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Santé au Canada : des dépenses élevées, des ressources insuffisantes et des délais parmi les pires des pays comparables, selon l’Institut Fraser

Dans Comparing Performance of Universal Health Care Countries, 2026, Mackenzie Moir et Nadeem Esmail, de l’Institut Fraser, poursuivent une série d’études comparatives amorcée en 2002. Ils évaluent les ressources consacrées à la santé et les services que les citoyens en retirent. L’étude de 2026 compare 32 pays de l’OCDE offrant une couverture universelle ou quasi universelle des soins essentiels.

La méthodologie repose sur une analyse du « rapport qualité-prix » (p. 2 du rapport). Les auteurs examinent les dépenses de santé en proportion du PIB, puis analysent 13 indicateurs portant sur la disponibilité des ressources médicales et l’accessibilité des services. Les données proviennent principalement de l’OCDE et du Commonwealth Fund, avec des années de référence variables, notamment de 2022 à 2024 pour certaines ressources et 2023 pour l’accès aux soins.

Le constat est préoccupant : après ajustement démographique, le Canada consacre 11,9 % de son PIB à la santé, soit la deuxième proportion la plus élevée du classement, derrière le Chili (12,6 %). Pourtant, ses ressources médicales et son accès aux services se situent généralement sous la moyenne des pays comparés.

Treize indicateurs, un même problème

Les résultats détaillés révèlent des écarts importants.

En matière de ressources humaines et hospitalières, le Canada se classe au 30e rang sur 32 pays pour le nombre de médecins (2,8 pour 1 000 habitants) et au 14e rang pour celui des infirmières (10,5 pour 1 000 habitants). La Grèce et la Suisse figurent parmi les pays les mieux pourvus.

Pour les lits de soins somatiques, le Canada occupe le 26e rang, avec 2,1 lits pour 1 000 habitants, contre une moyenne de 3,7 dans l’OCDE. La Corée arrive en tête pour le nombre de lits psychiatriques. Le Canada se classe au 29e rang sur 31, avec 0,3 lit pour 1 000 habitants, loin derrière le Japon.

Les technologies diagnostiques dressent un portrait tout aussi contrasté.

Le Canada se classe au 28e rang sur 31 pays pour les appareils d’imagerie par résonance magnétique (IRM), avec 10,7 appareils par million d’habitants, tandis que le Japon arrive en tête avec 45,0 appareils.

Pour les tomodensitomètres (CT), le Canada occupe également le 28e rang, avec 14,7 appareils par million d’habitants, contre 90,1 au Japon, qui se classe premier.

Quant aux appareils de tomographie par émission de positons (TEP), le Canada se situe au 23e rang sur 29 pays, tandis que le Danemark occupe la première place.

En revanche, le Canada se classe au troisième rang sur 27 pays pour les gamma-caméras, derrière notamment la Belgique. Pour les mammographes, il occupe le 13e rang sur 25, tandis que la Grèce arrive première.

Les quatre indicateurs d’accès aux soins confirment également les difficultés du système canadien.

Pour la possibilité d’obtenir un rendez-vous le jour même ou le lendemain lorsqu’on est malade, le Canada arrive dernier sur neuf pays, avec un taux de 22,3 %, contre une moyenne de 36,7 %. Les Pays-Bas dominent ce classement avec 47,4 %.

En matière d’accès aux soins en dehors des heures normales, le Canada se classe au cinquième rang, avec un taux de 19,3 %, tandis que les Pays-Bas arrivent premiers avec 35,7 %.

Concernant l’attente de plus d’un mois avant une consultation avec un spécialiste, le Canada se classe au huitième rang sur neuf, avec un taux de 65,2 %. Les Pays-Bas affichent le meilleur résultat, à 35,7 %.

Enfin, pour l’attente de plus de deux mois avant une chirurgie non urgente, le Canada arrive dernier, avec un taux de 58,3 %, contre une moyenne de 35,3 %. Les Pays-Bas présentent encore une fois le meilleur résultat, à 20,3 %.

Ces résultats sont tirés de Moir et Esmail (2026), Comparing Performance of Universal Health Care Countries, 2026, tableaux 2 à 5. Ils doivent être interprétés en tenant compte des années de référence et des pays pour lesquels les données sont disponibles pour chaque indicateur.

Au-delà des dépenses : analyser les mécanismes

L’étude ne démontre pas que chaque dollar canadien est gaspillé ni que le financement public est intrinsèquement inefficace. Elle montre cependant que des dépenses élevées ne garantissent pas un nombre suffisant de médecins, d’équipements ou de lits, ni des délais d’attente acceptables.

Cette distinction devrait guider le débat québécois.

Avant de réclamer des budgets supplémentaires, il faut examiner les contraintes qui limitent la capacité de traitement : l’organisation du travail, l’utilisation des salles d’opération, les incitations, la répartition des professionnels et les règles encadrant les fournisseurs de soins.

Le rapport comporte certaines limites. Il ne mesure ni les résultats cliniques, ni la productivité des établissements, ni les effets causaux des différents modèles de propriété et de financement. Les rangs présentés ne constituent donc pas un classement global de la qualité des systèmes de santé.

Ces limites ne justifient toutefois pas l’inaction. Elles permettent plutôt de cerner les questions auxquelles toute réforme sérieuse devrait répondre.

Cesser d’avoir peur du privé : regarder la Suède pour vrai

Le débat québécois sur la santé est confus. On mélange trop souvent le financement et la prestation des soins.

Un service peut être financé publiquement tout en étant fourni par une organisation privée. L’universalité n’exige pas que chaque clinique, chaque médecin ou chaque salle d’opération relève directement de l’État.

Dans Beyond the Public-Private Divide: What Sweden Can Teach Canada About Health Care Reform, publié par l’Institut Fraser en 2026, Yanick Labrie examine l’expérience suédoise.

Celle-ci montre qu’une couverture universelle financée publiquement peut coexister avec une participation importante de fournisseurs privés, soumis à des règles communes d’accréditation et de financement.

L’expérience suédoise invite ainsi à dépasser l’idée selon laquelle une plus grande participation du secteur privé à la prestation des soins signifierait nécessairement un affaiblissement des services publics.

Le cas québécois mérite lui aussi d’être examiné.

Dans Accroître la capacité chirurgicale par le recours aux centres médicaux spécialisés : le cas de la chirurgie pédiatrique au Québec, publié par Canadian Health Policy en septembre 2026, Labrie compare les coûts et la productivité d’un centre médical spécialisé à ceux de son hôpital partenaire.

L’étude, portant sur 5 069 interventions, montre que les coûts étaient inférieurs de 26,5 % à la Clinique AGM, ce qui représente des économies de 1,44 million de dollars. De plus, la productivité des salles d’opération y était supérieure.

Ces résultats ne prouvent pas que toute prestation privée est automatiquement plus efficace. Les économies d’échelle, la spécialisation et la standardisation peuvent expliquer une partie des écarts.

Les données demeurent limitées, mais elles montrent qu’il est possible d’évaluer concrètement la performance de fournisseurs complémentaires.

Le financement public et la prestation privée ne sont pas incompatibles.

La question est de savoir si un fournisseur peut réaliser des interventions financées publiquement à moindre coût, tout en maintenant une qualité adéquate et en offrant une capacité additionnelle.

Si oui, pourquoi s’en priver ?

Conclusion : rien n’est gratuit, pas même l’attente

Le rapport de l’Institut Fraser montre qu’un système de santé universel peut être coûteux sans pour autant offrir un accès satisfaisant aux soins. Il souligne l’importance de regarder au-delà des frontières canadiennes afin de comparer les mécanismes institutionnels des pays qui obtiennent de meilleurs résultats.

À l’instar de la Suède, le Québec peut diversifier les fournisseurs de soins médicaux spécialisés tout en maintenant le financement public.

L’État doit garantir l’accès aux soins, assurer leur financement, établir les règles et imposer des normes de qualité, sans nécessairement posséder tous les moyens de production.

Le débat québécois doit également sortir du mythe des soins « gratuits ».

Selon Esmail, Li et Palacios, dans The Price of Public Health Care Insurance (2026), l’assurance maladie publique pour une famille composée de deux adultes et de deux enfants coûterait environ 21 115 $, tandis que la contribution d’une personne seule serait estimée à 6 464 $.

Ces montants représentent une estimation de la contribution économique à l’assurance publique, et non une facture individuelle uniforme.

Rien n’est gratuit : ni les soins, ni les impôts qui les financent, ni les files d’attente, ni les ressources immobilisées, ni les heures de travail perdues, ni le statu quo.

La véritable question n’est pas de choisir entre le public et le privé comme s’il s’agissait de deux camps irréconciliables. Elle consiste plutôt à déterminer quel système offre le meilleur accès aux soins pour chaque dollar consacré à la santé.

Le patient ne demande pas si sa salle d’opération appartient au gouvernement. Il demande quand il sera soigné. C’est là que le débat devrait commencer.


Référence principale

Moir, Mackenzie, et Nadeem Esmail. 2026. Comparing Performance of Universal Health Care Countries, 2026. Institut Fraser. Consulter le rapport.

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