IAN SÉNÉCHAL | Le texte suivant est basé sur une réponse de Ian Sénéchal à une question d’un auditeur dans le Live du Mercredi Soir, vers la 15e minute.
Les régimes de retraite, qu’ils soient à prestations déterminées (PD) ou à cotisations déterminées (CD), constituent des piliers essentiels de la sécurité financière pour les travailleurs. Toutefois, leur gestion, notamment en cas de surplus actuariels, peut devenir un véritable casse-tête, en particulier lorsque des syndicats s’en mêlent.
Régimes à Prestations Déterminées : Une promesse de revenu, mais à quel prix ?
Les régimes à prestations déterminées garantissent un revenu fixe à la retraite. Ils fonctionnent selon un mécanisme simple en apparence : l’employeur et l’employé cotisent durant la vie active, et les sommes investies doivent générer des rendements suffisants pour couvrir les paiements à la retraite.
Cependant, l’équilibre financier de ces régimes dépend d’une combinaison délicate de facteurs : rendements des marchés, espérance de vie des retraités, et cotisations des membres actifs.
Le Surplus Actuariel : Une pomme de discorde
Un surplus actuariel se produit lorsque les rendements des investissements dépassent les attentes. Ce surplus est souvent perçu comme une « manne » par les différentes parties prenantes :
- L’employeur souhaite réduire ses cotisations futures ou obtenir un « congé de cotisation », c’est-à-dire cesser temporairement de contribuer au régime.
- Les syndicats, représentant les employés actifs, voient dans ce surplus une opportunité d’améliorer les prestations du régime.
- Les retraités, de leur côté, réclament souvent une indexation de leurs rentes pour refléter l’inflation ou une bonification directe de leurs paiements.
Un équilibre impossible au Québec
Au Québec, les syndicats ne jouent que très rarement un rôle constructif dans la gestion de ces régimes. En pratique, ils défendent systématiquement les intérêts à court terme de leurs membres actifs, souvent au détriment de la stabilité à long terme du régime. Cela a conduit à de multiples conflits dans le passé, où les employeurs se sont retrouvés à devoir renflouer les caisses après que les surplus aient été dilapidés.
Pourquoi les Prestations Déterminées disparaissent du secteur privé
Dans le secteur privé, les régimes à prestations déterminées sont devenus une rareté. Leur coût et leur imprévisibilité expliquent cette tendance. Les employeurs préfèrent aujourd’hui les régimes à cotisations déterminées, qui transfèrent les risques financiers sur les épaules des employés.
Dans le secteur public, cependant, ces régimes restent prédominants. Cela s’explique par le fait que les gouvernements peuvent absorber les déficits en augmentant les taxes ou en empruntant à faible coût. Cette capacité unique leur permet de maintenir des régimes que le privé considère comme insoutenables.
Régimes à Cotisations Déterminées : Une responsabilité individuelle accrue
Contrairement aux PD, les régimes à cotisations déterminées (CD) fixent les montants à verser par l’employeur et l’employé, mais ne garantissent pas le revenu à la retraite. Le montant final dépend des rendements des investissements.
Ces régimes, bien qu’ils soient plus prévisibles pour les employeurs, présentent des défis majeurs pour les employés, qui doivent jongler avec l’incertitude des marchés financiers et planifier eux-mêmes leurs retraits.
Conclusion : Une évolution irréversible ?
Le déclin des régimes à prestations déterminées dans le secteur privé semble irréversible. L’instabilité créée par les surplus actuariels et la dynamique conflictuelle avec les syndicats expliquent en grande partie cette tendance. Dans le secteur public, ces régimes survivent, mais au prix d’une pression accrue sur les finances publiques.
Le passage aux régimes à cotisations déterminées représente un changement majeur dans la philosophie de la planification de la retraite : l’employé devient pleinement responsable de son avenir financier. Une responsabilité que beaucoup ne sont pas prêts à assumer, mais qui semble devenir la norme dans une économie marquée par l’incertitude.



