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En réponse au texte d’opinion de l’ex-députée de Québec Solidaire

Pardonnez au peuple de ne pas toujours avoir le cœur à célébrer les tomates locales à dix piastres la livre en janvier. Mais pour Émilise Lessard-Therrien, ancienne députée de Québec solidaire et nouvelle prêtresse du sermon agro-moral, la vraie crise, ce n’est pas que les familles peinent à remplir leur panier. Non, c’est qu’on ose le dire. C’est qu’on ait le front de se plaindre. Elle ne conteste pas que l’épicerie coûte cher, elle reproche qu’on le remarque. Voilà où on en est : dans le Québec des Solidaires, c’est le constat qui devient suspect, pas l’injustice.

Elle se pare de mots tendres pour les agriculteurs, convoque les images bucoliques du terroir, la chaleur du poêle à bois et le cœur grafigné de voir des choux invendus. Mais qu’on ne s’y trompe pas, derrière les larmes de laitue se cache une attaque en règle contre ceux qui, étranglés par l’inflation, n’ont pas le luxe de faire de leur panier d’épicerie un acte militant. Dans son monde, acheter des avocats mexicains, c’est trahir la nation. Oser comparer les prix, c’est mépriser nos paysans. Ne pas vouloir sacrifier son budget pour sauver les carottes du Témiscamingue (ou en achetant des carottes aux méchants Israéliens), c’est saboter la pyramide de Maslow québécoise ; une trouvaille conceptuelle aussi fumeuse que prétentieuse.

Son indignation est à géométrie variable. Elle déplore que les riches s’enrichissent, que le système écrase les plus faibles, que le fossé se creuse, mais gare à ceux qui osent élever la voix pour dire qu’ils ne s’en sortent plus. L’injustice ne l’émeut que lorsqu’elle permet de dénoncer le capitalisme abstrait, jamais quand elle se traduit par une mère qui compte ses cennes au comptoir de la boucherie. Le peuple qui se plaint, c’est vulgaire. Le militant qui fulmine contre le bœuf argentin, c’est noble.

Elle fustige l’importation alimentaire, dépeint le Mexique comme un enfer de l’exploitation, mais passe sous silence l’évidence : si les tomates y coûtent moins cher, c’est aussi parce que produire en climat tropical ne requiert pas de chauffer des serres à grands coups de subventions. Ce n’est pas une trahison, c’est un fait. Et si la solution consiste à forcer les Québécois à acheter local sous peine d’excommunication, alors on n’est plus dans l’économie, on est dans la liturgie. Le dogme remplace la liberté de choix.

Il y a dans sa prose une confusion inquiétante entre le consumérisme et la simple survie. Non, madame, tout le monde ne cherche pas à « payer moins cher à tout prix » par caprice. Certains le font parce qu’ils n’ont pas le choix. Parce que la paie ne suit plus. Parce que les hausses de 27 % depuis 2020 sur les denrées de base ne se compensent pas avec de la poésie militante. On peut bien parler de solidarité tant qu’on veut, elle commence par le respect de ceux qui n’ont pas le luxe d’acheter idéologique.

Et puis ce ton. Ce ton de surplomb, de supériorité morale, cette manie d’enseigner au peuple ce qu’il doit dire, penser, acheter, digérer. Comme si dénoncer l’inflation alimentaire, c’était déjà être complice du grand complot néolibéral. Comme si vouloir en avoir pour son argent était un péché bourgeois. La gauche morale dans toute sa splendeur : elle ne propose pas, elle sermonne. Elle n’écoute pas, elle classe. Bon citoyen si tu achètes local. Mauvais si tu veux nourrir ta famille sans te ruiner.

Ce n’est pas le prix de la laitue qui offense Émilise, c’est la révolte des gueux. Ce n’est pas l’injustice du système, c’est l’insolence de ceux qui la nomment. Dans sa logique, on ne doit pas s’indigner de payer trop cher, mais s’excuser de ne pas pouvoir payer plus. Elle veut des consommateurs silencieux, des contribuables repentants, des familles résignées à gober le dogme agro-vert en guise de souper.

Alors non, on ne se taira pas. Parce que pendant qu’elle rédige ses odes au panais identitaire, il y a des gens qui sacrifient des repas. Parce qu’il faut un culot monstre pour reprocher au monde de crier famine tout en lui prêchant l’abstinence éthique. Et parce que si c’est ça, le Québec solidaire, on comprend mieux pourquoi le peuple, lui, commence à en vouloir un peu moins. La gauche caviar est pire que l’aristocratie du XVIIIe siècle, parce qu’en plus de saper nos ressources et de nous voler, ils se prétendent être Le Peuple. Qu’il mange de la brioche biologique, équitable, éco-friendly, sans sel, sans sucre, sans calorie, c’est cent piastres.

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Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen, alias Le Blond Modéré, est membre des Trois Afueras et collaborateur du podcast Ian & Frank. Titulaire d'une formation en relations internationales à l'Université de Sherbrooke, il s'intéresse particulièrement à la géopolitique, aux zones d'influence et aux différentes formes de pouvoir.

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