Les appels WhatsApp aux Émirats arabes unis illustrent jusqu’où un État peut aller lorsqu’il décide quels services de communication ses citoyens peuvent utiliser. Imaginez arriver dans un pays ultramoderne, avec des gratte-ciel futuristes, un Internet rapide… et pourtant, impossible de faire un appel vidéo via WhatsApp, FaceTime ou Messenger. Les messages texte, les photos et les notes vocales passent sans problème. Mais dès que vous essayez d’avoir une conversation en temps réel, l’appel échoue.
Ce n’est pas un bug. C’est une politique délibérée.
Aux Émirats arabes unis, les appels vocaux et vidéo de plusieurs applications grand public, dont WhatsApp, FaceTime et Messenger, sont bloqués sur les réseaux des fournisseurs d’accès locaux. Seuls certains services VoIP autorisés ou licenciés par l’autorité de régulation peuvent être utilisés. En d’autres mots, si vous voulez faire des appels vidéo, vous devez utiliser certaines applications approuvées.
Les raisons officielles sont d’abord réglementaires : aux Émirats, les services de téléphonie sur Internet sont soumis à un régime de licences et de contrôle par l’autorité de régulation. Il est souvent avancé que les exigences de sécurité et d’interception des communications jouent également un rôle dans cette politique. Le résultat demeure le même : un service de communication chiffré et non autorisé ne peut tout simplement pas être offert librement aux consommateurs.
C’est évidemment inquiétant, mais pas vraiment surprenant de la part d’un gouvernement qui ne se caractérise pas par son caractère démocratique.
De plus, les appels internationaux et les services VoIP représentent une activité commerciale importante pour les opérateurs de télécommunications. Les services autorisés sont intégrés au cadre réglementaire et commercial existant, alors que les appels gratuits ou très bon marché offerts par des applications mondiales peuvent directement concurrencer une partie de ces services. Les appels WhatsApp aux Émirats arabes unis sont ainsi un bon exemple des effets concrets d’un marché fortement réglementé.
Le résultat pour le consommateur est simple : moins de choix, des solutions parfois payantes imposées par le cadre réglementaire et une friction permanente pour quelque chose qui, ailleurs dans le monde, est gratuit et normal.
Le protectionnisme limite les choix et nuit aux consommateurs
Ce qui se passe aux Émirats n’est pas une singularité culturelle ou sécuritaire isolée. C’est aussi un exemple particulièrement frappant d’une forme de protectionnisme économique : l’État crée ou maintient des barrières qui limitent la concurrence et protègent les positions d’acteurs établis, ici dans un marché dominé par deux grands opérateurs.
Le protectionnisme, qu’il prenne la forme de licences exclusives, de quotas, de subventions ou de réglementations techniques, peut avoir le même effet : il réduit la concurrence, freine l’innovation et fait payer le prix aux consommateurs.
Les gagnants sont les producteurs protégés et ceux qui contrôlent les permissions. Les perdants sont ceux qui veulent simplement le meilleur produit au meilleur prix.
Dans une optique libérale, le consommateur est souverain. Ce n’est pas à l’État de décider quelles applications méritent d’exister sur le marché ni de garantir des revenus à des entreprises favorisées.
La concurrence, même imparfaite, pousse les entreprises à baisser les prix, à améliorer la qualité et à innover. Le protectionnisme fait souvent l’inverse : il crée de la rareté artificielle et de l’inertie.
Le parallèle québécois
Cette histoire, ça vous rappelle quelque chose au Québec?
Le Québec a connu sa version de ce phénomène. Pendant une grande partie du XXe siècle, Bell Canada a disposé d’une position dominante dans les services téléphoniques au Québec et en Ontario, dans un secteur fortement réglementé. La concurrence était limitée et les consommateurs avaient peu d’alternatives.
La déréglementation progressive des années 1980 et 1990 et l’arrivée de nouveaux acteurs ont amélioré la situation. Pourtant, le marché canadien des télécommunications reste dominé par un oligopole composé principalement de Bell, Rogers et Telus, avec Vidéotron comme concurrent régional important au Québec.
Les prix des services sans fil et Internet demeurent élevés par rapport à ceux observés dans plusieurs autres pays développés, et les plaintes concernant le service à la clientèle sont loin d’avoir disparu.
Les tentatives de protéger les « fleurons », de favoriser les entreprises établies ou de freiner l’entrée de nouveaux concurrents peuvent reproduire une logique similaire à celle observée aux Émirats : préserver les positions des joueurs en place au détriment du choix et du pouvoir d’achat des citoyens.
L’ouverture à la concurrence a apporté plus d’options, de meilleures offres et une pression constante sur les prix et la qualité.
Les leçons pour le Québec
Le Québec devrait tirer une leçon claire de tout cela.
Le protectionnisme, qu’il se justifie par la « sécurité culturelle », la « souveraineté numérique », le « nationalisme économique » ou la défense des emplois dans des entreprises établies, peut finir par limiter les choix des consommateurs et par renchérir les services.
Dans les télécommunications comme ailleurs, la meilleure protection des citoyens n’est pas nécessairement un régulateur qui décide quelles technologies sont autorisées, mais un marché suffisamment ouvert où les entreprises doivent se battre pour séduire les clients.
Cela implique de résister aux appels protectionnistes, de faciliter l’entrée de nouveaux acteurs, y compris étrangers, de réduire les barrières réglementaires inutiles et de cesser de traiter les consommateurs comme des captifs.
Les Émirats arabes unis montrent, de façon extrême, ce qui peut arriver lorsque l’État exerce un contrôle étroit sur l’accès au marché et limite les services disponibles aux consommateurs. Il n’y a aucune raison de reproduire cette logique sous quelque prétexte que ce soit.
Le libre choix des consommateurs n’est pas un luxe. C’est l’un des mécanismes les plus efficaces pour obtenir de meilleurs services à moindre coût.
Le protectionnisme, lui, est une forme de privilège accordé à quelques-uns aux dépens de tous les autres.
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