En date du 12 juillet 2026, l’annonce est bien réelle, mais le réacteur n’est pas encore en construction. Le projet pourrait néanmoins devenir un test grandeur nature pour le financement privé de l’énergie nucléaire.
L’Argentine de Javier Milei veut ajouter un nouveau moteur à sa révolution économique : l’atome. Le gouvernement a annoncé que l’entreprise américaine Meitner Energy prévoit investir 1,2 milliard de dollars américains dans la construction d’un petit réacteur modulaire de 300 mégawatts sur le site nucléaire d’Atucha, à une centaine de kilomètres de Buenos Aires. Selon la Casa Rosada, il s’agirait du premier réacteur nucléaire argentin entièrement financé par des capitaux privés.
Le réacteur envisagé, baptisé ACR-300, appartient à la nouvelle génération des SMR (Small Modular Reactors). Malgré leur nom, ces installations ne sont pas de simples chaudières atomiques livrées dans une boîte. Leur promesse réside plutôt dans une conception plus compacte, standardisable et théoriquement plus rapide à construire que les centrales nucléaires conventionnelles.
L’ACR-300 serait un réacteur à eau légère pressurisée de génération III+, d’une puissance électrique de 300 MW. Sa conception provient de l’entreprise technologique argentine INVAP, reconnue internationalement pour ses réacteurs de recherche. Meitner Energy affirme que le modèle combine une technologie éprouvée avec une empreinte de construction réduite. Il s’agirait toutefois de la première réalisation commerciale de ce modèle : le projet devra donc démontrer, dans le béton et non dans les présentations PowerPoint, que ses promesses industrielles tiennent la route.
Le contribuable ne paierait pas directement
Pour Milei, la dimension idéologique du projet est presque aussi importante que sa production électrique. Là où les précédentes centrales argentines furent construites sous la direction et avec les ressources de l’État, Atucha accueillerait cette fois un réacteur financé par des investisseurs privés.
Le gouvernement affirme que l’investissement créerait environ 2 000 emplois directs pendant les phases de développement, de construction, de mise en service et d’exploitation. Attention cependant au langage politique : il ne s’agit pas nécessairement de 2 000 emplois permanents une fois la centrale terminée.
Le projet souhaite bénéficier du futur « Super RIGI », un régime fiscal destiné aux investissements de plus d’un milliard de dollars dans de nouvelles industries. Il offrirait notamment des avantages fiscaux, douaniers et réglementaires à long terme. Or, au 12 juillet, cette loi demeure à l’étude au Congrès. Le gouvernement reconnaît lui-même que l’admissibilité du projet dépend de son adoption. L’investissement est donc annoncé, mais son montage final demeure conditionnel.
Il faut également distinguer une déclaration d’intention d’une décision finale d’investissement. Les informations publiques les plus récentes ne détaillent pas encore l’échéancier complet, les permis réglementaires, les garanties financières ni la date de mise en service. Dire que « l’Argentine construit actuellement un réacteur de 1,2 milliard » serait donc prématuré. Elle possède pour l’instant une proposition industrielle ambitieuse, un site envisagé et une volonté politique clairement affichée.
Une renaissance nucléaire sur fond de compressions
L’annonce survient dans un contexte plus conflictuel. L’Argentine exploite déjà trois réacteurs; Atucha I, Atucha II et Embalse, qui fournissent environ 7 % de son électricité. Parallèlement, les travaux du prototype national CAREM-25 sont suspendus, tandis que la Commission nationale de l’énergie atomique traverse des compressions budgétaires, des départs de personnel spécialisé et un conflit concernant 62 contrats non renouvelés.
Les critiques accusent ainsi Milei de fragiliser l’expertise publique avant d’en transférer les fruits au secteur privé étranger. Le gouvernement répond que l’État doit réglementer et définir les priorités, non immobiliser seul les milliards nécessaires à chaque projet. C’est précisément là que se trouve le véritable débat : non pas entre le nucléaire et son absence, mais entre deux façons de le développer.
La publication virale résume donc correctement le cœur de l’annonce. En revanche, la flèche verte suggérant une baisse prochaine des factures d’électricité relève pour l’instant de l’illustration militante. Un réacteur de 300 MW peut renforcer la production stable et décarbonée; il ne garantit ni des tarifs plus faibles ni une mise en service rapide.
Le pari de Milei est audacieux : faire du capital privé l’uranium politique d’une renaissance nucléaire argentine. Mais avant de crier au miracle libertarien ou au bradage national, il faudra voir les investisseurs signer, le Congrès voter, le régulateur autoriser et, surtout, le béton être coulé.

