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Une machine qui ne sait plus s’arrêter

Depuis 2018, la fonction publique québécoise est passée de 68 618 à 80 411 employés. Une hausse de 17,2 % en sept ans. Un sommet historique.

Pendant ce temps, le citoyen attend toujours des heures à l’urgence.
Attends des mois pour un spécialiste.
Attends des semaines pour un permis, une réponse, un traitement de dossier.

L’État grossit.
La patience du contribuable aussi.

Le problème ne commence pas en 2018. Cette croissance est le prolongement d’un réflexe vieux de plusieurs décennies : lorsqu’un problème surgit, on crée une structure. Lorsqu’elle échoue, on en ajoute une autre pour la superviser. On empile les directions, on multiplie les normes, on centralise davantage.

On ajoute.
On ne retire presque jamais.

Résultat : une machine plus dense, plus lourde, plus coûteuse — sans que l’expérience quotidienne du citoyen ne s’améliore proportionnellement.

On change de gouvernement.
On change de premier ministre.
Mais la mécanique demeure.

Remplacer le chauffeur d’une voiture dont le moteur est fissuré ne règle rien. Elle continuera d’avancer péniblement, en consommant toujours plus d’énergie.

Le vrai verrou

Avec le temps, une grande organisation développe ses propres réflexes de survie.

La bureaucratie protège ses habitudes.
Les politiciens protègent leur popularité.
Entre les deux, personne ne protège la simplicité.

On parle de modernisation.
On annonce des compressions marginales.
On promet de « revoir les processus ».

Mais on ne redéfinit jamais clairement ce que l’État doit faire — et surtout, ce qu’il ne doit plus faire.

Le courage politique ne consiste pas à ralentir la croissance. Il consiste à tracer une limite.

Oser toucher au cœur du modèle

Si l’on veut vraiment transformer la machine, il faut aller là où le débat devient inconfortable : les monopoles d’État.

Pourquoi maintenir sous contrôle gouvernemental direct des sociétés comme la SAAQ, la SAQ ou la SQDC, où l’État est à la fois arbitre, exploitant et bénéficiaire ?

Un démantèlement progressif — dans un cadre réglementé, mais concurrentiel — introduirait un principe que l’appareil public s’impose rarement : la pression de la performance.

La concurrence oblige l’efficacité.
Elle impose la transparence des coûts.
Elle sanctionne l’inefficacité.

Un monopole, lui, peut survivre malgré ses lenteurs. Le citoyen n’a pas d’alternative.

Il ne s’agit pas d’abolir l’État. Il s’agit de le repositionner : réguler, encadrer, protéger ; pas d’exploiter systématiquement.

Le choix réel

Le Québec est devant un choix clair.

Continuer à élargir un État qui se protège et s’autoalimente.
Ou redéfinir son périmètre avec lucidité et courage.

Changer de chauffeur ne suffit pas.
Si le moteur est défectueux, il faut l’ouvrir, retirer les pièces inutiles et reconstruire ce qui ne fonctionne plus.

Sinon, la machine continuera de grossir.

Et ce ne sont pas les administrations qui paieront le prix.
Ce seront toujours les citoyens.

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