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Fédéraliste de raison

Je ne vais pas surprendre grand monde : je suis fédéraliste. Cependant, mon opposition à la souveraineté ne vient pas d’un amour inconditionnel envers le Canada. Au contraire, elle provient de ma volonté de faire preuve de réalisme. Ainsi est-il important de détailler les raisons de cette opposition. Avant d’aller plus loin, il importe de dire qu’aucun argument pour inciter à la peur, tel que « PSPP veut vendre le Québec à Trump », comme a pu le dire une certaine ministre fédérale, ne sera utilisé dans le cadre de cet argumentaire.

L’économie : entre continuité et fantaisie

La vision de l’économie présentée par le camp souverainiste est une des principales raisons de mon opposition au projet mis de l’avant par PSPP et une certaine partie de Québec solidaire. Depuis plusieurs décennies, que ce soit sous la gouvernance libérale ou péquiste, il y a eu une mauvaise gestion de l’économie (à l’exception du passage de Philippe Couillard à la tête du gouvernement de 2014 à 2018). Cette mauvaise gestion de l’économie se traduit par des subventions aux entreprises pour des mégaprojets qui n’aboutissent souvent pas, comme l’avait si souvent bien rappelé l’économiste Vincent Geloso. Cela s’appelle le corporatisme, et ce modèle de gestion est défendu depuis des décennies par tous les partis qui ont gouverné le Québec, du PLQ à la CAQ en passant par le PQ. L’ancien ministre de l’Environnement Daniel Breton avait même défendu ce modèle devant le professeur Geloso en déformant des citations et en plaidant qu’il fonctionnait depuis plus de 100 ans.

D’ailleurs, le PQ est aujourd’hui scandalisé à la suite du rapport de la Vérificatrice générale concernant les mégaprojets comme Northvolt, Lion Électrique ou encore Némaska-Lithium. Or, ce parti avait soutenu le projet Lion Électrique, le chef péquiste ayant souligné que « l’hydroélectricité était le fer de lance de notre économie ».

Le chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon, avait promis en 2026 de cesser de subventionner les multinationales étrangères, mais n’en a pas dit autant sur les entreprises québécoises. Ainsi, peut-on réellement être rassuré, malgré le fait qu’il ait prétendu que, selon lui, « le rôle du gouvernement est de se tasser du chemin » ? Il est raisonnable d’en douter.

D’autres questions subsisteront, telles que celle de savoir si le dollar canadien sera gardé ou si le Québec créera sa propre monnaie. De plus, la difficulté de remettre en question le modèle de gestion actuellement en vigueur rend quasi impossible tout changement. Je me dois d’admettre qu’il est difficile de suivre ce que les leaders du camp du Oui veulent vraiment comme modèle de gestion.

Manque de vision à long terme

Ce qui nuit principalement au PQ (et au camp souverainiste) est le manque de vision à long terme, c’est-à-dire ce qui se passera advenant que le référendum passe. En effet, les tenants du camp souverainiste, face à ces questionnements, demandent aux Québécois une « totale confiance », ou encore « qu’on verra après ». Cela a tendance à davantage inquiéter que rassurer.

Que veut-on faire advenant que le référendum passe ? Un État unitaire ? Une république socialiste ? On ne le sait pas. Certes, le chef péquiste dit que le Québec doit devenir une république, mais il ne stipule pas si ce sera un État unitaire comme la France ou une république décentralisée comme aux États-Unis. Il ne semble pas y avoir de plan réel pour faire contrepoids au régime fédéral constitué au Canada.

En passant, j’admets que le fédéralisme tel que pratiqué actuellement par les libéraux fédéraux relève, tel que le qualifie si bien Éric Duhaime, du « fédéralisme toxique », c’est-à-dire un fédéralisme centralisateur qui a tendance à interférer dans les décisions des provinces. Mais le Québec a une fâcheuse tendance à vouloir faire grossir sa machine bureaucratique. On reproche au fédéral ce qu’on fait au provincial. En tant que conservateur, cela a tendance à m’horripiler.

De plus, il est légitime de se demander si les tenants du camp souverainiste auraient l’intention de rédiger une constitution avant la fin du référendum pour réduire un peu l’incertitude, ainsi que certaines ébauches de réformes pour bien démarrer un éventuel Québec souverain.

La rhétorique divisive

Le projet souverainiste, bien que je n’y adhère pas, part d’une bonne intention. Il a pour ambition d’unir les Québécois dans le but de faire émerger de leur province un pays. Or, les tenants du camp souverainiste ont tendance à se tirer dans le pied avec une rhétorique qui divise plus qu’elle n’unit.

Lorsqu’on veut utiliser une rhétorique, il faut se demander qui en est la cible. Lorsqu’on parle de triche au référendum de 1995, de passeport québécois ou de la nouvelle monnaie québécoise, parle-t-on aux électeurs moyens ou aux électeurs convaincus et qui voteront déjà « Oui » ? Je penche pour la deuxième option, car si on nous dit qu’il y aura triche au troisième référendum, à quoi cela serait-il utile de se mobiliser pour voter « Oui » ? Je doute aussi que les électeurs moyens se sentent visés par le passeport québécois présenté par PSPP à l’occasion de la Fête de la Saint-Jean-Baptiste de 2023. La publication du Livre bleu de PSPP permet de poser la question suivante : qui en est le destinataire ? Les militants ou les électeurs moyens ?

De plus, M. Blanchet a utilisé une vieille rhétorique véhiculée par d’anciens candidats du PQ prétendant que les fédéralistes « ne sont pas québécois, ils sont canadiens ». Or, il faut admettre que beaucoup de gens qui votaient jadis pour le Bloc québécois ont voté pour le Parti libéral du Canada lors des élections fédérales de 2025. Il ira même jusqu’à affirmer qu’il n’y a aucune racine conservatrice chez le Bloc québécois, alors qu’un de ses députés actuels, à savoir Louis Plamondon, a commencé sa carrière politique comme progressiste-conservateur sous Mulroney et que même le fondateur de son propre parti, à savoir Lucien Bouchard, était un progressiste-conservateur. Il s’agit donc d’une volonté de rejeter la droite.

Pour ce qui en est de PSPP, il cherche à attirer la droite au PQ tout en tirant à boulets rouges sur le PCQ d’Éric Duhaime. Or, il y a des souverainistes de droite (et pas seulement sur l’immigration) qui seraient prêts à voter « Oui » dans un référendum sur la souveraineté. De plus, l’argument avancé par beaucoup de militants souverainistes stipulant que « ce sera seulement dans un Québec souverain qu’il pourrait y avoir un gouvernement conservateur » est complètement bidon, car si déjà, en tant que province, nous rejetons le PCQ comme possible parti de gouvernement, j’ai du mal à comprendre comment le PCQ pourra davantage accéder au pouvoir si le Québec devenait indépendant.

Ainsi, le camp souverainiste cherche plus à mobiliser sa base que les hésitants, ce qui lui nuit.

À retenir

Certes, le fédéralisme tel que pratiqué par Mark Carney et ses sbires n’est pas parfait. Je l’ai critiqué à maintes reprises dans de précédentes chroniques. En revanche, l’idée d’un Québec souverain me semble un peu vague, un peu floue. Le projet, au lieu d’unir, semble plus diviser par une rhétorique tenue par les représentants du camp du « Oui ». De plus, j’ai du mal à voir en quoi la vision économique du camp du « Oui » pourrait différer de celle qui sévit au Québec depuis des décennies et bien d’autres sujets.

Ainsi, tant de questions laissées sans réponses amènent à autant d’incertitudes. Ma vision des choses se rapproche davantage du fédéralisme décentralisateur tel que proposé par les chefs conservateurs provincial et fédéral Éric Duhaime et Pierre Poilievre que d’un Québec souverain dont on sait à peine quelle forme il prendra. La raison me pousse à choisir le fédéralisme plutôt que le souverainisme.

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Nicolas Drolet
Nicolas Drolet
Nicolas est politologue de formation, étant détenteur d’un baccalauréat en Science politique à l’Université Laval. Il est actuellement étudiant au baccalauréat en Communication publique à la même université. Il s’intéresse à la politique fédérale et à la communication politique.

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