À l’heure où les prix à la pompe atteignent des sommets inégalés depuis plusieurs mois, la Fédération canadienne des contribuables (FCC) hausse le ton à l’endroit des prétendants à la succession de François Legault. L’organisme réclame une suspension immédiate de toutes les taxes provinciales sur l’essence, dès l’entrée en fonction du prochain premier ministre du Québec.
Selon les relevés de la Régie de l’énergie du Québec, le prix moyen de l’essence a augmenté de plus de 30 à 45 cents le litre depuis le début mars, une hausse que la FCC évalue à 50 cents en se basant sur les données de GasBuddy. Dans ce contexte, la FCC souligne que les automobilistes québécois s’acquittent de trois taxes provinciales distinctes à chaque plein : la taxe sur les carburants, la taxe carbone et la taxe de vente du Québec (TVQ), cette dernière s’appliquant en cascade sur les deux premières. Ensemble, ces prélèvements représentent près de 24% du prix final à la pompe, ce qui, selon les calculs de l’organisme, se traduit par jusqu’à 46 cents de taxes par litre.
Des propositions jugées insuffisantes
Les deux candidats à la direction de la CAQ ont promis de redonner aux contribuables les revenus supplémentaires engrangés par l’État en raison de la flambée des prix — Drainville par chèque ou crédit d’impôt, Fréchette par une réduction des frais d’immatriculation. Tous deux se sont également engagés à rembourser intégralement et de façon permanente la taxe carbone aux producteurs agricoles, Drainville ayant été le premier à porter cette mesure dès février. Des initiatives que la FCC juge toutefois incomplètes.
« Les Québécois sont aussi les derniers au pays à payer une taxe carbone, et il est temps que le premier ministre du Québec ait le courage politique d’y mettre fin une fois pour toutes », a affirmé Nicolas Gagnon, directeur Québec de la FCC.
La question du fardeau fiscal sur les carburants n’est pas sans fondement économique. Dans un contexte de forte inflation sur les biens essentiels, les taxes à la consommation de type indirect — comme celles sur l’essence — ont tendance à peser proportionnellement plus lourd sur les ménages à revenus modestes, qui consacrent une part plus importante de leur budget aux déplacements. Une réduction de ces prélèvements aurait donc, en théorie, un effet redistributif immédiat, sans nécessiter d’appareil bureaucratique supplémentaire.
Ottawa comme point de comparaison
La demande de la FCC s’inscrit également dans un contexte politique fédéral. Le chef conservateur Pierre Poilievre a récemment réclamé une suspension de toutes les taxes fédérales sur l’essence pour le reste de l’année 2026, une position qui a reçu une attention médiatique considérable.
« Les politiciens à Ottawa commencent enfin à parler de réduire les taxes sur l’essence, mais les familles québécoises ont besoin d’un répit dès maintenant », a fait valoir M. Gagnon, soulignant l’urgence d’une action provinciale parallèle.
Un enjeu électoral en gestation
La course à la direction de la CAQ se déroule dans un environnement économique turbulent, marqué par une instabilité géopolitique persistante — notamment la situation en Iran — qui contribue à la volatilité des marchés pétroliers. Dans ce contexte, la question des taxes sur l’essence risque fort de s’imposer comme un enjeu central de la prochaine campagne électorale provinciale.
La FCC demande formellement aux deux candidats de s’engager à suspendre la taxe sur les carburants, à abolir la taxe carbone et à mettre fin à l’application de la TVQ sur les autres taxes à la pompe. Pour l’instant, ni Drainville ni Fréchette n’a formulé de réponse directe à cette demande.


