Chère Elizabeth Lemay,
J’ai écouté ta chronique.
J’ai lu tes répliques.
Et j’ai observé le tollé sur les réseaux sociaux depuis vendredi soir passé.
La critique que tu reçois n’est pas la preuve que tu as raison.
Ce n’est pas la démonstration d’un « patriarcat blessé ».
Ce n’est pas la confirmation que « les hommes se sentent visés ».
C’est la conséquence logique d’un discours qui a franchi une ligne.
Tu as affirmé que la crise de la solitude masculine est une bonne nouvelle.
Tu as laissé entendre que si des hommes sont seuls, c’est essentiellement parce qu’ils refusent la libération des femmes.
Tu as insinué que leur isolement est mérité, peut-être même insuffisant.
Imagine un instant l’inverse.
Imagine un homme en ondes affirmant que la détresse féminine est une « bonne nouvelle ».
Imagine qu’il généralise en expliquant que les femmes souffrent parce qu’elles ont mal voté ou mal évolué socialement.
Le backlash serait instantané, massif, justifié.
Pourquoi le principe changerait-il lorsqu’il s’agit d’hommes?
La solitude masculine est un enjeu bien documenté.
Les suicides masculins sont statistiquement plus élevés.
L’isolement social, la difficulté à exprimer la vulnérabilité, la perte de repères identitaires sont des phénomènes réels.
On peut parler des féminicides.
On doit en parler.
Mais instrumentaliser ces tragédies pour suggérer qu’une moitié de la population mérite son isolement est une généralisation grotesque.
Tu as mis dans le même panier des criminels, des radicalisés, des pères de famille aimants, des conjoints attentionnés… et des hommes simplement seuls.
Et lorsque certains OSENT dire que « ce n’est pas tous les hommes qui sont de même », tu réponds que cette nuance fait d’eux « le problème ».
Ce mécanisme est fort inquiétant.
Tu disqualifies d’avance toute tentative de nuance.
Tu t’immunises contre le débat.
La liberté d’expression protège ton droit de tenir de tels propos.
Mais elle protège aussi le droit des gens de les juger sévèrement.
Être critiquée ne fait pas de toi une victime.
Être contredite ne valide pas automatiquement ta thèse.
Ce qui choque aujourd’hui, ce n’est pas que tu parles de violence masculine.
C’est que tu sembles te réjouir de la détresse masculine.
Et ce glissement-là est grave.
On ne combat pas la radicalisation en humiliant collectivement.
On ne favorise pas l’égalité en mettant tous les hommes dans le même panier.
On ne construit pas une société saine en opposant les souffrances.
Les hommes ne sont pas un bloc uniforme.
Les femmes non plus.
Il existe des hommes violents.
Il existe aussi des hommes aimants, engagés, vulnérables, brisés, perdus.
Réduire cette complexité à une morale punitive est indigne d’une tribune publique.
Tu as le droit de parler.
Mais avec ce droit vient une responsabilité.
La colère que tu observes aujourd’hui n’est pas la preuve que tu as touché une vérité interdite.
C’est peut-être simplement le reflet d’un malaise légitime face à un discours qui a choisi la généralisation crasse plutôt que la nuance.
Et ça mérite amplement d’être dit.
On ne construit pas l’égalité en humiliant collectivement.
Et défendre les femmes ne nécessite pas la démonisation des hommes.

