Je le dis d’emblée, mon regard sur Anick Tremblay est favorable. Je la considère comme une femme politique brillante, rigoureuse et manifestement peu disposée à sacrifier son jugement au confort de la ligne de parti. Cette préférence assumée ne dispense pas de vérifier les faits; elle évite simplement de déguiser une opinion en neutralité artificielle.
Le 14 juillet, à peine huit mois après son élection, la conseillère du district de Saint-Romuald a annoncé son départ de Prospérité Lévis, le parti du maire Steven Blaney. Elle continuera de siéger comme indépendante. Selon son témoignage, la rupture ne découle pas d’un désaccord idéologique, mais de plusieurs mois d’attaques personnelles, d’un climat devenu malsain et de l’absence d’intervention de la direction du parti.
Tremblay affirme que les tensions auraient commencé quelques semaines après les élections. On lui aurait reproché ses expressions faciales, ses mouvements de mains lorsqu’elle parlait et même l’utilisation de son téléphone pendant un caucus afin de répondre à une obligation familiale. Un échange tendu serait ensuite survenu avec la mairesse suppléante Mélanie Sicotte avant le conseil du 16 juin. Le 10 juillet, Tremblay a appris que cette dernière avait déposé une plainte à son endroit auprès de la Commission municipale du Québec, dont elle dit ignorer les détails.
Il faut demeurer prudent, une plainte ne constitue ni une preuve ni une condamnation, et la version de Mélanie Sicotte n’a pas encore été rendue publique. Mais le cœur politique de l’affaire se trouve ailleurs. Tremblay soutient avoir demandé formellement l’intervention du maire et de son directeur de cabinet, sans obtenir de réponse. Elle dit les avoir informés de son intention de quitter le parti, n’avoir reçu aucun appel, puis avoir croisé Steven Blaney le 12 juillet sans que celui-ci engage la discussion.
« Je ne quitte pas les citoyens de Saint-Romuald. Je ne quitte pas mes responsabilités. Je ne quitte pas mon engagement », a-t-elle déclaré, assurant qu’elle poursuivrait son travail avec la même rigueur, mais avec davantage de liberté.
Ce départ n’est pas celui d’une élue sans relief soudainement en quête d’attention. Pharmacienne-propriétaire pendant plus de 16 ans, diplômée de l’Université Laval et de l’Université de Montréal, Anick Tremblay s’est présentée en politique en promettant une gestion rigoureuse des fonds publics. Elle a été élue le 2 novembre 2025 avec 38,79 % des voix et préside aujourd’hui la Commission des services à la communauté, en plus de siéger aux commissions des finances et de la sécurité urbaine.
Depuis son élection, elle n’a justement pas agi comme une simple figurante de caucus. En mai, elle s’est opposée à trois projets de logements sociaux et abordables représentant une contribution municipale totale de 15,8 millions de dollars. Elle réclamait d’abord un portrait plus complet des actifs existants et dénonçait certains coûts qu’elle jugeait excessifs. Elle avait également contredit publiquement le maire sur l’idée d’imposer un péage au futur troisième lien.
On peut être en désaccord avec ses positions; on peut difficilement lui reprocher de ne pas prendre son mandat au sérieux.
Steven Blaney affirme respecter sa décision et soutient que « ça se passe très bien » au sein de son parti, malgré des tensions qu’il décrit comme normales en démocratie. L’argument serait plus convaincant si une élue n’affirmait pas précisément avoir demandé de l’aide à répétition sans recevoir de réponse.
La politique municipale n’a rien à gagner à transformer les caucus en chambres d’écho. La loyauté envers un parti ne devrait jamais remplacer la loyauté envers les citoyens, encore moins exiger qu’une élue ravale son jugement ou tolère indéfiniment un climat qu’elle estime dégradant.
Prospérité Lévis conserve arithmétiquement sa majorité; après ce départ, le parti compte encore huit conseillers, auxquels s’ajoute le maire, sur les 16 membres du conseil. Mais politiquement, la fissure est réelle. Elle révèle un parti au pouvoir depuis moins d’un an déjà confronté au défi le plus élémentaire du leadership : savoir gérer des personnalités fortes sans chercher à les réduire au silence.
Mme.Tremblay ne quitte pas la politique. Elle retire simplement l’intermédiaire partisan entre sa conscience et ses électeurs. À mes yeux, ce n’est pas une désertion. C’est peut-être le début de la partie la plus intéressante de son mandat. J’espère qu’elle pourra rester libre pour défendre les citoyens qu’elle représente assidûment.

