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Départ de Caroline Mulroney : Possible putsch?

Le 25 mai 2026, l’Honorable Caroline Mulroney annonçait sa démission du gouvernement de Doug Ford. Elle servait dans ce cabinet depuis son élection en 2018. Suite à cette démission, certains commentateurs caressent l’idée à ce que Mme Mulroney brigue la chefferie du Parti conservateur du Canada afin de remplacer Pierre Poilievre. Or, si cette théorie est vraie, quels seraient les défis qui pourraient se mettre en travers de sa route?

Attention à la base !

Certes, Mme Mulroney, par son patronyme et la mémoire de son père le regretté Premier ministre canadien Brian Mulroney, pourrait susciter de l’espoir chez les Red Tories pour revenir à la tête du parti. Cependant, il faut toujours être prudent lorsqu’il est question d’avoir un Red Tory à la tête du PCC. En effet, un Red Tory serait tenté d’obtenir le vote des votants libéraux quitte à perdre la base conservatrice. Cela fut notamment le cas du chef déchu Erin O’Toole qui avait mené son parti à une défaite cuisante avec 119 députés, ainsi qu’une montée marginale du Parti populaire du Canada de Maxime Bernier, qui avait obtenu 4,93 % des suffrages. Le danger d’un Red Tory à la tête du Parti conservateur du Canada serait de faire preuve d’errance politique, étant ainsi incapable de pouvoir se doter d’un ancrage politique solide. Cela avait notamment valu à Erin O’Toole d’être mis à la porte de son parti comme un malpropre. L’arrivée d’un Red Tory risquerait donc un déplacement de la base électorale vers un autre parti. L’enjeu de tous partis conservateurs est celui-ci : aller chercher les électeurs médians sans déplaire à la base électorale, qui a beaucoup d’influence sur les orientations et les décisions du caucus.

Certains objecteront que le PPC est mort électoralement. À cela, il sera aisé de répondre que la montée ou la descente de ce parti lors des suffrages ne dépend que des orientations prises par les chefs conservateurs.

Le patronyme : le couteau à double-tranchant

Le patronyme de Caroline Mulroney pourrait lui ouvrir des portes comme il pourrait lui en fermer. En effet, il pourrait provoquer un engouement pour les nostalgiques de l’ère Mulroney. Cependant, cela peut aussi être un handicap, car la tendance réformiste ou allianciste pourrait ne pas lui pardonner d’être affiliée, ne serait-ce que de nom, à un dirigeant responsable de l’éclatement du Parti progressiste-conservateur du Canada selon eux. Ainsi, le nom Mulroney est loin de faire consensus au sein du PCC. De plus, en 2017, elle avait capitalisé sur son patronyme puisque n’ayant eu aucune expérience politique antérieure lors de la course à la chefferie du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario. Ainsi, le patronyme n’est pas tout.

De plus, il lui sera reproché, sans aucun doute, son manque d’expérience en politique fédérale, étant donné que la politique fédérale et la politique provinciale sont deux terrains de jeu différents.

Le passé politique : épine potentielle dans le pied

Caroline Mulroney pourrait mettre de l’avant son expérience de ministre provinciale au sein du Cabinet de Doug Ford afin de se mettre en valeur. Cela est indéniable. En revanche, le faire valoir peut tout autant lui nuire. En ce sens, au sein de la frange conservatrice fédérale en Ontario, il y a deux tendances : les pro-Ford et les anti-Ford. D’une part, les pro-Ford lui reprocheront son départ du Cabinet, ce qu’ils considéreraient comme une « trahison », en plus de l’apport de son soutien à Pierre Poilievre lors des élections fédérales de 2025, alors que Ford avait favorisé le Premier ministre Mark Carney. D’autre part, les anti-Ford lui reprocheront que malgré son soutien à Pierre Poilievre, elle fût restée au sein du gouvernement de Doug Ford, ce qu’ils considéreront, à leur tour, comme une « trahison ». Il lui sera difficile de se justifier à ce propos.

Le caucus

Bien que les conservateurs soient à environ 35 % dans les sondages, Pierre Poilievre est quand même capable de conserver le soutien de sa base électorale. Ainsi, il est capable de stabiliser ses appuis malgré la défaite électorale, puisque maintenant une posture cohérente entre ce qu’il disait avant, pendant et après la campagne électorale de 2025. Il n’est pas question d’un Erin O’Toole acculé au pied du mur en février 2022. Dans ce cas, il avait perdu toute la confiance de son caucus par son incapacité d’adopter une attitude cohérente à long terme sur des enjeux précis.

Si Caroline Mulroney venait à essayer de mener un putsch contre Pierre Poilievre, elle devra tenter de convaincre même les plus fervents partisans de Pierre Poilievre au sein du caucus de se débarrasser de lui. Elle ne pourra pas que compter sur le soutien des députés Red Tories. Si elle veut essayer de réconcilier les deux droites sous son potentiel leadership, elle devra tenter de tenir, puis de maintenir des propos, des idées et des solutions étant en cohérence sur le long terme.

Qu’en retenir ?

Il importe d’être clair : ce texte n’a pas pour utilité d’attaquer Caroline Mulroney ou de lui faire la morale. Bien au contraire, si elle souhaite se lancer en politique fédérale, je serais le premier à lui souhaiter la bienvenue.

En revanche, si elle veut briguer la chefferie du PCC, elle devra effectuer un parcours du combattant et faire ses classes en politique fédérale. En ce sens, elle devra modérer l’utilisation de son patronyme auprès des électeurs, convaincre le caucus conservateur pour avoir son appui, faire attention à la mise en valeur de son passé politique et agir de façon prudente lorsqu’il sera question de tenter de réconcilier les Blue Tories et les Red Tories sans dire tout et son contraire. Il ne s’agit que d’une liste non-exhaustive des défis auxquels elle devra faire face si elle veut se lancer en politique fédérale.

À présent, elle n’a pas signifié son intention de se lancer en politique fédérale, donc il faut être prudent quant aux prédictions et spéculations. Il n’est pas question ici de prédire, mais d’expliquer afin d’éviter une répétition des erreurs du passé.

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Nicolas Drolet
Nicolas Drolet
Nicolas est politologue de formation, étant détenteur d’un baccalauréat en Science politique à l’Université Laval. Il est actuellement étudiant au baccalauréat en Communication publique à la même université. Il s’intéresse à la politique fédérale et à la communication politique.

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