Avec 23 membres au Conseil des ministres, premier ministre compris, contre 29 sous Christine Fréchette et 31 sous François Legault dans son deuxième mandat, Paul St-Pierre Plamondon resserre la table. Reconnaissons le geste : six fauteuils de moins constituent un début.
Mais le contribuable attend de savoir ce qui disparaîtra derrière les fauteuils. Quelles structures? Quels programmes? Quelles permissions exigées pour travailler, construire ou entreprendre?
Une photo de famille plus étroite peut très bien administrer un État toujours aussi envahissant.
Vingt-trois ministres, un vaste inventaire de responsabilités
Paul St-Pierre Plamondon prend personnellement la Lutte contre l’itinérance. Sa vice-première ministre, Catherine Gentilcore, cumule l’Immigration et l’Intégration, l’Accession du Québec à l’Indépendance et le rôle de leader parlementaire.
Nicolas Marceau reçoit les Finances et les Infrastructures. Alain Therrien dirige l’Administration gouvernementale et le Conseil du trésor, avec l’Action communautaire. Sébastien D’Astous devient ministre délégué à l’Efficacité gouvernementale et à l’Allégement réglementaire; Anne Nguyen, ministre déléguée à l’Intelligence artificielle et au Numérique.
Nicolas Girard réunit les Transports, la Mobilité durable et les Affaires municipales. Stéphane Paquet prend le Développement économique, l’Innovation et l’Énergie. Dieudonné Ella Oyono reçoit les Relations internationales, la Francophonie et le Commerce extérieur.
Joël Arseneau dirigera l’Éducation nationale. Elsie Lefebvre regroupe l’Enseignement supérieur, l’Habitation et la Condition féminine. Marie-Karlynn Laflamme prend la Santé, la Prévention et les Aînés. Camille Pellerin-Forget reçoit les Institutions démocratiques et devient ministre déléguée à la Santé mentale et aux Services sociaux.
Mathieu Lebrun réunit le Travail, l’Emploi et la Solidarité sociale. Méganne Perry Mélançon obtient la Famille et la Jeunesse, ainsi que les Sports et les Loisirs.
Marie-Claude Sarrazin, à la Justice, cumule aussi les Affaires intergouvernementales canadiennes, les relations avec les Québécois d’expression anglaise, la lutte contre le racisme et la discrimination envers les personnes LGBTQ+, l’accès à l’information, la protection des renseignements personnels et la laïcité. Guy Jr Lapointe prend la Sécurité intérieure.
Pascal Bérubé réunit la Culture, le Patrimoine, les Communications et la Langue française. Jean Pellerin reçoit l’Environnement, le Climat, la Biodiversité, la Faune et les Parcs. Natalie Bisaillon prend les Ressources naturelles et les Forêts; Bernard Sévigny, l’Agriculture, les Pêcheries et l’Alimentation.
Simon-Pierre Savard-Tremblay devient responsable des Relations avec les Premières Nations et les Inuits. Meggie Richard obtient les Régions et l’Occupation du territoire.
À cet inventaire s’ajoutent les responsabilités régionales. Plusieurs dossiers sont réunis sous une même autorité. Reste à savoir si les administrations suivront.
Derrière le cabinet, 160 personnes répertoriées
Le répertoire gouvernemental mis à jour au 1er octobre recensait 21 sous-ministres en titre, 17 associés et 92 adjoints, soit 130 inscriptions pour ces fonctions.
Avec 31 inscriptions de secrétaires et de fonctions centrales, le total atteint 161 inscriptions dans 23 entités administratives. Une personne apparaissant dans deux entités, cela représente 160 personnes distinctes.
Les Finances comptent 13 inscriptions; le Conseil du trésor, 12; le Conseil exécutif, 19.
Ce portrait précède le nouveau gouvernement. Il décrit l’appareil hérité, sans démontrer que chaque fonction serait superflue. Ces 23 entités correspondent à l’organisation antérieure, pas au nombre définitif de ministères du nouveau cabinet.
Confier plusieurs portefeuilles à un ministre ne supprime automatiquement aucune direction, aucun programme et aucune procédure.
On peut fusionner les enseignes et conserver toutes les dépenses derrière la porte.
Un secrétariat pour réduire la bureaucratie
Sébastien D’Astous aura la responsabilité d’un nouveau secrétariat à l’Efficacité gouvernementale.
Créer une structure pour réduire les structures : la formule mérite des résultats vérifiables.
Ce secrétariat devra rendre publics les programmes supprimés, les exigences abandonnées et les économies récurrentes nettes de ses propres coûts. Autrement, l’administration aura surtout trouvé une nouvelle manière de s’administrer elle-même.
Anne Nguyen devra poursuivre le même objectif avec le numérique. Numériser une procédure inutile lui donne surtout un mot de passe.
Le déficit commande davantage qu’un réaménagement
Le budget de mars prévoyait, pour 2026-2027, 170,8 milliards de dollars de dépenses consolidées, service de la dette compris. Le déficit comptable prévu atteignait 6,3 milliards; après les versements au Fonds des générations, le déficit budgétaire s’établissait à 8,6 milliards.
Quelques rémunérations ministérielles en moins ne combleront pas cet écart. Nicolas Marceau et Alain Therrien devront revoir l’étendue des engagements publics.
Le libéralisme classique impose une question préalable : pourquoi l’État doit-il intervenir ici?
À l’Économie, Stéphane Paquet devrait réduire les obstacles et les aides discrétionnaires. Une entreprise devrait prospérer grâce à ses clients, sans développer une expertise en relations ministérielles.
En habitation, Elsie Lefebvre sera utile si elle facilite la construction et contribue à réduire les contraintes injustifiées. Le nombre de programmes lancés compte beaucoup moins que les logements rendus possibles.
En santé et en éducation, il faudra rapprocher les décisions des professionnels et des établissements, avec une responsabilité claire sur les résultats.
Un secteur important ne justifie pas automatiquement tous ses programmes. L’argent public demeure de l’argent dont les citoyens ne disposent plus pour leurs propres projets.
L’indépendance devrait aussi parler de liberté
Je suis indépendantiste. Cela ne m’oblige aucunement à trouver admirable chaque étage de l’administration québécoise.
Catherine Gentilcore pourra travailler à l’accession à l’indépendance. Encore faudra-t-il discuter de la place du citoyen dans ce futur pays et des limites que nous voulons imposer à son gouvernement.
Un programme ne devrait pas acquérir un droit à l’éternité parce qu’il possède désormais son directeur, son formulaire et son groupe de bénéficiaires.
PSPP a retiré six fauteuils. Il lui reste à démontrer qu’il peut retirer des obstacles.
Les Québécois ont besoin d’un État qui se reconnaît des limites. Le nouvel organigramme devra passer cette épreuve.

