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Avant le Grand Soir, le grand ménage

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Avant de promettre une république, commençons par réparer la maison. Le toit coule, les escaliers craquent et l’asphalte devant chez nous ressemble à une fouille archéologique. Mais le Parti québécois arrive avec les plans du balcon présidentiel. C’est beau, l’ambition nationale. Encore faudrait-il que le citoyen puisse sortir de son entrée sans y laisser une roue et rentrer chez lui sans ouvrir une autre facture.

Depuis plus d’un demi-siècle, PLQ, PQ et CAQ se relaient aux commandes. Chacun apporte sa couleur, ses clientèles et sa manière d’expliquer pourquoi le prochain milliard sera le bon. Taxes, impôts, subventions, programmes, structures : l’empilement continue. Le contribuable paie pour construire, paie pour corriger, puis paie pour apprendre pourquoi personne n’avait prévu qu’il faudrait corriger.

On appelle cela le « modèle québécois ». J’appelle cela un prototype. Un prototype qu’on rafistole depuis des décennies, dont les défauts deviennent des acquis et dont la moindre remise en question déclenche une cérémonie d’excommunication. Le Québec mérite mieux qu’un appareil administratif transformé en patrimoine sacré. Nous sommes un peuple. Nous pouvons survivre à l’abolition d’un comité.

La maison à réparer n’est pas qu’une image. Le Plan québécois des infrastructures 2026-2036 chiffre le déficit de maintien des actifs publics à 44,8 milliards de dollars, dont 24,5 milliards pour le réseau routier. Voilà des travaux nécessaires pour remettre des infrastructures dans un état satisfaisant. Avant les rubans, les inaugurations et les maquettes majestueuses, il y a du béton à réparer. L’avenir commence parfois par un nid-de-poule.

Ajoutons les dépassements de coûts, les fiascos administratifs et cette vieille odeur de connivence. La commission Charbonneau a documenté la corruption et la collusion dans les contrats publics. Il serait donc légèrement présomptueux de considérer notre machine gouvernementale comme une merveille attendant seulement son passeport pour enfin fonctionner.

Le PQ promet justement de faire le ménage. Reconnaissons-le : il annonce une analyse des programmes et des règlements, un audit informatique et un Secrétariat à l’efficacité gouvernementale et à l’allègement réglementaire. Un secrétariat pour alléger la bureaucratie : le réflexe québécois conserve une admirable constance. J’attends surtout de voir quelles interventions disparaîtront. Administrer plus efficacement les mêmes pouvoirs demeure une ambition bien modeste.

Car mon reproche au PQ dépasse la social-démocratie. À mes yeux, son nationalisme reste profondément étatiste : le gouvernement organise, oriente, encadre, redistribue et choisit les voies respectables de notre développement. Le citoyen reçoit les consignes, finance le dispositif et se fait expliquer que cette tutelle constitue son émancipation. Gouvernemaman aurait désormais tous les leviers. Les enfants devraient applaudir.

Le programme péquiste aborde plusieurs enjeux. Mais son centre de gravité demeure le pays, cette réponse suprême autour de laquelle tout finit par tourner. Une telle obsession rend le parti politiquement monosujet, même lorsqu’il remplit plusieurs chapitres. Or un référendum ne colmate aucune toiture. Une constitution ne discipline aucun échéancier. Le drapeau n’a jamais remplacé une facture détaillée.

Je suis indépendantiste. Précisément pour cela, je refuse de confondre l’émancipation nationale avec l’expansion d’un gouvernement. Transférer un pouvoir d’Ottawa à Québec ne démontre absolument pas que ce pouvoir doit être exercé. Une république peut devenir aussi intrusive, coûteuse et paternaliste qu’une province. Elle aura simplement davantage de compétences pour nous imposer ses bonnes intentions.

Je veux pouvoir travailler, entreprendre, construire et choisir sans demander la bénédiction d’une caste administrative. L’ingérence quotidienne ne devient pas moins étouffante parce qu’elle nous tutoie en français et se réclame de notre identité nationale.

Le ménage doit donc porter sur le périmètre de l’État. Supprimer les structures redondantes. Abolir les postes sans utilité démontrable. Retirer les barrières qui protègent les intérêts établis. Exiger des résultats, des contrats transparents et des responsabilités identifiables. Cette masse informe de réglementeurs, d’imposeurs et de surveillants ne devient pas indispensable parce qu’elle possède un organigramme.

Et cessons de présenter chaque subvention comme un acte de générosité. L’État distribue de l’argent prélevé ailleurs. Quand le succès d’une entreprise dépend davantage de sa proximité ministérielle que de ses clients, on entretient une économie de courtisans. La liberté économique exige qu’on puisse réussir sans courtiser le prince ni financer ses préférences industrielles.

Mes convictions vont probablement plus loin que celles du PCQ. Je voudrais un État beaucoup plus limité, des citoyens beaucoup plus autonomes et des politiciens beaucoup moins occupés à refaire nos vies. Mais il faut bien commencer quelque part. J’ai voté conservateur pour ouvrir une brèche dans cette unanimité interventionniste qui change de logo à chaque alternance.

Demain, nous choisirons des gens auxquels nous confierons du pouvoir. Gardons donc une question devant les yeux : lequel veut réellement nous en rendre? Avant l’indépendance de la république du Québec, il faudra rendre les Québécois moins dépendants de l’État. La liberté d’un gouvernement ne garantit jamais celle des individus. Avant le Grand Soir, le grand ménage. Sinon, nous aurons simplement donné un pays à notre bureaucratie.

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Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen, alias Le Blond Modéré, est membre des Trois Afueras et collaborateur du podcast Ian & Frank. Titulaire d'une formation en relations internationales à l'Université de Sherbrooke, il s'intéresse particulièrement à la géopolitique, aux zones d'influence et aux différentes formes de pouvoir.

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