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Carney n’est pas Churchill

Le 21 janvier 2026, le chroniqueur Alexandre Soulières rédige un article dans La Presse dans lequel il considérait le discours du Premier ministre canadien Mark Carney donné à Davos lors du Forum économique mondial le 20 janvier de la même année comme étant digne de l’ancien Premier ministre britannique Sir Winston Churchill. Or, qu’en est-il vraiment?

Question de contexte

Un discours donné dépend du contexte durant lequel il s’est livré. En ce sens, le contexte historique permet d’en comprendre la puissance. Omettre le contexte historique reviendrait à faire preuve de malhonnêteté intellectuelle et mettrait en lumière une méconnaissance absolue de l’Histoire par l’auteur de cette chronique.

Le discours le plus célèbre de Churchill se déroule pendant la Seconde Guerre mondiale en 1940. L’Angleterre est bombardée par la Luftwaffe (l’armée de l’air allemande), alors que la Royal Air Force défendait son pays contre cette dernière. Il faut aussi ajouter qu’à cette période de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ne sont pas encore entrés en guerre, étant donné que l’attaque de Pearl Harbor ne se produira qu’en 1941 et qu’Hitler n’envahira l’URSS qu’en 1941. Churchill est donc seul dans une Europe occupée majoritairement par les Nazis. Non seulement est-il seul dans cette Europe, mais l’est-il aussi dans son propre Cabinet de guerre, du moins presque. La majorité de son cabinet tentait de faire pression sur lui pour qu’il fasse la paix avec Hitler, sauf Anthony Eden, alors Secrétaire d’État à la Guerre, ainsi que Vice-Premier ministre travailliste Clement Atlee et Sir Arthur Greenwood. Les autres, proches de Neville Chamberlain, dont Lord Halifax, considérait l’Europe comme perdue et l’Angleterre devait négocier avec Hitler. Puis, après plusieurs préripéties, Churchill prononce en Chambre sa fameuse phrase « We shall never surrender! ». La puissance du discours, dans ce cas, tient en un pays presque acculé au pied du mur qui, plutôt que de se laisser faire, a décidé de motiver son peuple à se battre pour sa survie, quitte à se battre jusqu’au dernier.

En revanche, pour le discours de Mark Carney, il se fait dans un contexte totalement différent. Certes, les États-Unis restent la première puissance mondiale, mais il n’y a pas d’occupation militaire. Dans ce cas, le président américain Donald Trump avait affirmé sa volonté d’acquérir le Groenland. Beaucoup de pays d’Europe y avaient envoyé des troupes en guise de protestation, notamment l’Allemagne, le Royaume-Uni, le Danemark, l’Italie, La Suède et la Norvège. En réponse à cela, Donald Trump avait menacé de frapper les pays à coups de tarifs douaniers et l’annulation des accords ratifiés antérieurement. Le Premier ministre canadien, dans son discours, avait affirmé que l’ordre du monde basé sur le droit international était obsolète et que les puissances moyennes devaient s’unir afin de ne pas céder contre « l’intimidation américaine ». Pas d’occupation militaire, pas d’isolement diplomatique et militaire et encore moins de guerre mondiale, et encore moins d’isolement du Premier ministre au sein de son propre cabinet. Certes, ce discours utilise de bons mots, mais il pâlit largement en comparaison aux discours du défunt Premier ministre britannique.

Contextes différents, portées incomparables

Il importe de ne pas récupérer l’Histoire à des fins politiques sans prendre la peine d’en expliquer le contexte. L’Histoire n’est pas soumise aux politiciens. Avant de faire des comparaisons entre des personnages différents, rappelons les faits : le Canada n’est pas en guerre militaire contre les États-Unis, le reste du Monde n’a pas non plus été envahi par ceux-ci. Le seul conflit mondial qui subsiste, et ce depuis quasiment la Guerre froide, est la guerre économique entre les différentes nations.

De plus, certains seraient tentés de comparer le rapprochement de Carney avec la Chine au rapprochement entre Churchill et l’URSS. Or, les États-Unis n’ont pas envahi la Chine. Il n’y a pas eu de Stalingrad et il n’y aura pas de partage du monde entre le Canada, l’Europe et la Chine, même si certains chroniqueurs québécois souhaitent que le Canada intègre l’Union européenne (alors que le Canada est situé en Amérique du Nord et non en Europe). Pas de Yalta, pas de Potsdam. Les deux contextes sont complètement différents et ne peuvent en aucun cas être comparés. Ainsi, la comparaison des deux discours est autant inutile qu’inefficace et ne fait que montrer une ignorance de l’Histoire de la part de celui qui la tente.

Les discours de Churchill ont marqué le monde et ont pu traverser les âges. Reste à savoir si le discours de Mark Carney sera suivi de résultats et d’actes concrets afin de pouvoir déterminer s’il traversera les époques. Dans le cas de Churchill, ses discours ont été suivis d’actes qui ont contribué à la résistance des Alliés contre l’Axe et à la défaite ultime du Troisième Reich et de ses partenaires militaires.

En somme, il faut laisser de côté les comparaisons historiques douteuses et réellement se focaliser sur la réalité pure. Si l’Histoire doit être ramenée à des fins de comparaison, encore faut-il que le contexte historique soit semblable à l’événement actuel.

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Nicolas Drolet
Nicolas Drolet
Nicolas est politologue de formation, étant détenteur d’un baccalauréat en Science politique à l’Université Laval. Il est actuellement étudiant au baccalauréat en Communication publique à la même université. Il s’intéresse à la politique fédérale et à la communication politique.

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