : L’objectif d’établir un gouvernement inclusif, tel que discuté lors de la conférence du dialogue national les 24 et 25 février 2025, rencontre des dissensions concernant le rôle des minorités kurdes et d’autres groupes communautaires.
- Crise économique et humanitaire : Après plus de dix années de conflit prolongé, la situation humanitaire reste critique. Des millions de personnes sont contraintes de fuir leur foyer et les infrastructures du pays sont totalement dévastées.
Les initiatives de diplomatie à l’échelle internationale : en vue d’établir une approche coordonnée
Conférences régionales et mondiales
Depuis la fin de l’année 2024, plusieurs rencontres diplomatiques ont abouti à un soutien formel pour la transition. Les réunions d’Aqaba (14 décembre 2024) et de Riyad (12 janvier 2025) ont jeté les bases d’une coopération régionale visant à soutenir un “gouvernement syrien de transition” et à définir des priorités : reconstruction, stabilisation, lutte contre le terrorisme, etc. Le processus est devenu plus solide lors de la Conférence de Paris (février 2025), qui a élargi le groupe des nations impliquées.
Il est largement admis dans ce contexte que la “période post-Assad” doit être inclusive et basée sur les principes énoncés dans la résolution 2254 (2015) du Conseil de sécurité des Nations Unies. Lors de la réunion à Paris, les participants ont exprimé leur volonté de “sensibiliser la communauté internationale à augmenter l’ampleur et le rythme de l’aide humanitaire en Syrie ainsi que l’aide à la reconstruction précoce et au développement”, tout en mettant en avant l’unité nationale, la souveraineté et l’intégrité territoriale du pays.
Au niveau diplomatique entre le Canada et la Syrie
Sur la scène internationale, s’exprimant à travers sa porte-parole en matière de relations extérieures, Mélanie Joly et son représentant spécial Omar Alghabra, le Canada a réaffirmé son engagement en faveur d’une transition politique pacifique et inclusive. Dans le même ordre d’idées, le Canada a dévoilé un important soutien humanitaire (17 250 000 dollars le 13 janvier 2025) visant à répondre aux besoins pressants de la population syrienne, notamment en termes d’accès à l’eau potable, de denrées alimentaires, de services d’hygiène et de soins médicaux essentiels. Il est crucial de donner la priorité à l’aspect humanitaire, car plus de 13 millions de Syriens sont actuellement confrontés à l’insécurité alimentaire.
Lors de ses voyages en Égypte et en Jordanie et aussi au Liban, l’envoyé spécial Alghabra était à la recherche des avis des politiciens locaux, acteurs régionaux et partenaires internationaux pour faciliter le transport rapide de l’aide humanitaire en Syrie. Le multilatéralisme, par le truchement des Nations Unies, la Ligue des États arabes ainsi que d’autres organisations, reste un outil crucial pour coordonner les efforts internationaux, négocier des accords de cessation des hostilités locaux et éviter une reprise des combats.
Les Nations Unies et le Conseil de sécurité en lien avec les missions de l’Envoyé spécial
Lors de sa présentation du 8 janvier 2025 devant le Conseil de sécurité des Nations unies (ONU), Geir Pedersen – l’Envoyé spécial – avait mis en garde contre les risques liés à la période post-Assad. Il avait souligné que cette phase offrait « de grandes opportunités pour établir les fondements d’une paix et d’une stabilité durables en Syrie », tout en mettant en garde qu’il suffirait « d’une erreur ou de manquer certaines opportunités pour compromettre l’avenir du pays ».
Pedersen souligne particulièrement l’importance de veiller à la sécurité des civils et de faciliter l’aide humanitaire tout en encourageant toutes les parties à participer à des discussions inclusives. De nombreuses délégations du Conseil de sécurité ainsi que des pays voisins tels que l’Égypte et la Jordanie partagent ces préoccupations communes : un échec du dialogue national et de la réconciliation risquerait d’exacerber les tensions intercommunautaires et de compromettre l’unité syrienne.
Les implications sociales, politiques et sécuritaires de la période de changement
Les divisions internes et la problématique kurde
Un élément de vulnérabilité significatif concerne la question kurde dans le Nord-est syrien. Les Forces démocratiques syriennes (FDS), composées en grande partie de combattants kurdes, contrôlent une portion importante de cette région et hésitent actuellement à fusionner leurs forces avec l’armée nationale syrienne réorganisée. Les FDS redoutent la possible dilution de leur autonomie et expriment des inquiétudes quant à la nature des nouvelles autorités à Damas, qui pourraient se révéler plutôt être une prolongation des anciennes élites potentiellement hostiles aux aspirations d’autonomie des Kurdes.
De plus, la Turquie garde un œil attentif sur la situation en considérant certains groupements des Forces démocratiques syriennes comme des prolongements du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), et elle ne rejette pas la possibilité de mener de nouvelles offensives militaires transfrontalières. Les pourparlers visant à trouver un compromis, incluant la préservation des droits des Kurdes en échange d’une réintégration dans le giron de l’État syrien, demeurent actuellement incertains.
Les contributions des groupes religieux et ethniques minoritaires
Outre la question kurde en Syrie se pose également celle du pluralisme religieux, qui englobe diverses minorités (chrétiens, druzes, alaouites…). De nombreux acteurs internationaux, dont l’Union européenne, recommandent que la future Constitution syrienne garantisse de manière explicite les droits de toutes ces communautés.
Lors du forum national pour le dialogue à Damas (du 25 au 26 février 2025), des membres d’organisations non gouvernementales ont exprimé leur préoccupation quant à la faible représentation de certains groupuscules dans les échanges. Il est notamment question des Kurdes et de certains adeptes alaouites qui restent sur leurs gardes, ou encore des communautés religieuses craignant d’être reléguées au second plan par un régime sunnite prédominant.
Sécurité : Combattre le terrorisme et assurer la stabilisation des zones libérées
Malgré les tensions internes persistantes, la menace terroriste reste une réalité incontestée. Les factions liées à Daech ou à d’autres organisations extrémistes exploitent les failles sécuritaires pour mener des attaques dans diverses régions. Bien que l’accord de cessez-le-feu de fin 2024, négocié par les États-Unis aux environs de Manbej, l’ait brièvement atténué, l’escalade entre les FDS et l’Armée nationale syrienne se poursuit par de nombreux incidents violents.
La désarticulation totale des réseaux djihadistes et la réinsertion en toute sécurité nécessitent :
- Une armée nationale unifiée serait nécessaire pour intégrer – ou du moins coordonner – les diverses factions rebelles qui ont participé à renverser Assad.
- Renforcer la coopération régionale avec la Turquie, l’Irak et d’autres pays voisins impliqués dans le problème des combattants extrémistes.
- Une assistance logistique et financière suffisante de la part de la communauté mondiale pour mener à bien les missions de sécurisation et de désarmement.
Signes initiaux de reprise : Des questions économiques et humanitaires se posent-elles ?
Les répercussions d’une décennie de conflit armé
La guerre en Syrie laisse des cicatrices profondément ancrées : destruction massive des infrastructures urbaines et fuite massive des habitants vers d’autres contrées ; les tensions communautaires exacerbées par l’isolement économique occasionné par les sanctions et la désintégration des institutions ont plongé le pays dans une crise sans précédent. Selon les Nations Unies, plus de 15 millions de Syriens sont aujourd’hui dépendants d’une aide humanitaire d’urgence pour leur survie. Une pénurie alarmante en eau potable et en carburant aggrave la situation déjà critique sur le plan sanitaire.
Le gouvernement de transition fraîchement formé doit désormais affronter une situation d’urgence triple :
- Rétablir les services essentiels tels que l’électricité ainsi que les soins de santé et l’éducation.
- Relancer l’économie afin de créer des opportunités d’emploi et de revenu pour une population confrontée à une grave crise alimentaire dans certains domaines.
- Gérer le rapatriement de millions de réfugiés disséminés dans les nations voisines (Jordanie, Turquie et Liban), en prenant en considération également le déplacement interne de populations encore important dans la partie nord du pays.
Assouplir les punitions et obtenir le soutien de la communauté internationale
Suite à un changement de paysage politique significatif, l’Union européenne a annoncé le 24 février 2025 la levée partielle des restrictions appliquées à des secteurs économiques clés comme l’énergie ou les transports. L’objectif de cette mesure est d’encourager la reprise économique et de faciliter la distribution de l’aide humanitaire, la reconstruction des infrastructures et le rétablissement des transactions bancaires limitées au niveau international.
Le comité de l’UE souligne toutefois l’importance d’une transition inclusive et assortie de réformes démocratiques essentielles. Les mesures visant l’ancien régime d’Assad et ses partisans (notamment dans le domaine des armements chimiques et du trafic de drogue) restent en vigueur. Cependant, les signaux émanant de Bruxelles démontrent une volonté d’accompagner le renouveau en Syrie dans le but d’assurer la stabilité régionale et d’améliorer les conditions de vie des habitants.
Les donateurs du monde entier et la collaboration multilatérale
Selon la déclaration commune de la Conférence de Paris mentionnée précédemment, l’implication des bailleurs de fonds internationaux (États-Unis, Canada, pays de l’Union européenne, monarchies du Golfe) est essentielle pour assurer le succès du processus de transition.
- Des investissements financiers ont déjà été mentionnés par des acteurs canadiens et européens ainsi que par certains pays arabes.
- Plusieurs institutions financières de développement telles que la Banque mondiale et la Banque islamique de développement envisagent d’accorder des prêts et des garanties pour la reconstruction si les autorités syriennes en transition s’engagent à adopter une gouvernance transparente et inclusive.
Toutefois, les engagements de donations et les premiers versements rencontrent des obstacles en raison de l’instabilité persistante : la corruption demeurant présente dans certains secteurs de l’administration, les risques de détournement des aides et la persistance de violences sporadiques. C’est pourquoi il est crucial que la transition politique soit efficace afin de gagner la confiance des investisseurs.
La réunion du dialogue national qui s’est tenue à Damas les 24 et 25 février 2025 était considérée comme le premier pas vers un vaste processus de rapprochement. Cependant, certains observateurs l’ont critiquée en raison de son manque de transparence et de la sous-représentation de certaines minorités.
Cependant, cette phase demeure essentielle :
- Elle a contribué à formuler des suggestions pour le prochain gouvernement en soulignant l’importance d’intégrer des membres des minorités ethniques et religieuses dans les instances décisionnelles.
- Elle a mis en avant l’importance d’établir des processus de justice transitionnelle pour mettre un terme aux actes de représailles et établir un fondement juridique solide pour indemniser les victimes de crimes de guerre.
- Elle a exprimé le besoin de trouver un accord avec les Forces démocratiques syriennes pour assurer l’intégrité territoriale de la Syrie et permettre une participation significative des Kurdes dans la structure constitutionnelle du pays.
La perspective d’une nouvelle Constitution et la tenue prochaine d’élections démocratiques occupent une place centrale dans l’esprit de la résolution 2254 du Conseil de sécurité qui préconise “une gouvernance ouverte et représentative incluant toutes les facettes de la société syrienne”.
Le rôle de la justice transitionnelle est crucial dans les processus de transformation sociale et politique.
Plusieurs groupes de défense des droits de l’homme ont mis en lumière l’importance cruciale de la justice transitionnelle pour guérir les divisions et encourager la réconciliation sociale et politique après des périodes de conflit ou d’oppression systématique à l’échelle nationale ou internationale, au cours de rencontres à l’échelle mondiale et lors de dialogues entre nations diverses et organisations internationales engagées dans la promotion des droits de l’homme et de la justice sociale…
- Établir une commission spéciale en Syrie chargée de rassembler et de protéger les éléments de preuve des actes criminels perpétrés durant le conflit armé.
- Mettre en place des commissions de Vérité et Réconciliation inspirées par d’autres nations post-conflit pour élucider le sort des personnes disparues, identifier les responsabilités et progresser vers la voie de la réconciliation.
- Utiliser les tribunaux internationaux déjà en place (comme la Cour pénale internationale et les tribunaux nationaux d’autres pays) pour juger les violations les plus graves telles que l’utilisation d’armes chimiques. Cela devrait être fait en collaboration avec l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC).
Le gouvernement provisoire ne peut se permettre d’ignorer cette problématique sans risquer de raviver les tensions entre les anciens partisans du régime et les familles des victimes.
La reconstitution des infrastructures et la revitalisation de l’économie
La rénovation des infrastructures telles que les routes, ponts, réseaux électriques, hôpitaux, écoles, etc., représente un projet de grande envergure et d’importance capitale. Les spécialistes estiment qu’un montant de plusieurs centaines de milliards de dollars serait nécessaire pour redonner une vigueur nouvelle aux zones ravagées. Les grandes puissances et les pays de la région ont exprimé leur volonté d’offrir leur assistance, à condition que la transition se fasse de manière crédible et transparente.
- L’Union européenne envisage de mettre en place des financements spécifiques par le biais de la Banque européenne d’investissement une fois que les conditions politiques et sécuritaires auront été considérées comme satisfaisantes.
- De nombreux investisseurs privés potentiels attendent des indications précises du nouveau gouvernement syrien concernant la sécurité des investissements et la stabilité du pays avant de prendre des décisions d’engagement financier significatives.
- La restauration des connexions de transport – ports maritimes et fluviaux inclusivement – se révèle essentielle pour raviver les échanges commerciaux en assurant la sécurité des voies terrestres et en rénovant les infrastructures endommagées ou délaissées depuis de nombreuses années.
Pour parvenir à une transition réussie après le règne d’Assad et instaurer une paix durable en Syrie, il est impératif de repenser fondamentalement le contrat social du pays.
- L’aspect inclusif implique que chaque segment de la société (sunnites, chiites, alaouites, chrétiens, Kurdes, etc.) devrait se percevoir représenté et garantir la sauvegarde de leurs droits au sein du cadre politique.
- Assurer la neutralité des institutions clés telles que l’armée et la justice est essentiel pour prévenir toute manipulation par un parti politique ou un groupe ethnique.
- Un cadre légal qui protège les droits essentiels et assure la liberté de parole et de religion ainsi que l’égalité entre les sexes tout en instaurant des mesures de précaution pour éviter le retour d’un régime autoritaire.
- La justice transitionnelle implique l’identification et la réparation des actes répréhensibles commis dans le passé pour poursuivre les crimes de guerre les plus graves et favoriser une réconciliation fondée sur la vérité.
Dans le passé récent, les interférences extérieures ont grandement alimenté et exacerbé le conflit en Syrie, tandis qu’aujourd’hui, parvenir à stabiliser requiert une implication constructive des acteurs régionaux, en mettant l’accent sur notamment :
- La Turquie demeurant fortement préoccupée par la question kurde.
- Les nations arabes limitrophes (Jordanie, Liban et Irak) font face à la gestion des déplacements de populations réfugiées et contribuent aux opérations de reconstruction.
- Les monarchies du Golfe possèdent des ressources financières considérables qui pourraient aider à stimuler l’économie en Syrie.
Au-delà de l’allégement des sanctions et de l’aide humanitaire fournie en soutien aux populations affectées par les conflits actuels dans différentes régions du monde, la communauté internationale devrait maintenir une étroite coordination diplomatique en travaillant ensemble à travers des organisations telles que les Nations Unies, la Ligue arabe, l’Organisation de la coopération islamique et l’Union européenne. L’Envoyé spécial de l’ONU Geir Pedersen a exprimé la nécessité d’une implication accrue à Damascus pour accompagner les changements en cours et veiller au respect des normes du droit international humanitaire, en particulier en ce qui concerne :
- La supervision des réserves d’armements chimiques en collaboration avec l’Organisation pour l’interdiction des armements chimiques (OIAC).
- Assurer le respect des droits de l’homme pour prévenir toute résurgence de violences lors de la transition.
- Assurer le retour des réfugiés dans des environnements sécurisés et respectueux, afin qu’ils puissent retrouver leur dignité.
La période de transition en Syrie après le règne d’Assad marque un moment crucial pour un pays ravagé par plus d’une décennie de conflits armés. Alors que les perspectives de renouveau politique et de relèvement économique ainsi que de réconciliation nationale sont tangibles, les défis restent titanesques. Les cinq sources abordées mettent en lumière divers aspects de cette évolution : la nécessité d’une coordination entre les acteurs internationaux (Conférence de Paris, initiatives régionales), le soutien humanitaire et l’importance de l’inclusivité (position canadienne), l’avertissement concernant les risques liés à la fragmentation du pays et la persistance de la menace terroriste discutée lors de la séance du Conseil de sécurité de l’ONU s’accompagne d’un certain assouplissement des restrictions par l’Union européenne afin de favoriser la reconstruction. De plus, l’annonce d’un nouveau gouvernement soulève à la fois espoirs et interrogations concernant la manière dont il saura prendre en compte les minorités.
La leçon principale à retenir est que la réussite de la transition dépendra d’une multitude de facteurs interconnectés :
- La légitimité des organisations de gouvernance face à la corruption, la sauvegarde des droits essentiels et le véritable engagement à intégrer toutes les communautés syriennes.
- La collaboration à l’échelle mondiale – qu’elle soit financière ou diplomatique – est essentielle pour soutenir la reconstruction et favoriser la résolution des conflits locaux (traiter le statut des Kurdes et désarmer les factions par exemple).
- La justice transitionnelle vise à traiter les actes criminels et à offrir à la société syrienne l’opportunité de sortir du conflit sans oublier le passé douloureux des victimes tout en préservant leur honneur et mémoire.
Dans ce contexte spécifique, la réunion nationale du dialogue tenue à Damas fin février 2025 représente un premier pas important, mais elle demeure insuffisante tant que toutes les forces actives du pays et tous les partenaires étrangers ne sont pas pleinement engagés sur le long terme. La tâche est d’autant plus ardue que la Syrie se remet d’une crise institutionnelle majeure et doit jongler avec la reconstruction économique, la sécurisation des zones sensibles, l’intégration des réfugiés et l’apaisement des tensions entre communautés.
Le chemin vers une Syrie libre et pacifique sera semé d’embûches et de défis à relever ; malgré cela – comme souligné dans la Déclaration conjointe de la Conférence de Paris- la volonté du peuple syrien appuyée par une solidarité internationale renforcée pourrait aboutir à la construction d’un futur plus prometteur et paisible pour tous les habitants de la Syrie.
Bibliographie
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Conférence de Paris sur la Syrie – Déclaration conjointe (13 février 2025).
Récupéré de : https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/syrie/evenements/actualites-2025/article/conference-de-paris-sur-la-syrie-declaration-conjointe-13-02-2025
Affaires mondiales Canada. (2025).
L’envoyé spécial pour la Syrie se rend en Égypte, en Jordanie et au Liban (22 février 2025).
Communiqué de presse.
Récupéré de : https://www.canada.ca/fr/affaires-mondiales/nouvelles/2025/02/lenvoye-special-pour-la-syrie-se-rend-en-egypte-en-jordanie-et-au-liban.html
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9832e séance – matin du Conseil de sécurité de l’ONU (8 janvier 2025).
New York : Conseil de sécurité des Nations Unies.
Récupéré de : https://press.un.org/fr/2025/cs15961.doc.htm
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Communiqué de presse.
Récupéré de : https://www.consilium.europa.eu/fr/press/press-releases/2025/02/24/syria-eu-suspends-restrictive-measures-on-key-economic-sectors/
Le Grand Continent. (2025).
L’annonce du nouveau gouvernement syrien : le premier test pour Ahmed al-Charaa depuis sa prise de pouvoir (1er mars 2025).
Récupéré de : https://legrandcontinent.eu/fr/2025/03/01/lannonce-du-nouveau-gouvernement-syrien-le-premier-test-pour-ahmed-al-charaa-depuis-sa-prise-de-pouvoir/


