Le Québec ne souffre pas d’abord d’un manque d’idées. Il souffre d’un trop-plein de vieux réflexes. Nous vivons sous une gérontocratie diffuse, pas seulement parce que les têtes d’affiche vieillissent, mais parce qu’une cohorte politiquement massive, économiquement protégée et culturellement anxieuse impose encore ses névroses à tout le monde. Le problème n’est pas l’âge biologique. Le problème, c’est la fossilisation du pouvoir.
Le vieux réflexe boomer ne bâtit plus : il administre, il temporise, il réglemente, il moralise. Il ne veut pas un pays vivant, il veut un pays stable. Il ne veut pas une société libre, il veut une société rassurante. Il ne veut pas l’avenir, il veut une prolongation confortable du présent. Voilà la matrice de notre paralysie.
Le tweet de l’ancien bloquiste que je prends ici comme symptôme n’exprime pas une volonté nationale, mais une panique nationale. Ce n’est pas le langage d’un peuple conquérant. C’est la litanie d’une génération qui a transformé sa peur en identité politique. Peur de disparaître, peur de perdre sa langue, peur de perdre ses repères, peur du monde, peur du mouvement, peur de la vitesse, peur de la liberté elle-même dès qu’elle implique autre chose qu’une rente, un programme ou un sermon.
Cette génération a voulu un État providence ; elle exige maintenant un État prémâché. Un État tout inclus. Un État clef en main. Un État qui pense, prévoit, compense, interdit, subventionne, encadre, excuse et tranquillise. Le Québec version forfait vacances : personne ne conduit, personne ne décide, tout le monde consomme le buffet réglementaire de la sécurité psychologique.
La CAQ est la forme parfaite de cette fatigue collective : nationalisme gériatrique, interventionnisme de centre d’achat, prudence vendue comme sagesse, petites annonces vendues comme vision. Ce n’est pas un gouvernement de relance. C’est un gouvernement de maintien artificiel. Une pompe à surplace pour électorat inquiet. Pendant ce temps, la dette monte, la machine enfle, la médiocrité se professionnalise, et on ose encore appeler cela le bon sens.
Au fédéral, même maladie, autre ton. Mark Carney est officiellement premier ministre depuis mars 2025, présenté comme incarnation de la stabilité et du sérieux technocratique. Donald Trump, lui, est revenu à la Maison-Blanche comme 47e président, version américaine du vieil homme qui refuse de quitter la scène. Deux styles, deux tempéraments, mais au fond la même époque : celle où les vieillards du système monopolisent encore la décision, l’attention et l’imaginaire.
Et le plus pathétique, c’est ce vieux souverainisme de tremblement qui, à force d’angoisse, a fini par se jeter dans les bras du gestionnaire global. Certains séparatistes vieillissants, jadis gonflés de colère contre Ottawa, ont préféré le banquier au saut dans l’inconnu. Non par conviction, mais par faiblesse. Non par projet, mais par besoin d’être bordés. Ils n’ont pas voté pour l’indépendance ; ils ont voté pour le calmant.
C’est cela, la vraie gérontocratie canadienne et québécoise : un régime où ceux qui ne portent plus le risque veulent encore dicter les paramètres de l’existence à ceux qui devront payer la facture. Immobilier verrouillé, fiscalité punitive, innovation suspecte, ambition moralement réprouvée, État obèse, croissance médiocre, et toujours cette même musique de fond : ne brusquons rien, ne changeons rien, administrons le lent pourrissement avec compassion.
Il faut cesser de flatter cette génération comme si elle incarnait encore la maturité. Elle incarne surtout la saturation. Elle a eu les leviers, les majorités, les institutions, la démographie, la prospérité relative, et elle a transformé cet avantage historique en machine à bloquer. Elle a confondu prudence et lâcheté, solidarité et dépendance, stabilité et stagnation. Et maintenant, elle voudrait mourir doucement en laissant aux autres le nettoyage, la note et les ruines.
Les solutions ne sont pas compliquées, elles sont seulement interdites dans un régime dominé par la peur : réduire l’État au lieu de l’étendre, construire au lieu de consulter, libérer l’investissement au lieu de le punir, alléger la réglementation au lieu de l’idolâtrer, cesser de gouverner pour les rentes et recommencer à gouverner pour l’élan. Il faut remettre le risque, le mérite, la propriété, la production et la responsabilité au centre du jeu.
Parce qu’au fond, le Québec n’est pas seulement vieux. Il est pris en otage par des gens qui veulent encore commander le menu alors qu’ils ne cuisinent plus, ne paient plus vraiment le prix du désastre et n’ont plus la moindre envie de prendre le moindre risque. Une société dirigée par cette caste finira exactement comme elle pense : mollement, peureusement, insignifiamment.
Et il faudra bien finir par leur arracher le volant. Avant qu’ils nous conduisent, une dernière fois, dans le fossé en appelant ça la prudence.
Moi aussi, j’ai peur…
Peur de disparaître
Peur du déclin sans douleur
De l’effacement tranquille
Peur que mes enfants ne parlent plus ma langue
Peur qu’ils n’écoutent plus notre musique
Qu’ils ne s’intéressent plus à notre culture, notre cinéma, nos artistes
J’ai peur de
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Samuel Rasmussen, connu sous le pseudonyme @LeBlondModere sur X, est rédacteur en chef de Pilule Rouge, cofondateur du balado Les Trois Afueras et collaborateur du podcast Le Bastion (anciennement Ian & Frank).
Titulaire d’une degré en politique appliquée de l’Université de Sherbrooke, il nourrit un intérêt marqué pour la géopolitique, les relations internationales, l’économie politique, les rapports de force et les différentes manifestations du pouvoir.
Libéral classique, libertarien et indépendantiste québécois, il défend une conception de la société fondée sur la liberté individuelle, la responsabilité personnelle, la propriété privée et la limitation du pouvoir de l’État. Nourrie notamment par les travaux de Friedrich Hayek, de Frédéric Bastiat et des penseurs de la tradition libérale, sa réflexion s'articule autour des rapports entre l'individu, les institutions et le pouvoir politique.
À travers ses chroniques, il s’attaque aux contradictions du modèle québécois, aux dérives de l’interventionnisme et aux idées reçues qui traversent le débat public. Son approche conjugue analyse politique, profondeur historique, esprit critique et une irrévérence assumée, avec une conviction fondamentale : aucune autorité ne devrait être soustraite à l’examen critique, surtout lorsqu’elle prétend agir pour notre bien.