Depuis quelques jours, une mesure pourtant simple provoque une levée de boucliers dans une certaine élite médiatique.
Le 14 avril, le gouvernement fédéral de Mark Carney a annoncé la suspension de la taxe d’accise fédérale sur l’essence. Résultat : environ 10 cents de moins le litre pour l’essence, 4 cents pour le diesel.
Pas de quoi appeler sa mère, certes.
Mais un répit bien réel pour des millions de gens.
Et pourtant, dans les médias traditionnels, la réaction est largement critique.
On nous explique que c’est irresponsable. Mauvais pour l’environnement. Mauvais pour les finances publiques. Que l’État se prive de 2,4 milliards en revenus. Que les citoyens devraient plutôt « changer leurs comportements », etc.
Bref, encore une fois, la morale.
Toujours la morale.
Mais à peu près jamais pour les bonnes raisons.
Parce que ces mêmes commentateurs, ces mêmes chroniqueurs, ces mêmes « experts » parlent très peu des déficits colossaux accumulés année après année et de la dette publique fédérale qui a plus que doublé sous les Libéraux depuis 2015.
Mais pour quelques cents à la pompe, soudainement, ils deviennent des gardiens rigoureux des finances publiques.
Difficile de ne pas voir l’incohérence.
Et encore plus difficile de ne pas voir l’hypocrisie.
Parce que derrière ce discours, il y a une réalité simple.
Ces gens-là ne vivent pas comme vous.
Ils vivent, pour la plupart, sur l’Île de Montréal où tout est accessible. Métro. Autobus. Pistes cyclables. Services à distance de marche. Un mode de vie où la voiture est optionnelle… voire même un encombrement.
Mais sortez de ces centres urbains.
Allez en banlieue. En région.
La réalité change complètement.
La voiture n’est pas un luxe.
C’est une nécessité.
Pour travailler. Pour aller porter les enfants. Pour faire l’épicerie. Pour vivre, tout simplement.
Alors ils vous parlent de votre consommation d’essence comme si c’était un caprice.
Comme si vous aviez le choix.
Comme si vous étiez le problème.
Mais, pire encore, certains vont jusqu’à minimiser l’impact des prix. Comme si ce n’était « que » quelques dizaines de dollars de plus.
Comme si c’était insignifiant.
Comme si l’essence ne touchait que votre réservoir.
C’est faux.
Le carburant, c’est la base de tout.
Le transport. La nourriture. Les biens de consommation.
Quand le prix du carburant augmente, c’est toute l’économie qui suit.
Chaque produit que vous achetez est affecté.
Chaque facture augmente.
Et pourtant, cet effet réel est presque toujours évacué du discours.
Regardez simplement ce que vous payez.
Sur un seul litre d’essence au Québec, entre 60 et 70 cents partent directement en taxes.
Taxe d’accise fédérale. Taxe carbone. Taxe du Québec. TPS. TVQ.
Sur un plein de 60 litres, c’est facilement entre 35 et 40 $ en taxes.
Et ce n’est pas tout.
Les taxes de vente s’appliquent sur le prix complet… incluant les autres taxes.
Autrement dit, vous payez des taxes sur des taxes.
Avant même de parler du pétrole, une énorme partie de ce que vous payez à la pompe va directement à l’État.
Mais quand on vous accorde un léger répit, on vous dit que c’est une erreur.
Que vous devriez payer plus.
Que c’est pour votre bien.
Et si vous n’êtes pas d’accord, c’est que vous manquez de conscience.
Ce discours n’est pas seulement déconnecté.
Il est foncièrement méprisant.
Méprisant envers ceux qui n’ont pas le luxe de vivre dans un centre urbain dense.
Méprisant envers les familles.
Méprisant envers tous ceux qui travaillent, se déplacent, consomment… dans le monde réel.
On vous fait la leçon.
On vous culpabilise.
On vous explique comment vous devriez vivre.
Mais on ne cherche pratiquement jamais à comprendre votre réalité.
Alors oui, il faut le dire clairement.
Ce n’est pas un débat sur l’essence.
C’est un débat sur VOUS.
VOTRE mode de vie les dérange.
VOTRE réalité ne cadre pas avec leur vision utopique du monde.
Alors ils ne cherchent pas à vous comprendre.
Ils cherchent à vous changer.
Parce qu’au fond, ils sont convaincus d’une chose :
Le problème, ce n’est pas eux.
C’est VOUS.
Ces élites moralisatrices sont, en réalité, les « Khmers verts » de notre époque.
« Méfiez-vous des gens qui disent aimer le peuple, mais qui détestent tout ce que le peuple aime. »


