Mardi, février 3, 2026

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Monsieur Drainville, pourquoi devrais-je vous croire?

Bonjour M. Drainville,

Je me présente : Joey Aubé, 31 ans, originaire de Montmagny, podcaster pour le podcast d’actualité politique et économique Ian et Frank, membre du Parti conservateur du Québec depuis mars 2021 et ancien militant de la Coalition Avenir Québec et de sa commission jeunesse d’octobre 2018 à février 2021. Je ne crois pas que nous nous soyons déjà rencontrés, bien que j’aie déjà participé à un panel à LCN, à l’émission d’Emmanuelle Latraverse, aux côtés de votre fils — un jeune homme admirable.

Si je vous écris aujourd’hui, c’est pour vous poser une seule question, simple, mais fondamentale : pourquoi devrais-je vous croire?

Moi, en tant qu’électeur de droite économique assumée — cette « droite de Québec », cette droite libérale classique souvent caricaturée et humiliée — vous tenez aujourd’hui exactement le discours que les intervenants de ce courant tiennent depuis plus de 25 ans. Un discours que vous dénonciez pourtant il n’y a pas si longtemps encore. Pourquoi maintenant?

Vous avez été politicien une grande partie de votre vie, d’abord au Parti québécois, puis à la Coalition Avenir Québec. Vous avez participé à des gouvernements qui promettaient tous, à tour de rôle et à leur façon, la réforme du modèle québécois. La fameuse réingénierie de l’État de Jean Charest. Le changement de François Legault, et maintenant vous. Pourtant, le constat est clair : l’État n’a jamais cessé de grossir, les promesses ont toujours été rompues, et le modèle québécois demeure aussi rigide, centralisé et de plus en plus inefficace.

En 2022, vous vous êtes présenté pour un gouvernement qui avait déjà commencé à reculer sur ses promesses, et ce, bien avant la pandémie (coupures de fonctionnaires, exploitation des hydrocarbures, abolition des commissions scolaires, etc.). Un gouvernement qui condamnait, lors de la dernière campagne électorale, exactement les idées que vous défendez aujourd’hui — idées pourtant portées ouvertement par le PCQ en 2022. Qu’est-ce qui a changé, sinon le contexte politique et la course à la chefferie ?

Soyons honnêtes : ce discours, vous ne l’avez pas découvert récemment par illumination soudaine. Il existait déjà dans l’espace public. Vous l’avez entendu pendant des années, notamment par Éric Duhaime, alors que vous animiez ensemble à la radio. Ce que vous faites aujourd’hui ne relève pas d’une conversion idéologique, mais bien d’un calcul opportuniste.

C’est précisément ce genre de manœuvre qui alimente le cynisme politique. Vous n’êtes peut-être pas le politicien le plus corrompu du Québec, mais vous appartenez à l’une des pires catégories : les caméléons. Ceux qui changent de discours et de jackets de couleurs selon les sondages, selon de quel côté le vent souffle, selon l’adversaire à battre.

Si Christine Fréchette avait prononcé exactement le même discours que le vôtre, je suis convaincu que vous défendriez aujourd’hui la position inverse. Peut-être avec une touche nationaliste, vestige de votre passé péquiste, mais l’essence serait la même : vous seriez ailleurs.

C’est ce type de comportement qui éloigne les citoyens de la politique. Qui alimente l’idée que voter « pour l’un ou pour l’autre, c’est du pareil au même ». Qui fait croire aux nouvelles générations que toute volonté réelle de changer le Québec est condamnée d’avance.

Si vous aviez eu de véritables convictions, vous auriez démissionné lorsque le troisième lien a été abandonné. Vous auriez quitté votre poste de ministre ainsi que celui de député de la CAQ, par respect pour votre intégrité, mais surtout pour celle de vos électeurs. Vous ne l’avez pas fait. Vous avez continué, tout en diabolisant Éric Duhaime et ses idées, pour ensuite reprendre presque intégralement son programme quelques années plus tard.

Aujourd’hui, vos collègues et militants qui vous appuient dans votre course vous applaudissent tels des automates. Non pas par conviction profonde, mais par stratégie. Parce qu’ils croient que c’est le meilleur moyen de gagner la course à la chefferie et, plus tard, l’élection générale.

La droite économique, celle de Québec comme ailleurs, n’est plus capable de se faire fourrer. Plus capable de ces épiphanies préélectorales, de ces promesses recyclées, de ces politiciens qui découvrent soudainement que nos idées étaient les bonnes depuis le début — juste à temps pour demander nos votes.

Je ne vous considère pas comme une mauvaise personne dans votre vie personnelle. Mais comme politicien, vous incarnez exactement ce qui empêche le Québec de changer. À l’inverse, je préfère faire confiance à des gens qui défendent les mêmes idées depuis des décennies, sans changer de cap selon le climat politique. Des gens comme Éric Duhaime, Joanne Marcotte, Ian Sénéchal, Jeff Fillon et plusieurs autres.

Réformer le modèle québécois n’est pas une posture électorale. C’est une question de conviction, de croire réellement que notre valeur fondamentale, quand on s’en va en politique, ce sont la liberté et les droits individuels, et non l’opportunisme politique, la sécurité, la centralisation et simplement aller du côté où le vent souffle.

Je vous souhaite bonne chance dans votre course à la chefferie. Mais si j’étais à votre place, je ne prononcerais pas un tel discours ; je préférerais quitter la politique.

Enfin, à ceux qui me disent de « donner une chance à Bernard », je leur rappellerai simplement la fable du scorpion et de la grenouille. Quand le scorpion, après avoir demandé à la grenouille de le conduire de l’autre côté de la rivière, finit par piquer celle-ci à mi-chemin de l’autre rive, il ne l’a pas fait par surprise. Il l’a fait parce que c’est dans sa nature.

Exactement tel un politicien prêt à vendre son intégrité si facilement sur l’autel de l’opportunisme. Trahissant ses électeurs à la première occasion.

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Joey Aubé
Joey Aubé
Diplômée en animation radiophonique et web au Collège Radio Télévision de Québec (CRTQ), Chroniqueur, podcaster et créateur de contenu du podcast Ian & Frank. Co-porte-parole du mouvement jeunesse québécois Génération Ambition. Fier gamer et cinéphile. Il est possible de le suivre sur X (Twitter) et Facebook.

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