C’est une quatrième élection partielle consécutive remportée par le PQ dans un contexte d’un gouvernement caquiste en déroute, d’un parti libéral du Québec affaibli par des scandales de corruptions (bah voyons) et d’un parti conservateur plafonné à l’extérieur de la région de la capitale nationale. Le PQ a le vent dans les voiles, il est désormais permis de rêver à une majorité au parlement après les élections de 2026 et qui dit majorité du PQ dit référendum sur la souveraineté. Le chef ne s’en cache pas, dans son discours de la victoire à Chicoutimi, il a tenu à rassurer la population en disant que le PQ n’était pas stupide et que le parti attendrait un moment propice pour faire son référendum, comprenons ici après le départ de Donald Trump. Une décision que l’on peut comprendre d’un point de vue électoraliste, mais qu’il me semble condamner le Québec à la défaite.
En effet, le Québec, via une administration américaine particulièrement hostile aux intérêts canadiens, bénéficierait d’un levier de négociation inédit, attendre le retour d’une administration « normale » revient à attendre dans les faits une administration qui cherchera à réparer les pots cassés de l’administration Trump avec le Canada. Il n’est pas impossible qu’une administration démocrate, par exemple, prenne position contre le référendum sur la souveraineté du Québec comme Barack Obama l’avait fait lors du référendum en Écosse. Est-il vraiment nécessaire d’expliquer les effets qu’aurait une telle déclaration sur notre population alors que la population est déjà réfractaire à l’idée selon tous les sondages? À ce jour et depuis maintenant plusieurs années, le Oui tourne systématiquement vers le 35 % et depuis 2025 tourne presque toujours sous le seuil du 33 %. À titre de comparaison, le Oui tournait régulière à 40 ou même 45 % en 1993, mais surtout, le non était aussi aux alentour de 40 ou 50 %. Les indécis étaient nombreux, la marge de manœuvre était présente pour les deux camps. En comparaison, les sondages des 12 derniers mois au nombre de 22 sur le site de QC125 donnent au Non 55 % et plus dans tous les cas sauf deux ou le Non, récolte 54 %. Pire encore, cinq des 22 sondages donnent plus de 60 % au camp du Non. C’est donc dire que les indécis sont moins nombreux et donc qu’advenant une campagne référendaire il ne faudra pas seulement convaincre des gens incertains de faire confiance au Québec, il faudra activement faire changer d’idée à des gens qui sont défavorables à l’indépendance, et ce dans une proportion importante.
Ça fait maintenant dix ans que je fais de la politique active et je peux déjà vous dire que c’est terriblement difficile de faire changer d’idée à une personne sur une position aussi fondamentale. C’est psychologique. En vieillissant, nous développons des connaissances et des positions qui nous définissent. Des valeurs qu’on appelle fondamentales. Ces valeurs, qui servent de repère pour l’individu, aident à le définir en tant que personne. Changer ces valeurs est un travail extrêmement difficile et nous avons même des données empiriques le démontrant.
« Pendant les campagnes référendaires, le groupe des 18 à 34 ans a joué un rôle majeur. C’est le groupe dont l’appui a augmenté de façon importante en 1980, et dont l’appui, combiné à celui des “nouveaux” 18-34 ans, a été central en 1995 pour amener l’appui au Oui très proche de 50 %. Durant ces mêmes campagnes, l’appui à la souveraineté n’avait pas bougé chez les 55 ans et plus. »
Tout ça s’applique aussi au niveau national. Le Québec est historiquement conservateur en ce sens qu’il n’aime pas prendre des risques. C’est une valeur fondamentale de notre nation et malgré les efforts herculéens des politiciens de l’époque de la Révolution tranquille à grand coup de propagande et de démonisation du passé cela n’a jamais changé. De plus, les populations plus âgées sont plus réfractaires aux risques. Or, « en 1980, les 18-34 ans constituaient 45 % des électeurs et les 55 ans et plus, 23 %. En 1995, c’était 33 % et 27 %. Ces proportions sont passées à 26 % et à 42 %. Bref, la situation s’est complètement inversée. S’il y avait un référendum, les 55 ans et plus joueraient un rôle central, beaucoup plus important que dans les précédents référendums. »
Venez maintenant ajouter à cela la dimension du vote ethnique et vous commencez à comprendre que le référendum n’est rien de plus qu’un feu d’artifice à l’instar de la révolution patriote tant fantasmée par le camp indépendantiste. Une glorification d’une défaite, le mécanisme de défense par excellence des perdants. C’est qui m’amène à dire que les ténors péquistes et plusieurs militants ne veulent pas vraiment gagner. Ils rêvent au grand soir, mais ils ne sont pas prêts à faire ce qu’il est requis pour que ce grand soir arrive. Ils ne semblent pas comprendre que l’indépendance du Québec n’est pas simplement une entreprise de construction, mais surtout de démolition. Construire le Québec, libérer le Québec c’est de facto de briser le Canada, vraisemblablement d’y mettre fin. Ils ne se laisseront pas faire, ce n’est pas un vote à 50,1 % sans aucun support international notable qui va faire reculer le Canada. C’est une fiction tout ça et la Catalogne est un excellent exemple d’où cette naïveté peut mener. Ainsi, tout comme les patriotes qui croyaient de manière stupide qu’ils pouvaient simplement déclarer leur indépendance et vaincre l’Empire britannique au sommet de sa puissance avec quelques flingues et des paysans, les référendistes amènent la nation québécoise à l’abattoir. Mais cette fois, notre défaite assure non seulement la disparation de notre langue, mais aussi celle de notre peuple. Il n’y aura pas de LaFontaine et de Cartier pour sauver le Québec, la démographie faisant foi de tout, nous deviendrons simplement un plus gros Nouveau-Brunswick, puis la Louisiane avant de nous éteindre et de simplement être une note en bas de page dans les manuels d’histoires qui ne seront pas tendre envers nous. Nous serons dépeints comme des réactionnaires ayant refusé le courant de la fin de l’histoire jusqu’au bout, des indésirables ayant ralenti la marche du progrès dans la fondation postnationale canadienne.


