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Réplique à Alain Rayes : Non, ce qui se passe actuellement n’a rien de normal

Non, tous les transfuges ne se valent pas.

Et contrairement à ce qu’avance Alain Rayes dans sa récente chronique dans le quotidien La Presse, ce qui se passe présentement à Ottawa n’a rien d’une simple répétition du passé.

Depuis plusieurs semaines, un narratif s’impose.

On nous explique que l’indignation serait hypocrite.

Que tous les partis font la même chose.

Que c’est de la faute de Pierre Poilievre.

Très bien.

Sur un point, c’est vrai.

Oui, l’indignation politique est souvent à géométrie variable.

Oui, quand un parti gagne un transfuge, il parle de conviction.

Quand il en perd un, il parle de trahison.

Mais s’arrêter là, c’est éviter le cœur du problème.

Ce que l’on voit actuellement n’a rien d’un simple changement d’allégeance motivé par des convictions personnelles.

On assiste à un précédent inquiétant.

Appelons les choses par leur nom : du maraudage politique et du détournement démocratique.

Du maraudage assumé par le parti au pouvoir, celui de Mark Carney, dont l’équipe travaille activement à faire changer des députés de camp pour consolider sa majorité.

Une majorité que les électeurs ne lui avaient pas donnée lors de la dernière élection.

À partir de là, une question devient inévitable :

Sommes-nous encore dans la liberté de conscience… ou dans une forme d’opportunisme politique organisé ?

Prenons le cas de Marilyn Gladu.

Elle raconte au journal The Observer que lorsqu’elle a été réélue en 2025, elle a envoyé au ministre du Logement et de l’Infrastructure une liste des besoins pour son comté. Résultat ? Ça allait nulle part.

Mais une fois rendue chez les Libéraux, elle indique avoir reçu très vite un appel de ce même ministre voulant discuter avec elle des besoins de sa circonscription.

Ce genre de séquence soulève une question légitime :

Sommes-nous devant des convictions… ou devant un système où l’accès dépend de l’allégeance politique ?

Ajoutons à cela le timing de certains transferts, qui coïncide non seulement avec les visées arithmétiques du gouvernement, mais aussi avec des objectifs stratégiques évidents tels qu’affaiblir l’opposition et améliorer l’image du parti au pouvoir.

À un moment donné, ce n’est plus anodin.

Et c’est précisément là que l’analyse d’Alain Rayes manque sa cible.

À force de dire que tout le monde fait pareil, on finit par excuser n’importe quoi.

Or, toutes les situations ne se valent pas.

On tente, par exemple, de comparer ces cas à celui de Maïté Blanchette Vézina.

Mais la comparaison ne tient pas.

Elle a quitté la CAQ, le parti majoritaire au pouvoir.

Elle a siégé comme indépendante pendant plusieurs mois.

Elle a ainsi perdu pouvoir, influence et avantages.

Et elle a ensuite rejoint le Parti conservateur du Québec, une formation politique sans représentation à l’Assemblée nationale.

Ce n’est pas du tout la même chose que de traverser directement vers le parti au pouvoir, au moment précis où ce dernier a besoin de renforts pour se tricoter une majorité, modifiant ainsi le résultat global de la dernière élection.

Comparer les deux, c’est comparer des pommes avec des raisins.

Il faut aussi parler de cohérence, mais dans les deux sens.

Depuis des mois, on a vu s’installer un discours médiatique où Pierre Poilievre devient systématiquement la cible.

Comme si le problème dans cette histoire était celui qui dénonce.

Je m’excuse, mais ce raisonnement ne tient pas.

Dans une démocratie, le problème n’est jamais celui qui questionne le pouvoir.

C’est celui qui agit.

Et ce que ces transfuges révèlent, ce n’est pas seulement une incohérence politique.

C’est une sérieuse question d’intégrité.

Quand un député change de camp du jour au lendemain, sans rupture claire avec ses positions passées, cela en dit long.

Sur lui ou elle, d’abord.

Mais aussi sur le parti qui l’accueille.

Dans le cas de Marilyn Gladu, la contradiction est encore plus frappante.

En 2014, sous Justin Trudeau, le Parti libéral a instauré une règle qui exclut tout candidat ayant des positions pro-vie.

Or, elle a elle-même tenu de façon très vocale et assumée ce type de position.

Pourquoi, soudainement, cette règle ne s’applique plus ?

Parce que quand c’est utile, les principes deviennent flexibles.

Et c’est précisément ce genre de double standard qui alimente le cynisme.

Pas le fait de le dénoncer.

Si ces transferts sont aussi légitimes qu’on le prétend…

Si cette majorité reflète réellement la volonté populaire…

Alors, pourquoi éviter les électeurs ?

Pourquoi ne pas retourner devant eux, tout simplement ?

Parce qu’au fond, ce qui se joue ici, ce n’est pas un débat de principes.

C’est un test d’intégrité.

Oui, un député devrait pouvoir changer d’allégeance.

Mais pas sans rendre de comptes.

Pas sans assumer ce choix devant ceux qui l’ont élu.

Parce qu’un siège, ce n’est pas une propriété personnelle.

C’est un mandat.

Et aujourd’hui, ce mandat est contourné.

À force de normaliser ces pratiques, on ne fait pas que nourrir le cynisme.

On l’institutionnalise.

Et le jour où plus personne ne fera confiance au système…

Il sera trop tard pour faire semblant de ne pas comprendre pourquoi.

Ce texte est en réponse à la chronique de Alain Rayes publiée le 22 avril 2026 dans le quotidien La Presse, que vous pouvez lire ici : https://www.lapresse.ca/dialogue/chroniques/2026-04-22/transfuges/l-indignation-a-geometrie-variable.php

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Josh Seanosky
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