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Égalité ou indépendance. Notre dernière chance.

Dans mon plus récent texte, j’ai tenté de démontrer, preuves à l’appui, que le référendum sur la souveraineté, la technique péquiste d’accession à l’indépendance est un aller simple vers notre disparation en tant que nation. Dans ce texte, je proposerai une alternative.

Égalité ou indépendance. Un slogan, un titre, une philosophie politique concrète à laquelle plusieurs se sont identifiés, mais qui s’est malheureusement retrouvée orpheline au pire moment avec le décès de son auteur Daniel Johnson père en 1968. C’est probablement le décès le plus significatif de l’histoire moderne du Québec. En pleine montée en puissance de Pierre Elliot Trudeau et du récit multiculturaliste, le Québec s’est retrouvé sans véritable représentant de la philosophie politique historique de notre peuple : l’autonomisme. La nature ayant horreur du vide et la situation prêtant bien peu aux individus sans statures, le mouvement souverainiste met au monde le PQ (encore une fois en 1968) pendant que le PLQ remplace Jean Lesage par Robert Bourassa en 1970.

Certains en lisant ça auront le réflexe de dire que Robert Bourassa représentait l’option autonomiste, mais ce serait à mon avis une erreur. Non seulement, Robert Bourassa en 1970 n’est pas le Bourassa du Lac Meech, mais c’est surtout un fédéraliste avant d’être un autonomiste. Là où Daniel Johnson père incarnait l’autonomisme achevé, c’était par sa capacité à mettre une ligne rouge, un marqueur d’échec à sa stratégie et avoir un plan B. Le titre est assez clair, je ne crois pas devoir aller très en détail, mais une citation de son manifeste m’a toujours semblé appropriée.

« Canada ou Québec, là où la nation canadienne-française trouvera la liberté, là sera sa patrie. »1

Inversement, Robert Bourrassa n’est jamais parvenu à considérer le Québec sans le Canada. Il avait toujours comme citation « Chaque peuple a la politique de sa géographie »2. Ma compréhension de cette phrase étant que notre indépendance menant de facto à la cassure en deux du Canada, il serait très difficile pour un Québec indépendant d’avoir une souveraineté effective, particulièrement lorsqu’on considère la présence du voisin américain au sud. Dans un discours offert devant un groupe d’investisseurs européens, Bourassa ne s’en cache pas :

« Vous et moi avons confiance dans l’avenir du Québec en tant que société ouverte au progrès, riche en ressources humaines, naturelles et matérielles. Cet avenir représente une partie très importante de l’avenir de notre pays, le Canada. C’est d’ailleurs la seule conception qui fasse preuve de réalisme. »3

Même après l’échec de Meech et de Charlottetown, Bourassa dans son discours de démission ne peut se résoudre à quitter le Canada.

« Sur le plan constitutionnel, on doit constater que les résultats n’ont pas été à la mesure des efforts qui ont été accomplis. Il reste quand même que sur le plan concret nous avons pu, administrativement, arriver à certains résultats, comme dans le cas de l’immigration, et nous souhaitons le faire dans le cas de la main-d’œuvre. Mais le Parti libéral du Québec est opposé à la rupture de la fédération canadienne, car le Canada, avec tous ses problèmes, avec toutes ses tensions, avec toutes ses difficultés, demeure encore, et de loin, l’un des pays du monde, parmi les 184 qui sont membres des Nations Unies, l’un des pays du monde les plus enviables, les plus privilégiés, les plus respectueux des libertés. Et si l’on veut revenir à la question économique, je ne vois pas comment on peut dire aux Québécois que nous allons pouvoir attirer des investissements dont nous avons besoin, que nous allons être capables de convaincre des investisseurs de venir au Québec, en amorçant le processus du démantèlement de la fédération canadienne. Donc, là aussi, le Parti libéral du Québec favorise une politique de sens commun, et le sens commun coïncide avec le sens de l’histoire. »4

Nul besoin de vous dire que les négociateurs canadiens savaient très bien cette facette de leur interlocuteur québécois. L’autonomisme n’a jamais eu la moindre chance sous Bourassa, donc que l’accord du lac Meech se soit rendu aussi loin relève pratiquement du miracle, car le Québec négociait systématiquement en position de faiblesse, sans aucun levier concret. La troisième voie ne peut qu’être un échec si nous n’avons pas de plan b. C’est comme si nous étions un enfant demandant de pouvoir manger une deuxième boule de crème glacée. Ce n’est pas une négociation, c’est juste qu’on espère que Papa est fatigué ce soir-là!

Alors que faire?

Ironiquement, alors que je suis contre la stratégie référendaire du Parti Québécois, ma solution est de faire plusieurs référendums sur des sujets « bonbons ». Dans le domaine, on nomme cette stratégie d’étapisme ou encore, les référendums sectoriels. Ma stratégie est une espèce de mélange entre la stratégie de feu Frédéric Bastien et l’héritage français du plébiscite ou encore le mouvement conservateur américain. Là où Frédéric voulait forcer le Canada à se commettre à une négociation Lac Meech 2.0, je préfère négocier à la carte et épuiser le capital politique du gouvernement fédéral. Nous savons, notamment grâce aux travaux de l’Institut de recherche sur l’autodétermination des peuples et les indépendances nationales (IRAI), que les Québécois sont favorables à la très forte majorité pour obtenir tous les pouvoirs dans les domaines suivants : culture, langue française, éducation, parcs nationaux, santé, protection de l’environnement, radio, télécommunications, ce sont là toutes les demandes atteignant le seuil du 2/3 avant même d’avoir fait campagne à ce sujet. 5 Advenant une campagne référendaire par exemple sur le rapatriement des budgets de la culture au Québec, nous pourrions, en théorie, via le renvoi sur la sécession tordre le bras d’Ottawa pour négocier avec nous à ce sujet.

Tout gouvernement dispose d’une quantité limitée de capital politique. Il choisira donc de prioriser ses combats en fonction de la popularité et de l’importance des enjeux. Ce qui peut être très populaire et important au Québec ne l’est pas forcément au Canada et c’est là qu’un gouvernement autonomiste doit appuyer où ça fait mal. Le mouvement autonomiste dispose d’une nouvelle arme par rapport aux gouvernements, Lesage, Bourassa, etc. La présence du Bloc Québécois. Il est désormais possible pour le mouvement autonomiste du Québec de harceler Ottawa jusque dans sa propre maison du peuple. Impossible pour un gouvernement fédéral de se cacher face à des revendications légitimes et populaires. Prenons encore une fois par exemple le rapatriement des fonds en culture à 100 % au Québec avec dédommagement d’Ottawa. C’est une proposition simple, difficile à refuser pour Ottawa en raison de la différence linguistique, du caractère national du Québec, mais aussi de l’appui populaire d’une telle proposition. Imaginez Mark Carney annoncer aux Québécois après un référendum gagné à plus de 65 % et une ronde de négociation que finalement le Canada refuse. Aucun aspirant premier ministre ne peut se permettre le potentiel coup de balai aux élections suivantes, le Québec étant très volatile et votant souvent d’un bloc.

Nous devons donc utiliser les référendums sectoriels pour mettre la pression sur le gouvernement fédéral et nous offrir des mandats forts pour négocier. L’important est de constamment garder le régime fédéral sur les talons et de maintenir la pression. Il faut contrôler la trame narrative, imposer notre « spin » et concentrer cette capacité des Québécois à faire preuve d’esprit de corps sur un seul sujet à la fois. Dès qu’on s’écarte sur plusieurs enjeux, la force de frappe diminue substantiellement. Heureusement, ce ne sont pas les choix qui manquent, car les Québécois ont un fort appétit pour l’autonomie. En fait, c’est probablement l’une des rares avenues politiques québécoises où un tel consensus a lieu.

Là où la stratégie change drastiquement par rapport à Robert Bourassa ou encore François Legault, c’est que le gouvernement allant de l’avant avec cette stratégie doit inévitablement être prêt à appuyer sur le bouton rouge. Égalité OU indépendance. C’est l’un ou l’autre. Pour que la troisième voie fonctionne, pour qu’un gouvernement autonomiste ait du succès, il doit avoir des objectifs clairs, mais aussi une ligne rouge définie. Il faut stipuler, hors de tout doute raisonnable, que la situation constitutionnelle actuelle est insoutenable et intolérable pour le Québec et qu’un entêtement du Canada à maintenir le statu quo sera perçu comme un signal que le Québec est invité à quitter la fédération. Certains appellent ça du chantage, j’appelle ça un rapport de force. Les citoyens du Québec doivent considérer que s’ils espèrent véritablement faire des gains, ils doivent être à l’aise à l’éventualité que le Québec agite la menace de l’indépendance. C’est l’héritage de Daniel Johnson père et son slogan Égalité ou Indépendance. C’est un parfait hybride entre la sauvegarde de la nation québécoise et la dose d’audace requise pour faire bouger les choses. Si on veut que le mouvement autonomiste puisse enfin faire les gains, il faut aller là où les autres n’ont pas osé aller et pousser Ottawa dans ses retranchements.


  1. Daniel Johnson, Égalité ou indépendance : 25 ans plus tard à l’heure du Lac Meech, Québec, VLB éditeur, 1990, 131 p., p.20 ↩︎
  2. https://lactualite.com/politique/laventure-de-la-3e-voie/ ↩︎
  3. https://www.mrif.gouv.qc.ca/document/spdi/fonddoc/FDOC_alloc_1732_19721130_bourassa.htm ↩︎
  4. Conférence de presse de M. Robert Bourassa — 14 septembre 1993 p.4 ↩︎
  5. Dropbox, « IRAI – 2022-08 – Note de recherche no 6 – D’autonomie et d’indépendance.pdf », 12. ↩︎

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