Deux pilotes canadiens sont morts dimanche soir dernier lors d’un accident tragique à l’aéroport LaGuardia de New York.
Et au Canada, l’indignation nationale porte sur quoi?
Les condoléances prononcées en anglais seulement par le PDG de Air Canada, Michael Rousseau.
On peut-tu s’arrêter deux secondes et se demander ce qu’on est en train de faire?
On parle d’un message de condoléances après un drame. Pas d’un recul du français. Pas d’une réforme. Pas d’une décision structurante. Un simple message de sympathie. Et ça suffit pour déclencher une tempête politique et médiatique d’une ampleur complètement démesurée avec des condamnations à l’emporte-pièce et des appels à s’expliquer, voire carrément à démissionner.
On assiste même à une espèce de surenchère politique où chacun tente de surjouer l’indignation pour montrer qu’il est plus vertueux que le voisin.
C’est complètement disproportionné.
Je suis francophone. Je défends le français. Je me fais un point d’honneur de parler et écrire un français quasi parfait. Je suis aussi bilingue. Et défendre une langue, ce n’est pas perdre le sens du réel.
En ce moment, il y a des familles qui viennent de perdre un proche.
Vous pensez sincèrement que leur préoccupation, c’est la langue utilisée par le PDG?
Vous trouvez ça respectueux, envers les familles des deux pilotes qui viennent de mourir, de voir certains tenter de faire du capital politique ou du signalement de vertu sur le dos de cette tragédie?
Ce qui me dérange, ce n’est pas l’importance qu’on accorde au français. C’est l’incapacité à hiérarchiser, à mettre les choses en perspective. Tout devient une crise. Tout devient un symbole. Peu importe le contexte.
Et pendant ce temps-là, le vrai monde continue. Coût de la vie, dettes publiques, pression économique, instabilité internationale. Mais non. Le sujet du jour, c’est ÇA!
Et on va se le dire : l’indignation est à géométrie variable.
On exige d’un PDG d’entreprise privée qu’il parle français sinon on parle de démission. Mais notre gouverneure générale, elle, ne parle pas français, nous coûte une fortune et ne sert à strictement rien… et ça, ça ne dérange à peu près personne.
Même chose du côté politique. On a un premier ministre qui se permet de critiquer M. Rousseau alors que son propre français est, disons-le, plus qu’approximatif et que dans sa garde rapprochée, la présence francophone est loin d’être évidente. Mais ça, ça passe comme du beurre dans la poêle.
Donc on résume : pour certains, c’est tolérable quand ça vient du pouvoir politique ou des institutions. Mais pour un dirigeant d’entreprise, dans un contexte de deuil, là, soudainement, ça devient inacceptable.
Il y a un sérieux problème de cohérence.
Et pendant qu’on s’emballe pour ça, on évite soigneusement de regarder les vrais enjeux linguistiques. Une part importante des Québécois eux-mêmes ont de la difficulté à écrire correctement le français. On laisse entrer, année après année, une immigration massive sans toujours s’assurer d’une intégration linguistique réelle et fonctionnelle. Là, il y a un enjeu sérieux, structurant et durable.
Mais ça, c’est plus complexe. Ça demande du courage politique. Ça demande de la nuance et des solutions.
C’est plus facile de s’indigner d’un communiqué et de taper sur un « méchant » PDG d’entreprise privée.
Air Canada est une entreprise privée et cotée en bourse. On devrait juger son PDG sur sa capacité à gérer, à livrer et à prendre des décisions. Pas sur sa capacité à cocher parfaitement chaque attente symbolique dans un moment précis.
À force de tout ramener à ça, on finit par rendre le français presque caricatural et on en vient à en banaliser ce qu’il a de fondamental.
Un peuple sérieux est capable de défendre sa langue sans s’enfarger dans chaque symbole, sans partir en crise pour un communiqué, sans perdre de vue l’essentiel. Défendre le français, ce n’est pas jouer à la police linguistique à la moindre occasion, c’est former des gens capables de le parler, de l’écrire, de le transmettre correctement.
Un peuple qui passe son temps à chialer contre les Anglais au lieu de s’attaquer au fond du problème, c’est un peuple qui a une faible estime de lui-même… et ça paraît.


