Le Parti conservateur du Québec a lancé sa campagne électorale 2026 avec l’annonce de Jonathan Poulin comme premier candidat dans Beauce-Sud, une circonscription où le parti est passé à moins de 500 voix de la victoire en 2022. La conférence de presse du 7 janvier à Saint-Georges-de-Beauce marque un changement de stratégie par rapport aux élections précédentes, où le parti avait été critiqué pour être parti trop tard.
Un candidat qui n’a jamais décroché
Jonathan Poulin, avocat de formation, a maintenu une présence active dans la circonscription depuis sa défaite en 2022. « J’ai continué à agir comme si on était perpétuellement en campagne électorale », a-t-il expliqué, ajoutant que certains électeurs lui disaient : « on comprend pas qu’est-ce que tu fais, on a de la misère à voir nos députés pendant quatre ans, pis toi on te voit partout ». Cette stratégie de terrain contraste avec l’accusation qu’il avait reçue en 2022 d’être « un parachuté de Montréal », perception qui s’est dissipée après deux ou trois jours de campagne lorsque les électeurs ont compris qu’il était « un Jarret Noir jusqu’aux cuisses ».
Le candidat conservateur devra cependant mettre fin à ses fonctions de chroniqueur radio pour éviter tout conflit d’intérêts, tout en continuant à pratiquer comme avocat. Poulin prévoit prendre un congé sans solde de son emploi dans une institution financière à partir de l’été pour se consacrer pleinement à la campagne.
Une performance historique en 2022
La circonscription de Beauce-Sud a accordé 43 % des voix au PCQ lors des dernières élections générales, le meilleur résultat du parti à l’échelle provinciale. Éric Duhaime a souligné que la participation électorale dans le comté avait atteint 75 %, comparativement à une moyenne québécoise de 65 %, ce qui témoigne de l’engagement des électeurs. « C’est pour ça que ça a été serré, notre lutte, parce qu’on a convaincu des hommes et des femmes qui probablement soit ne votaient plus depuis des années ou ne votaient pas pantoute », a précisé Poulin.
Le soir de l’élection d’octobre 2022, alors que la CAQ « balayait » le Québec dès 8h06, Beauce-Sud faisait partie des « quelques morceaux de territoire ici et là » où certaines luttes ont attiré l’attention. La lutte était essentiellement à deux dans le comté, les trois autres partis (PLQ, PQ et QS) ne récoltant que « des miettes ».
Des enjeux qui collent au terrain
Poulin a identifié le coût de la vie comme priorité électorale, notant que « le tiers des gens vont avoir des hausses d’hypothèques dans la prochaine année ». Il a dressé un portrait troublant de la situation : « Avant, c’était des gens qui perdaient leur emploi qui allaient dans les banques alimentaires. Aujourd’hui, c’est deux parents qui ont un job qui vont dans les banques alimentaires ».
Sur la santé, le candidat a directement ciblé le député-ministre caquiste actuel, rappelant une promesse non tenue : « le député ministre actuel nous avait promis une nouvelle urgence à Saint-Georges-de-Beauce. Je vous donne le scoop, n’allez pas la visiter, il n’y en a pas de nouvelle urgence ». Avec un brin d’ironie, il a ajouté : « À part avoir changé quelques rideaux puis rénover le garage, il n’y en a pas. Mais ça, c’est comme à Montréal, ils ont promis un hôpital, Maisonneuve-Rosemont, on a fini avec un stationnement. À Saint-Georges, [ils ont promis] une nouvelle urgence, on a fini avec un garage ».
Le sport constitue également un axe important de sa plateforme, d’autant plus que le comté accueillera les Jeux du Québec en 2027. Nommé porte-parole du PCQ en justice et en sécurité publique, Poulin promet de détailler ses positions lors du congrès de fin janvier.
Une stratégie de départ accéléré
Éric Duhaime a expliqué que le contexte des élections à date fixe change la donne : « On sait déjà quand l’élection va avoir lieu ». Le chef conservateur vise à présenter une vingtaine de candidats d’ici le congrès du 31 janvier et prévoit annoncer des candidats « dans toutes les régions du Québec au cours du mois ». Cette approche répond directement à une recommandation du post-mortem de 2022, où candidats et associations avaient souligné que le parti était « parti trop tard ».
Le contraste avec 2022 est frappant : « À ce temps-ci, on n’avait évidemment même pas d’association de comté. On n’avait pas d’argent en banque et on avait encore moins de candidats. Là, présentement, on a nos coffres sont remplis, nos associations sont pratiquement toutes pleines », a affirmé Duhaime. Le parti compte maintenant entre 63 000 et 65 000 membres à travers le Québec.
Un chef qui garde ses cartes
Questionné à plusieurs reprises sur sa propre candidature, Duhaime a maintenu le suspense tout en confirmant indirectement qu’il ne sera pas candidat dans Beauce-Sud. Lorsqu’un journaliste a noté qu’il avait mentionné avant Noël considérer se présenter en Beauce, le chef a répondu avec humour : « Au sud, ça ne passait plus disponible ». Il a promis une annonce séparée lorsque sa décision sera prise.
Des adversaires affaiblis
Duhaime a dressé un portrait peu flatteur du paysage politique québécois : un gouvernement « le plus impopulaire de l’histoire du Québec », un parti libéral « pris dans un scandale de corruption comme on a rarement vu », un parti québécois « entêté à vouloir tenir un référendum alors que la population n’en veut pas », et Québec solidaire qui « tombe en morceaux ».
Le chef conservateur a souligné que le PCQ a maintenu ses 16 % d’intentions de vote malgré seulement « 1 à 2 % de l’espace médiatique » dans les trois dernières années. « Tout le monde disait au lendemain de l’élection de 2022 qu’on allait disparaître en même temps que les mesures sanitaires. Non seulement on n’est pas disparu, mais on est aujourd’hui plus fort qu’on ne l’a jamais été », a-t-il déclaré.
Le terreau conservateur beauceron
Poulin a offert une explication sociologique du succès conservateur en Beauce : « On est probablement à l’endroit qui a le plus de PME aux pieds carrés. Ce ne sont pas des gens qui attendent après le gouvernement pour faire vivre leur entreprise ». Il a ajouté que les entrepreneurs locaux ne demandent pas « un chèque », mais plutôt que « le gouvernement s’enlève de nos pattes » concernant la paperasse.
La proximité économique avec les États-Unis joue également un rôle : « On est voisins… on parle encore très bien français, même si on fait affaire avec les États-Unis en anglais. Alors, pour moi, c’est le tissu socio-économique qui explique que les gens adhèrent plus à nos propositions politiques parce que ça concorde avec leur réalité ».
Beauce-Sud reste une des rares circonscriptions francophones à ne jamais avoir voté pour le Parti québécois dans l’histoire, une statistique que Duhaime a soulignée avec intérêt. Le Parti libéral, qui avait historiquement de bons résultats dans le comté, n’a récolté que 2,5 % des voix en 2022.


