Chaque printemps, la facture nous rattrape sans prévenir.
Tu roules sur une route que tu prends depuis des années, et soudain : bang! Un nid-de-poule que tu n’avais pas vu. Un pneu crevé, une jante abîmée, et 500 $ à 800 $ qui sortent directement de ton portefeuille. Le stress, le temps perdu, et cette impression que ton argent disparaît pour rien.
Tout le monde finit par payer : par nos réparations d’auto, par nos impôts ou par nos assurances qui augmentent.
Pourtant, les sommes investies sont importantes. Le Plan québécois des infrastructures (PQI) 2026-2036 prévoit 167 milliards de dollars sur 10 ans. Pour les routes seulement, cela représente environ 1 800 $ à 2 200 $ par habitant sur 10 ans, ou près de 7 000 $ à 9 000 $ par famille de quatre personnes.
Malgré ces montants, près de la moitié des chaussées provinciales sont en mauvais ou très mauvais état. Le déficit de maintien des routes atteint 24,5 milliards de dollars, et il continue d’augmenter.
On ne manque pas d’argent pour nos routes. On manque surtout de stratégie et de priorisation.
Il faut aussi reconnaître que notre façon de concevoir et de construire les routes doit être revue. Mais le défi le plus urgent aujourd’hui est d’arrêter la dégradation et de maintenir nos routes fonctionnelles pendant cette transition. Retourner au gravier serait un recul qu’on ne peut pas accepter.
Le vrai problème, c’est la façon dont on dépense cet argent. Trop souvent, on attend que les trous soient formés pour les boucher avec des patchs temporaires qui durent deux ou trois ans et qui reviennent sans cesse. Ces réparations d’urgence coûtent cher et ne règlent rien en profondeur.
Dans une shop, on n’attend pas que la machine brise pour mettre de l’huile. Pourquoi on accepte ça pour nos routes ?
Une meilleure façon de faire serait d’intervenir plus tôt : sceller les fissures et faire un resurfaçage léger sur les routes encore en bon ou moyen état, avant que les petits dommages deviennent de gros nids-de-poule. Selon plusieurs études en gestion d’infrastructures, sceller une fissure coûte souvent 10 fois moins cher que de réparer un vrai trou plus tard.
Sur les 10 prochaines années, cette approche donnera des résultats concrets. Dans les premières années, on verra déjà moins de nouveaux trous apparaître sur les routes prioritaires. Avec le temps, ces routes resteront stables plus longtemps, on réduira les réparations d’urgence, la pression sur la main-d’œuvre diminuera et la hausse des prix ralentira.
Cette priorité peut être changée dès aujourd’hui, sans nouvelle taxe. Il suffit de mieux utiliser les budgets que nous avons déjà : prioriser l’entretien préventif systématique plutôt que les patchs temporaires qui nous coûtent si cher.
Si on adoptait cette approche sérieusement, on pourrait avoir des routes en bien meilleur état sans dépenser davantage. Et à long terme, on pourrait même réduire la pression sur les budgets publics.
Tout le monde y gagnerait : moins de factures surprises pour nos véhicules, moins de temps perdu sur la route, et une utilisation plus responsable de l’argent que nous payons tous.
On ne pourra peut-être pas éviter tous les nids-de-poule.
Mais on peut arrêter de payer pour les mêmes, année après année.


