L’ancien chef conservateur Erin O’Toole a été nommé au Conseil consultatif sur les relations canado-américaines le 23 avril 2026. M. O’Toole a dirigé le parti de 2020 à début 2022, soit le chef élu le plus bref de l’Histoire du Parti conservateur du Canada. À cela, il faut se demander s’il n’y aura pas de réhabilitation médiatique en sa faveur et ce que cela en dit de la part des principaux médias.
Pourquoi la réhabilitation médiatique ?
La réhabilitation médiatique est un processus consistant à ce qu’un ancien politicien se fasse encenser dans les principaux médias après avoir été détesté par ces derniers. Ce fut notamment le cas de l’ancien Premier ministre canadien Brian Mulroney. Avec tout le respect que j’éprouve envers M. Mulroney, il a été rapidement réhabilité afin de pouvoir antagoniser davantage le chef du Parti conservateur du Canada nouvellement fondé, qui était Stephen Harper à l’époque. En somme, il s’agit d’encenser les anciens chefs de partis pour qu’ils puissent jouer le rôle de « belle-mère » envers la manière dont le parti est actuellement géré.
En ce sens, il importe d’ajouter que tout chef conservateur n’est aimé qu’après la vie politique. En ce sens, les chefs conservateurs en exercice seront toujours détestés par les médias. Erin O’Toole en a lui-même fait l’expérience lors de son bref séjour à la barre du parti.
Erin O’Toole le Bref
Erin O’Toole est le chef élu étant resté en poste le moins longtemps dans l’histoire du Parti conservateur du Canada depuis sa fondation en 2004. Son passage à la chefferie a notamment été marqué par sa difficulté à maintenir une position pendant plusieurs semaines. Il n’était point cohérent. Cela s’est notamment manifesté lors de la manifestation du Convoi de la Liberté à Ottawa en février 2022. Au départ de cette histoire, il avait refusé d’aller rencontrer les camionneurs, puis avait changé d’avis quelques jours plus tard pour finalement accepter de les rencontrer. Son incapacité de cohérence provoqua sa chute, étant donné qu’il se fit évincer de son parti par le caucus en février 2022, devenant une première dans l’histoire du parti. Même les Red Tories ne voulaient plus de lui.
En campagne électorale, ce ne fut guère mieux. Le chef conservateur de naguère avait démontré son incapacité à sortir de sa fameuse cassette : « Je suis un nouveau chef ». Cette phrase avait été répétée ad hominem du début de sa chefferie à la fin de la campagne électorale. S’ensuivirent des erreurs flagrantes de stratégie politique. La première de ces erreurs fut de déployer un candidat dit vedette à saveur économique, à savoir Vincent Duhamel, dans la circonscription de Brome-Missisquoi. Cette circonscription était un bastion libéral et M. Duhamel n’avait obtenu que 16,2 % des voix. Cette campagne électorale fut une grande débâcle pour le Parti conservateur, qui n’obtint que 119 sièges, perdant aussi l’opportunité de gagner deux sièges de plus au Québec, à savoir Beauport-Limoilou et Trois-Rivières. M. O’Toole avait fait le pari d’aller davantage vers l’électorat libéral, quitte à perdre la base électorale conservatrice, ce qui permit au Parti populaire du Canada de Maxime Bernier d’atteindre plus de 10 % des votes.
L’hypocrisie médiatique
La nomination de M. O’Toole au Conseil consultatif sur les relations canado-américaines serait l’opportunité flagrante pour les principaux médias pour le réhabiliter pour antagoniser davantage l’actuel chef Pierre Poilievre. D’une, ce ne serait point surprenant de leur part qu’ils le fassent et de deux, cela en dirait long sur leur intégrité réelle.
Un exemple assez édifiant du traitement médiatique d’Erin O’Toole lors de sa chefferie est à apporter. En hiver 2021, une vidéo datant de la course à la chefferie d’Erin O’Toole refait surface dans les médias. Cette vidéo présente un Erin O’Toole joyeux présentant une toilette chimique bleue comme étant « le nouveau bureau de Justin Trudeau ». Cette vidéo fut présentée dans le cadre de l’émission 24/60 animée par la pétillante Anne-Marie Dussault. Sur le panel furent présents la chroniqueuse Hélène Buzzetti, Michel David du journal Le Devoir et Paul Wells. La réaction fut unanime parmi les panellistes, qu’il s’agissait d’une blague de mauvais goût, immature et indigne d’un chef de parti. Le ton des réactions était tel qu’il était légitime de se demander s’ils ne dénonçaient pas un crime d’État. Il importe de ne pas se faire de cachettes, si Justin Trudeau avait fait une blague similaire à l’égard de Stephen Harper jadis, le ton de ces chroniqueurs aurait été largement différent.
Il faut même ajouter que La Presse, au moment de la nomination de l’ancien chef conservateur, avait encensé Erin O’Toole, notamment en publiant un article à propos de ce dernier. En effet, M. O’Toole avait enjoint M. Poilievre à se modérer et à penser à long terme en ce qui concernait les relations canadiennes-américaines.
Cette possibilité de réhabilitation soulève des questions notamment à propos de la malhonnêteté intellectuelle de la part des principaux médias concernant les anciens chefs conservateurs. Cela donne l’impression que puisqu’il a été nommé par le Premier ministre Mark Carney, tous les propos que ces mêmes médias ont tenus à son propos lorsqu’il était chef conservateur n’existaient plus. Il ne faut pas croire que ces médias réhabilitent symboliquement d’anciens chefs conservateurs par bonté de cœur, ils le font par pure manœuvre politique pour tenter de faire mal paraître davantage l’actuel chef conservateur.


