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638 millions volés : la fraude devient le crime le plus répandu au pays

Plus de quatre Canadiens sur cinq ont été ciblés par des tentatives de fraude au cours des deux dernières années, révèle un nouveau sondage de l’Institut Angus Reid publié le 12 janvier 2026. Pour 30% de la population, ces arnaques ont mené à la perte d’argent ou d’informations personnelles. Le bilan est lourd : 638 millions de dollars perdus en 2024 selon les cas rapportés, alors que seulement 5 à 10% des victimes contactent les autorités.​

La fraude plus fréquente que les crimes traditionnels

L’ampleur du phénomène surprend. L’enquête menée auprès de 2 038 Canadiens entre le 5 et le 7 novembre 2025 montre que 13% ont été victimes d’un crime rapporté à la police au cours des deux dernières années. Mais quand on compte aussi les fraudes et vols d’identité, ce taux grimpe à 36%. Ces crimes invisibles, où les victimes ne croisent jamais le regard de leur agresseur, sont devenus la forme de criminalité la plus répandue au pays.​

Les tentatives d’hameçonnage sont devenues monnaie courante. Plus de quatre Canadiens sur cinq affirment avoir été contactés par ce qu’ils croyaient être une arnaque, que ce soit par courriel (84%) ou par téléphone (83%). Les citoyens le constatent au quotidien : 77% estiment que les fraudes par téléphone ou Internet ont augmenté dans leur communauté, et 51% observent une hausse des vols d’identité.​

Les aînés particulièrement vulnérables

Tout le monde est dans la mire des fraudeurs, mais certains groupes paient un plus lourd tribut. Les Canadiens de 60 ans et plus sont presque deux fois plus susceptibles que les trentenaires d’avoir été victimes d’une arnaque. Dans cette tranche d’âge, 36 % ont subi des pertes financières ou un vol d’informations personnelles, contre 21 % chez les 30-39 ans.

Cette vulnérabilité accrue pourrait s’expliquer en partie par une méconnaissance des nouvelles techniques d’arnaque, notamment celles utilisant l’intelligence artificielle pour imiter des communications authentiques. Un constat toutefois s’impose : les fraudeurs ne font pas de discrimination selon le revenu. Entre 27 et 35% des Canadiens de toutes les tranches de revenus affirment avoir été victimes de ce type de crime.​

Le commerce de détail en première ligne

Au-delà des écrans d’ordinateur, un autre type de crime connaît une croissance inquiétante : le vol à l’étalage. Les données de Statistique Canada montrent que les incidents de vol à l’étalage de 5 000 $ ou moins ont atteint leur niveau le plus élevé depuis des décennies, passant de 271 cas par 100 000 habitants en 1998 à 442 en 2024.​

Ce sont les employés de commerce qui en subissent les conséquences directes. Parmi les quelque 190 travailleurs du secteur sondés, 40% ont dû gérer des incidents de vol à l’étalage « plusieurs fois » au cours des six derniers mois, et 24% y ont été confrontés une ou deux fois. Mais le vol n’est pas le seul problème : quatre employés sur cinq ont subi des abus verbaux de la part de clients, et 43% ont été confrontés à des menaces physiques.​

Les travailleurs du secteur confirment cette tendance. Une majorité d’employés actuels et anciens du commerce de détail (44%) estiment que le vol à l’étalage a « beaucoup augmenté » au cours de la dernière année ou deux, et 36% observent une légère hausse. Pour les abus verbaux, 42% rapportent une augmentation importante, tandis que 20% des travailleurs constatent une forte hausse des menaces physiques.​

Un sentiment d’insécurité qui s’installe

Cette montée de la criminalité, qu’elle soit réelle ou perçue, a un impact concret sur le sentiment de sécurité des Canadiens. Trois personnes sur cinq (62%) croient maintenant que le crime a augmenté dans leur quartier au cours des cinq dernières années, soit le taux le plus élevé jamais enregistré par l’Institut Angus Reid depuis 2012. Cette proportion a carrément doublé depuis 2014, alors que seulement 30% des répondants percevaient une hausse.​

Cette perception n’est pas sans fondement. Statistique Canada confirme une hausse de son Indice de gravité de la criminalité et de son Indice de gravité des crimes violents depuis 2020. Même si les taux actuels demeurent bien en deçà du sommet enregistré en 1990, la tendance à la hausse depuis 2014 marque un changement de cap après des décennies de baisse.​

Cette anxiété se manifeste dans le quotidien. En 2015, 32% des Canadiens se sentaient très en sécurité en marchant seuls dans leur quartier après la tombée de la nuit. Ce taux a chuté à 17% en 2025, tandis que 28% affirment maintenant ne pas se sentir en sécurité dans cette situation.​

Un enjeu politique qui monte en flèche

Sans surprise, cette préoccupation se reflète dans les priorités politiques. Le nombre de citoyens identifiant le « crime et la sécurité publique » comme un enjeu prioritaire a quadruplé depuis 2015, passant de 5% à 20%. Cette question est restée marginale de 2014 à 2019, avant de grimper dans l’environnement post-COVID.​

La perception de la criminalité varie toutefois considérablement selon l’allégeance politique. Les électeurs conservateurs sont beaucoup plus susceptibles de croire que le crime a augmenté dans leur communauté (81%) comparativement aux électeurs libéraux de Mark Carney (51%) ou néo-démocrates (38%). Le chef conservateur Pierre Poilievre a d’ailleurs fait de cet enjeu un cheval de bataille, critiquant l’ancien premier ministre Justin Trudeau pour son incapacité à réformer un système de libération sous caution qu’il qualifie de « catch-and-release ».​

Un phénomène nord-américain aux nuances canadiennes

La comparaison avec les États-Unis offre un éclairage intéressant sur cette question. Le taux de crimes violents rapportés à la police demeure beaucoup plus élevé chez nos voisins du sud (334 incidents par 100 000 habitants en 2023) qu’au Canada (252), même si l’écart s’est rétréci au cours des 25 dernières années.​

Ce qui distingue vraiment les deux pays, c’est la perception. Les Canadiens sont beaucoup plus enclins à croire que la criminalité augmente : 62% estiment que le crime a grimpé dans leur communauté, contre seulement 39% des Américains. Comme au Canada, les électeurs républicains américains (49%) sont nettement plus susceptibles que les électeurs démocrates (32%) de croire à une hausse de la criminalité.​

Un point commun unit toutefois les deux pays : la proportion de citoyens ayant été victimes d’un crime rapporté à la police au cours des deux dernières années est identique des deux côtés de la frontière, à 13%.​

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Maxym Perron-Tellier
Maxym Perron-Tellier
Maxym Perron-Tellier est journaliste pour PiluleRouge.ca. Passionné de politique depuis plus de dix ans, il s'est impliqué à plusieurs reprises sur la scène provinciale. Entrepreneur en informatique, il allie rigueur journalistique et regard critique sur l’actualité. Son approche analytique et son sens de l’humour apportent une perspective unique aux sujets qu’il couvre.

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