La députée indépendante de Rimouski, Maïté Blanchette Vézina, a annoncé mardi qu’elle se ralliait au Parti conservateur du Québec (PCQ) et qu’elle serait candidate dans la circonscription de La Peltrie lors des élections générales prévues le 5 octobre prochain. Le point de presse, tenu à Québec en présence du chef Éric Duhaime et de la présidente de l’association locale Linda Lapointe, marque la fin de plusieurs mois de réflexion publique pour l’ex-ministre caquiste des Ressources naturelles et des Forêts (octobre 2022 – septembre 2025).
Une décision « pleinement assumée »
Devant une salle bien garnie de journalistes, Maïté Blanchette Vézina a pris soin de situer son choix dans un cadre qui dépasse la simple arithmétique partisane. « Au cours des derniers mois, j’ai pris le temps de réfléchir profondément à mon engagement politique. J’ai réfléchi à ma famille, à mes enfants, à ce pourquoi je fais de la politique, mais aussi à ce que je veux vraiment changer. » Elle a précisé que ses mois à titre de députée indépendante lui avaient permis de voir autrement son rôle — et de « penser beaucoup aux régions, surtout aux résultats que les citoyens sont en droit de s’attendre ».
Au cœur de sa démarche : une conviction que le Québec doit « redonner au Québec sa mentalité de développement » et « réapprendre à créer de la richesse ». « On ne peut pas redistribuer ce qu’on n’a pas », a-t-elle lancé, avant d’appeler à revoir « la place de l’État dans nos vies » et à décentraliser les décisions pour les rapprocher des citoyens. Son diagnostic s’est ensuite précisé : « La machine, je l’ai vue comme ministre, comme députée — elle est lourde. L’État centralise naturellement. Les décisions sont lentes, prises loin du terrain. Il y a des projets qui peuvent prendre des années avant de voir le jour. Puis pendant ce temps-là, les citoyens continuent de payer des taxes et des impôts pour un système qui ne livre pas à la hauteur de ce qu’il devrait. »
Elle a ensuite invoqué le « courage » comme fil conducteur de son passage au PCQ. « Le courage de voir la réalité telle qu’elle est, et non comme on espérait qu’elle soit. Le courage de quitter ce qui ne fonctionne plus, le courage de demander des comptes, même quand c’est difficile, même quand il y a des gens plus puissants devant moi. » C’est ce même courage, a-t-elle affirmé, qui lui a dicté de rejoindre « le seul parti qui a le courage de développer réellement une vision pour sortir le Québec de son mutisme, de ses vieux paradigmes ».
En annonçant formellement son adhésion au PCQ et sa candidature dans La Peltrie, elle a énuméré les valeurs qui sous-tendent ce choix : développement des ressources, respect du travail, responsabilité, imputabilité, liberté de choix, et « gestion rigoureuse de l’argent public, avec moins de taxes, plus d’argent pour les familles et les travailleurs — parce que ce sont eux qui tiennent le modèle québécois à bout de bras ». Elle a également tenu à affirmer que « les femmes ont toutes leur place au sein de cette vision conservatrice du Québec ». S’adressant directement à ses électeurs de Rimouski, elle leur a assuré qu’elle continuerait de défendre leurs dossiers « avec la même vigueur, la même rigueur et le même engagement » jusqu’à la fin du mandat, avant de conclure sur une formule appelée à faire date : « La prochaine transformation du Québec ne sera pas tranquille — elle va être conservatrice. »
Six mois de cour ouverte
Éric Duhaime n’a pas caché son enthousiasme. Là où Blanchette Vézina avait décrit une réflexion intérieure, le chef conservateur a raconté une séduction assumée. Il a relaté les six mois de rapprochement qui ont précédé l’annonce — dîners, rencontres, visioconférences et même une sortie au théâtre — avant de présenter la candidate au congrès du parti à la fin janvier. « Aujourd’hui, on annonce qu’on forme un couple », a-t-il dit, usant de la métaphore pour souligner la nature progressive de leur alliance.
Pour le chef conservateur, cette arrivée envoie trois signaux distincts à l’électorat québécois : la professionnalisation du parti, le recentrage sur des valeurs conservatrices claires, et l’élargissement de sa base au-delà de son noyau traditionnel. Il a cité en appui les résultats récents du PCQ dans les élections partielles d’Arthabaska (+11%) et de Chicoutimi (+18%). Il a également fait valoir un argument arithmétique : en représentant les quelque 530 000 personnes ayant voté conservateur en 2022, Blanchette Vézina incarnerait, à elle seule, une légitimité démocratique que peu de députés peuvent revendiquer — 25 fois plus d’électeurs que chaque élu caquiste moyen, a-t-il calculé.
Une période de questions animée
La période de questions a mis à l’épreuve plusieurs dimensions du ralliement. La première ligne d’attaque a porté sur le virage idéologique de la candidate en matière d’hydrocarbures. Ancienne mairesse de Sainte-Luce et élue dans une circonscription du Bas-Saint-Laurent, Blanchette Vézina s’était jadis montrée réservée sur l’exploitation des ressources fossiles. Elle a reconnu sans détour que son opinion avait changé : « Le Québec n’a plus le luxe de se passer des ressources que nous avons en abondance ici. » Elle a invoqué la dépendance énergétique, le contexte géopolitique mondial et la demande européenne en gaz naturel — évoquant notamment l’exemple de l’Allemagne, qui cherche à se décarboner, comme une occasion que le Québec aurait manquée. Duhaime a abondé dans le même sens, affirmant que le débat sur le gaz de schiste avait « évolué positivement » depuis 2010, tant sur le plan technologique qu’en matière de souveraineté énergétique.
Les journalistes ont également questionné le choix de La Peltrie plutôt que Rimouski. La candidate a évoqué ses études à l’Université Laval, ses premières années de pratique du droit dans la région de Québec et les projets immobiliers de sa famille dans la capitale. Duhaime a confirmé que le retour à Québec faisait partie des plans personnels de Blanchette Vézina avant même que l’option politique ne se concrétise, ajoutant vouloir que sa nouvelle recrue soit dans « une circonscription parmi nos meilleures ». Sur les enjeux locaux, la candidate a ciblé la mobilité comme priorité dans les secteurs en forte croissance comme Val-Bélair, où de nombreuses jeunes familles se sont établies sans que les infrastructures routières et les parcs suivent le rythme. Le PCQ tenait son investiture dans La Peltrie dès le lendemain soir.
Plusieurs journalistes ont enfin sondé la candidate sur un éventuel retour au bercail caquiste, notamment dans le contexte de la course à la direction de la Coalition Avenir Québec. Blanchette Vézina a fermé la porte sans ambages : « Ma confiance a été brisée et elle ne reviendra pas. » Elle a rappelé avoir quitté le caucus en raison de promesses non tenues envers les régions — « la CAQ se disait le parti des régions, ça n’a pas été le cas, pas du tout » — une rupture qu’elle a qualifiée d’incompatible avec tout retour, quelle que soit l’identité du prochain chef. Blanchette Vézina continuera d’occuper son siège à titre de députée indépendante de Rimouski jusqu’à la dissolution de l’Assemblée nationale, tout en menant sa pré-campagne dans La Peltrie.

