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Le vrai libéralisme entre par la grande porte

Ce soir, j’ai envie de lever mon verre. Les résultats demeurent préliminaires, mais le paysage se dessine : un gouvernement péquiste minoritaire, un PLQ en position de former l’opposition officielle et un PCQ qui entre à l’Assemblée nationale par la grande porte. Pour un libéral classique comme moi, cette percée mérite davantage qu’un sourire poli. Elle mérite un sacré toast.

Le parti qui porte le mieux, à mes yeux, l’espoir d’un renouveau libéral s’appelle donc le Parti conservateur du Québec. L’ironie est délicieuse. Pendant que le PLQ conserve l’enseigne, Éric Duhaime vient rappeler qu’il faut encore avoir quelque chose à vendre derrière la vitrine.

Car le libéralisme est une exigence : limiter le pouvoir, protéger les droits individuels, défendre la propriété, permettre la concurrence et laisser les gens choisir. Un État de droit solide, des gouvernants contrôlés, des citoyens autonomes. Voilà une ambition autrement plus stimulante que de remplacer le comité qui supervise le comité.

Le PLQ aura du pain sur la planche. Son rôle d’opposition officielle lui donnera une tribune; le PCQ lui imposera une concurrence sur le fond. Critiquer les dépenses péquistes ne suffira plus. Il faudra expliquer quelles dépenses supprimer, quelles interventions abandonner et quelles libertés rendre. Le mot « libéral » devra enfin produire autre chose que des cartes de membre.

Le PQ, lui, s’apprête à gouverner sans disposer seul d’une majorité. Tant mieux. J’aime les gouvernements obligés de chercher des appuis, de défendre leurs projets et de subir des questions désagréables. Une victoire électorale confère des responsabilités. Elle n’accorde aucune indulgence plénière à celui qui la remporte.

Les Québécois viennent de changer le personnel politique. Le véritable travail sera de changer les habitudes du pouvoir. Notre prototype québécois souffre depuis trop longtemps de cette croyance : chaque problème trouverait sa solution dans une nouvelle structure, une nouvelle subvention ou une nouvelle permission à demander. Le citoyen travaille; l’appareil administratif lui explique ensuite comment employer le fruit de son travail.

La percée conservatrice ouvre une brèche dans ce catéchisme. Il devient possible de porter au Parlement une idée presque inconvenante chez nous : la société peut accomplir des choses sans attendre les instructions d’un ministre. Entreprendre, construire, échanger, choisir. Des verbes ordinaires que notre bureaucratie a transformés en parcours du combattant.

Je suis indépendantiste. Je le demeure. Mais je refuse de mesurer la liberté au nombre de compétences détenues par Québec. Transférer un pouvoir depuis Ottawa ne prouve aucunement qu’il faille l’exercer sur les citoyens. Je veux un Québec dont les habitants puissent respirer. Une bureaucratie souveraine, coiffée d’un drapeau neuf, conserve une remarquable capacité à nous étouffer.

Le PCQ devra maintenant faire vivre cette différence. Exiger des comptes. Examiner les contrats. Combattre les privilèges, les monopoles et cette économie de courtisans où l’on réussit à force de proximité ministérielle. Défendre aussi les libertés civiles et l’égalité devant la loi. Le libéralisme perd son âme lorsqu’il protège le portefeuille tout en prétendant gouverner les consciences.

Mes convictions vont plus loin que celles du PCQ. Je ne lui demande pas d’incarner parfaitement ma bibliothèque politique. Je lui demande d’ouvrir le débat, de déplacer les limites du pensable et de rendre politiquement défendable un État moins envahissant. Il faut commencer quelque part. Ce soir, ce commencement possède enfin une voix parlementaire.

Et cette voix devra rester libre de critiquer ses propres élus. Mon enthousiasme ne m’oblige à aucune dévotion. Les conservateurs devront gagner notre confiance par leur travail, leur cohérence et leur courage. C’est précisément parce que j’attends beaucoup d’eux que je les applaudirai sans leur signer de chèque en blanc.

Aujourd’hui, pourtant, savourons. Le vrai libéralisme vient de trouver une place à l’Assemblée nationale. Au PLQ de défendre son nom. Au PQ de justifier son pouvoir. Au PCQ de démontrer qu’il sait en rendre aux citoyens. Les contribuables viennent de payer une tournée de promesses. Cette fois, j’ai bien l’intention d’exiger la monnaie.

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Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen, alias Le Blond Modéré, est membre des Trois Afueras et collaborateur du podcast Ian & Frank. Titulaire d'une formation en relations internationales à l'Université de Sherbrooke, il s'intéresse particulièrement à la géopolitique, aux zones d'influence et aux différentes formes de pouvoir.

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