Mercredi, février 11, 2026

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Vouer le communisme à l’abri de ses conséquences

Le communisme continue de séduire une partie du discours militant occidental. On l’invoque comme un idéal moral : égalité, fin de l’exploitation, rejet du capitalisme. Pourtant, dès que l’on quitte le terrain des slogans pour regarder les faits, une réalité s’impose avec une constance troublante : les régimes communistes et socialistes réels n’ont jamais aboli le capitalisme — ils l’ont confisqué au profit d’une élite politique.

Le discours est collectiviste.
La pratique est patrimoniale, fermée et profondément inégalitaire.

Quelques exemples en chiffres…

Cuba

À Cuba, la réalité économique est brutale et sans ambiguïté. Le salaire mensuel moyen oscille entre 30 et 40 dollars américains, un revenu qui ne permet même pas de couvrir les besoins essentiels sans recours au marché parallèle ou à l’aide extérieure. Plus de 70 % de la population active dépend directement de l’État, ce qui place la majorité des citoyens dans une situation de dépendance économique quasi totale envers le régime.

Les secteurs stratégiques — tourisme, ports, importations et distribution — ne sont pas entre les mains du peuple, mais contrôlés par des conglomérats militaires étroitement liés au pouvoir politique. Pendant que la population survit encore à l’aide de cartes de rationnement, les hauts dirigeants et leurs proches bénéficient de zones résidentielles fermées, d’un accès privilégié aux devises étrangères et à des biens importés totalement hors de portée du Cubain moyen. De simples produits comme des tampons, des produits d’hygiène ou même des couches pour bébé, sont des produits de luxe.

Le marché n’a pas disparu à Cuba. Il existe bel et bien, mais il est réservé à ceux qui gouvernent.

Chine

La Chine incarne sans doute la contradiction la plus aboutie entre le discours communiste et la réalité du pouvoir. Le pays compte aujourd’hui plus de 1 000 milliardaires en dollars américains, tandis qu’environ 60 % du produit intérieur brut provient du secteur privé. La croissance chinoise repose donc clairement sur l’accumulation de capital, et non sur une quelconque économie collectivisée.

Ce capitalisme n’est toutefois ni libre ni concurrentiel. Le Parti communiste chinois, qui regroupe près de 100 millions de membres, contrôle l’accès aux leviers essentiels de l’économie : capital, permis d’exploitation, marchés publics et autorisations réglementaires. L’enrichissement y est encouragé — à condition d’une loyauté politique absolue. La Chine n’a pas remplacé le capitalisme ; elle l’a subordonné au pouvoir politique.

À cette mainmise économique s’ajoute une réalité politique beaucoup plus sombre. L’État chinois fonctionne selon une logique quasi totalitaire, où l’absence de contre-pouvoirs permet une répression directe et assumée. Les opposants politiques, les dissidents, les journalistes et même certains entrepreneurs trop indépendants peuvent être réduits au silence, emprisonnés ou tout simplement « disparaître » du jour au lendemain, sans procès public ni mécanisme de reddition de comptes.

Le résultat est un capitalisme parmi les plus agressifs et productifs au monde, mais encadré par un régime autoritaire, sans libertés syndicales réelles, sans opposition tolérée et sans responsabilité démocratique.

Russie

La Russie post-soviétique offre un exemple emblématique de la continuité entre le système communiste et le pouvoir économique actuel. Selon les données compilées par Forbes, le pays compte environ 120 milliardaires, dont la vaste majorité est directement issue des cercles politiques, sécuritaires ou industriels liés au Kremlin. Cette concentration de richesses n’est pas marginale : d’après une étude conjointe du Credit Suisse Global Wealth Report et de la World Inequality Database, % de la population russe contrôle plus de 55 % de la richesse nationale, un niveau d’inégalité parmi les plus élevés au monde.

La fortune cumulée des oligarques russes se chiffre à plusieurs centaines de milliards de dollars américains, une richesse largement constituée lors des privatisations massives des années 1990, souvent orchestrées au bénéfice d’acteurs proches du pouvoir. Contrairement à un capitalisme concurrentiel, cette richesse n’est ni indépendante ni sécurisée par l’état de droit : elle est conditionnelle à l’allégeance politique.

La Russie n’a donc pas rompu avec la logique du communisme soviétique. Elle a simplement troqué l’idéologie officielle pour un capitalisme d’État autoritaire, où l’enrichissement est permis tant qu’il demeure aligné sur le pouvoir politique — et retiré dès qu’il s’en affranchit.

Une constante historique, pas une anomalie

Ces chiffres ne racontent pas des accidents de parcours. Ils révèlent un mécanisme structurel :
Le communisme ne supprime pas les élites, il les institutionnalise. Le capital n’est pas éliminé, il est réservé. Le marché ne disparaît pas, il devient politique et sous un contrôle très serré.

Là où un système libéral imparfait permet au moins la circulation du capital et la contestation du pouvoir, le communisme réel verrouille le sommet et protège ses dirigeants.

Venezuela

Le Venezuela représente l’un des échecs les plus spectaculaires du socialisme contemporain, chiffres à l’appui. Selon les données du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, le pays a subi depuis 2015 une inflation cumulée se chiffrant en millions de pour cent, détruisant littéralement la monnaie nationale et l’épargne des ménages. Aujourd’hui, plus de 75 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, malgré les immenses réserves pétrolières du pays.

Parallèlement à cet effondrement social, des milliards de dollars américains ont été détournés par la classe dirigeante, comme l’ont documenté plusieurs enquêtes internationales et procédures judiciaires à l’étranger. Pendant que la population fuit massivement le pays, peine à se nourrir et dépend de l’aide humanitaire, les proches du régime ont accumulé villas, comptes offshore et entreprises écrans à l’extérieur du pays.

Le socialisme vénézuélien a ainsi produit exactement ce qu’il prétendait combattre : une caste ultra-riche vivant du pouvoir politique et un peuple généralisé dans la précarité.

Cela dit, un élément nouveau mérite d’être souligné. Le Venezuela semble être entré récemment dans une phase de rupture avec le régime de Nicolás Maduro, ouvrant la porte à un possible changement de trajectoire. Si cette transition reste fragile et incertaine, elle fait néanmoins renaître un espoir réel : celui que le pays puisse enfin se libérer d’un système où le pouvoir politique a confisqué à la fois l’économie, les institutions et l’avenir de sa population.

 Le communisme de salon : une contradiction assumée

Dans les sociétés occidentales contemporaines, et particulièrement au Québec, la critique du capitalisme est devenue un réflexe culturel chez une partie de la population — souvent déconnecté de la réalité matérielle de leur propre mode de vie. Il faut pourtant être clair : il est pratiquement impossible de vivre aujourd’hui sans contribuer activement au capitalisme, tant celui-ci structure l’ensemble de notre quotidien.

Les exemples sont omniprésents. Les produits de Apple, avec leurs cycles de renouvellement accélérés et leur obsolescence programmée bien documentée, sont devenus des extensions de nos vies personnelles et professionnelles. Les cafés de Starbucks, emblèmes d’une consommation mondialisée, standardisée et à forte marge, font partie du paysage urbain quotidien. L’automobile, la consommation d’essence, les véhicules performants ou de luxe, les loisirs, les voyages et même l’accès au logement reposent tous sur une économie de marché fondée sur l’investissement, la productivité et le profit.

Il ne s’agit pas d’un choix marginal ou évitable. Le niveau de vie occidental est indissociable du capitalisme. Les infrastructures, les technologies, les services publics eux-mêmes sont financés, directement ou indirectement, par la création de richesse issue de ce système. Il n’existe aucune alternative fonctionnelle à grande échelle permettant de maintenir ce confort matériel en dehors d’une économie de marché.

Dans ce contexte, se revendiquer du communisme tout en vivant au-dessus de la classe moyenne, dans une société prospère et libre comme le Québec, relève de deux explications possibles — et seulement deux. Soit d’un manque profond de compréhension de ce qu’est le communisme réel, tel qu’il a été appliqué historiquement. Soit d’une hypocrisie confortable, où l’idéologie sert de posture morale pendant que le quotidien est entièrement soutenu par le système honni.

L’idéologie n’abolit pas la réalité

Le communisme n’est pas un slogan, une esthétique ou un marqueur identitaire. C’est un système politique et économique aux conséquences concrètes, documentées et mesurables. Le défendre depuis un cadre de vie sécurisé, confortable et hautement consommateur n’est ni subversif ni courageux. C’est refuser de regarder la réalité en face.

On peut critiquer les excès du capitalisme — et on doit le faire.
Mais le faire sans renoncer aux privilèges qu’il procure, tout en idéalisant un système qui les rendrait impossibles, n’est pas une position politique.
C’est une contradiction, c’est du signalement de vertue pour se donner bonne conscience.

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