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Productivité au Canada : le plan de réformes du C.D. Howe Institute et l’urgence d’agir

Synthèse du rapport de Charles Lammam, Daniel Schwanen et Zachary Andom, publié le 15 octobre 2026

Contexte

Le 15 octobre 2026, l’Institut C.D. Howe a publié The Productivity Blueprint: An Agenda for Higher Living Standards in Canada, un rapport signé par Charles Lammam, Daniel Schwanen et Zachary Andom. Ce rapport résume plus d’une décennie de recherches de l’institut, qui ont abouti à un programme de réformes pour les gouvernements. Il récapitule 115 recommandations, tandis que la version complète du Blueprint en contient plus d’une centaine.

Entre 2014 et 2024, le PIB par habitant réel au Canada a stagné, contrairement à une hausse de 20,2 % aux États-Unis. Le Canada se retrouve à la dernière place parmi neuf économies comparées. Selon les auteurs, cette contre-performance est due à une productivité insuffisante, c’est-à-dire à la quantité de biens et de services produits par heure travaillée.

Les investissements des entreprises montrent que le Canada investit moins dans la recherche et le développement que la plupart des économies comparables. Les menaces tarifaires américaines exacerbent la nécessité d’agir, comme l’a souligné Carolyn Rogers, première sous-gouverneure de la Banque du Canada, en 2024.

Pour améliorer la productivité, il faut agir sur trois leviers : le capital (équipements et outils), le capital humain (compétences et formation) et l’efficacité de l’utilisation des ressources. Le rapport présente huit piliers pour réformer ces domaines.

Les huit piliers

1. Fiscalité et compétitivité

Selon le rapport, le régime fiscal canadien décourage l’investissement, le travail et la prise de risque. À l’échelle fédérale, les auteurs proposent une réforme radicale : trois tranches d’imposition, une allocation de base de 10 000 $ et un taux d’imposition des sociétés de 10 %.

Selon l’estimation qu’ils citent, cette réforme pourrait débloquer 140 milliards de dollars d’investissements supplémentaires. Ils proposent également d’exonérer les gains en capital réalisés lors de la vente d’actions de petites entreprises canadiennes, de réduire l’impôt sur les revenus de la propriété intellectuelle, d’introduire un crédit d’investissement temporaire, de permettre l’étalement des revenus irréguliers et de coordonner les prestations afin de réduire les taux marginaux d’imposition excessifs.

La création d’une commission fiscale nationale et l’adoption de quatre tranches d’imposition viseraient à inciter les provinces à agir. Les gouvernements provinciaux et municipaux devraient également réduire les droits de mutation immobilière et augmenter les taxes foncières.

2. Réglementation

La complexité des règles, les délais administratifs et les exigences réglementaires entravent les investissements. Le rapport propose d’accorder davantage de poids à l’expertise dans la prise de décision.

Les organismes de réglementation spécialisés, comme la Régie de l’énergie du Canada, devraient se prononcer sur les grands projets selon des critères clairs, des examens limités aux effets directs et des échéanciers contraignants. Le projet de loi C-39, déposé en septembre, s’inscrit dans ce débat.

Ottawa devrait réexaminer régulièrement les règles en vigueur, achever la mise en place des services bancaires ouverts et moderniser la réglementation des marchés des capitaux.

Le gouvernement fédéral et les provinces devraient harmoniser les exigences professionnelles et éliminer les barrières au commerce intérieur. Selon le rapport, la suppression des obstacles au commerce interprovincial pourrait accroître le PIB jusqu’à 4 %.

Les provinces et les municipalités devraient également harmoniser les codes du bâtiment afin de faciliter la construction préfabriquée. Enfin, les provinces devraient favoriser davantage la concurrence sur les prix dans le secteur de l’assurance automobile privée.

3. Concurrence

Certaines réglementations protègent les acteurs établis, limitent l’arrivée de nouveaux concurrents et affaiblissent les incitations à réduire les coûts.

Le rapport recommande de mettre fin au monopole de Postes Canada sur le courrier, de remplacer l’obligation de service universel par des subventions ciblées ou des appels d’offres concurrentiels et de créer un organisme indépendant de réglementation du secteur postal. Il préconise également la levée des restrictions à la propriété étrangère dans les télécommunications.

Les auteurs suggèrent d’intégrer une expertise en matière de consommation et de concurrence à la gouvernance de la Commission canadienne du lait, de lier les hausses de prix à la productivité et de rétablir l’autorité fédérale sur le commerce interprovincial et les exportations.

Les organismes de réglementation financière devraient favoriser la concurrence. Les gouvernements provinciaux et fédéral devraient supprimer les barrières à l’entrée et créer un passeport réglementaire pour les coopératives de crédit.

Ottawa devrait également clarifier les règles de concurrence applicables à l’intelligence artificielle avant que des problèmes de concentration du marché ne surviennent.

4. Capital humain

La politique d’immigration doit contribuer davantage à la productivité du pays.

Le rapport recommande de privilégier le Système de classement global pour sélectionner les immigrants économiques, en tenant notamment compte de l’établissement, du domaine d’études et des revenus avant l’arrivée.

Il propose de préserver les voies d’immigration destinées aux travailleurs hautement qualifiés, de resserrer celles visant les emplois moins qualifiés, de stabiliser les règles d’accès à la résidence permanente et d’ajuster les niveaux d’immigration en fonction de leur contribution au PIB par habitant.

Les exigences imposées aux établissements accueillant des étudiants internationaux devraient être relevées et la reconnaissance des diplômes étrangers devrait être accélérée.

Les provinces devraient renforcer les compétences en mathématiques des futurs enseignants, multiplier les évaluations, interdire les téléphones intelligents en classe et revoir les programmes scolaires.

Enfin, le gouvernement fédéral devrait uniformiser les règles de l’assurance-emploi afin de réduire les distorsions régionales et de favoriser la mobilité de la main-d’œuvre.

5. Innovation, technologie et commercialisation

Pour accroître sa compétitivité, le Canada doit mieux transformer ses connaissances en produits, en technologies et en gains de productivité.

Le rapport suggère de réduire le crédit d’impôt pour la recherche scientifique et le développement expérimental (RS&DE) destiné aux petites entreprises, en le faisant passer de 35 % à 25 %, et de faire passer celui des grandes entreprises de 15 % à 20 %.

Il propose également d’éliminer les programmes redondants et de réorienter le Programme d’aide à la recherche industrielle vers la commercialisation.

Les gouvernements devraient mieux coordonner leurs programmes de soutien et utiliser les marchés publics pour faciliter l’adoption de nouvelles technologies. Les processus d’autorisation pour la construction de centres de données devraient également être accélérés.

En matière d’intelligence artificielle, Ottawa devrait financer le jumelage entre entreprises et chercheurs et lancer TechStat, un outil destiné à mesurer l’adoption des technologies.

Les gouvernements fédéral et provinciaux devraient élargir l’offre de formation universitaire et professionnelle en IA. Les fonds publics devraient financer la recherche selon des critères d’excellence scientifique, tandis que les résultats de ces travaux devraient être accessibles gratuitement.

Le Conseil national de recherches devrait renforcer ses liens avec les entreprises. Les provinces devraient ouvrir leurs bureaux universitaires de transfert technologique à une plus grande concurrence.

Enfin, le rapport propose de soutenir la construction préfabriquée et le développement des paiements en temps réel.

6. Croissance des entreprises

Le Canada doit cesser de privilégier les petites entreprises au détriment de leur croissance. Cette réforme relève principalement du gouvernement fédéral.

Le rapport suggère de modifier la tarification de l’assurance hypothécaire afin de favoriser les prêts aux entreprises, d’élargir les services-conseils et les outils de financement de la Banque de développement du Canada et d’Exportation et développement Canada, ainsi que d’accroître la concurrence sur le marché du crédit aux entreprises.

Les auteurs proposent également la création d’un fonds national de co-investissement, des incitatifs fiscaux pour les jeunes entreprises et la réorientation d’une partie du soutien à la RS&DE vers le marketing et les ventes.

Pour tirer pleinement profit de l’innovation, les entreprises doivent commercialiser leurs produits et conquérir de nouveaux marchés.

Le rapport propose par ailleurs de limiter la croissance des subventions industrielles à la moitié du PIB d’ici 2030. Cette mesure permettrait, selon ses auteurs, d’économiser 3,3 milliards de dollars par année.

7. Commerce, transport et chaînes d’approvisionnement

Pour exporter efficacement ses marchandises, le Canada doit disposer d’un secteur des transports compétitif.

Le rapport souligne l’importance de la capacité ferroviaire et de la négociation avec les travailleurs dans les décisions d’investissement portuaire.

Il s’oppose au rétablissement de l’interconnexion ferroviaire réglementée dans les Prairies et recommande la privatisation des aéroports, accompagnée d’une surveillance des prix.

En septembre, Ottawa a annoncé une démarche allant partiellement dans le sens des recommandations du rapport, fondée sur des concessions d’exploitation.

Les auteurs souhaitent également supprimer progressivement les restrictions à la propriété étrangère des transporteurs aériens, appliquer les exigences de bilinguisme là où le volume de voyageurs le justifie, attribuer aux enchères les baux aéroportuaires restants et favoriser la médiation précoce afin de prévenir les conflits de travail.

Ils proposent aussi d’éliminer les taxes sur le carburant d’aviation.

Ottawa devrait prolonger le Fonds national des corridors commerciaux, à raison de 500 millions de dollars par année, conclure des accords commerciaux avec le Royaume-Uni et l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE), et renforcer les outils facilitant la participation économique des peuples autochtones.

8. Finances publiques et productivité de l’État

Le Canada est confronté à une dette publique élevée et à une faible productivité du secteur public, deux facteurs qui limitent sa marge de manœuvre économique.

Le rapport recommande aux gouvernements fédéral et provinciaux de réduire leur dette publique nette combinée de 10 points de pourcentage du PIB et d’atteindre l’équilibre budgétaire en quatre ans.

Ottawa devrait réduire ses dépenses de programmes de 66 milliards de dollars d’ici 2030. Les crédits d’impôt remboursables et les autres dépenses fiscales devraient être évalués, tandis que des plans pluriannuels contraignants devraient encadrer les dépenses publiques.

Le gouvernement fédéral devrait également adopter une mesure globale de la productivité du secteur public, moderniser ses systèmes de données, améliorer la mobilité interne du personnel et investir dans la formation aux outils numériques.

Dans le secteur de la santé, un centre d’excellence fédéral-provincial devrait favoriser la diffusion de nouveaux modèles de rémunération et de paiement des soins.

Les provinces devraient étendre la tarification routière, tandis que les municipalités devraient harmoniser leurs normes comptables afin de mieux mesurer les coûts à long terme.

Conclusion

Le programme proposé relève principalement du gouvernement fédéral : les deux tiers des 115 recommandations concernent Ottawa, environ le quart nécessite une action conjointe avec les provinces et 10 % relèvent des provinces ou des municipalités.

Le Productivity Blueprint propose une réorientation claire : davantage d’investissements productifs, moins de barrières réglementaires injustifiées, une concurrence plus vigoureuse, une meilleure utilisation des compétences et une discipline accrue dans les dépenses publiques.

Son diagnostic est solide et ses propositions ciblent des obstacles précis. Il reste toutefois à hiérarchiser les mesures, à les chiffrer et à préciser leurs effets ainsi que leurs modalités de mise en œuvre.

Le rapport s’appuie sur les travaux de l’Institut C.D. Howe, mais ne fournit ni validation indépendante ni plan d’exécution chiffré.

Il constitue néanmoins une feuille de route pertinente pour alimenter le débat économique canadien.

Mot de l’auteur

Les groupes de réflexion canadiens documentent depuis bien trop longtemps les problèmes de productivité, les distorsions fiscales, les barrières réglementaires, les déficiences de la concurrence et les dérives des finances publiques.

Pourtant, les gouvernements multiplient les rapports, les consultations et les études au lieu d’agir. Ces enjeux sont encore trop souvent traités comme de simples exercices de communication plutôt que comme des problèmes à résoudre.

Il est temps de cesser de commander une énième étude pour confirmer ce que les précédentes ont déjà établi.

Le véritable déficit du Canada n’est plus celui du diagnostic, mais celui de l’exécution.

Je suis fatigué de cette politique qui consiste à gérer les apparences plutôt qu’à obtenir des résultats. On annonce des stratégies, on lance des consultations, on crée des comités, on commande des rapports, puis on recommence le même cycle.

Consulter la consultation, les amis !

Pendant ce temps, les entreprises absorbent des coûts évitables, les travailleurs évoluent dans une économie qui investit insuffisamment et les contribuables financent un appareil public qui peine à justifier ses dépenses.

Le rapport de l’Institut C.D. Howe propose encore trop de programmes et d’interventions publiques, ce qui n’invalide pas son diagnostic. Une véritable politique de productivité doit aussi savoir retirer l’État du chemin.

Écouter les parties prenantes est légitime, mais reporter indéfiniment les décisions ne l’est pas.

Les gouvernements doivent maintenant sélectionner les réformes les plus prometteuses, en chiffrer les coûts et les bénéfices, fixer des échéances, désigner des responsables et mesurer les résultats.

Les mesures inefficaces doivent être abandonnées, les propositions solides mises en œuvre et les initiatives incertaines soumises à des projets pilotes rigoureux.

Le rôle de l’État n’est pas de tout diriger, mais de créer les conditions permettant aux entrepreneurs et aux détenteurs de capitaux de libérer pleinement leur potentiel.

Chaque année de retard coûte des investissements, des occasions d’affaires et de la croissance.

Le Canada n’a pas besoin d’une nouvelle série de promesses, mais de gouvernements qui passent enfin à l’action.

À force de laisser les problèmes s’enliser, l’inaction devient elle-même un choix politique.


Référence

Lammam, Charles, Daniel Schwanen et Zachary Andom (2026). The Productivity Blueprint: An Agenda for Higher Living Standards in Canada. Toronto, Institut C.D. Howe.

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