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La CAQ est-elle en danger de disparaître?

À première vue, les sondages actuels dessinent un portrait sombre pour la Coalition avenir Québec. Mais lorsqu’on regarde les agrégateurs plutôt qu’une seule enquête isolée, un constat apparaît : parmi les principaux partis, la CAQ semble aujourd’hui être celui dont les résultats potentiels présentent la plus grande amplitude.

Autrement dit, son résultat final pourrait se situer dans une fourchette inhabituellement large. Selon l’évolution de la campagne, le parti pourrait autant connaître un rebond important que subir un effondrement historique. Dans certains scénarios, il pourrait techniquement encore former l’opposition officielle. Dans d’autres, il pourrait être réduit à une poignée de députés, voire être complètement exclu de l’Assemblée nationale.

Le précédent du PCQ

Le Québec a récemment connu un exemple frappant de distorsion entre le vote populaire et la représentation parlementaire. En 2022, le Parti conservateur du Québec a récolté près de 13 % des suffrages, sans faire élire un seul député.

Le mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour peut produire ce type de résultat lorsque l’appui à un parti est réparti assez uniformément sur le territoire, plutôt que concentré dans quelques circonscriptions stratégiques.

C’est précisément cette mécanique qui pourrait, en théorie, frapper la CAQ lors du prochain scrutin.

Bien sûr, la CAQ dispose encore d’un réseau, de sympathisants, d’une marque connue et d’une machine électorale expérimentée. Ces atouts rendent peu probable un scénario où elle serait complètement rayée de la carte. Néanmoins, il n’est pas impossible d’imaginer un résultat où le parti se retrouverait avec seulement quelques députés, malgré une part appréciable du vote populaire.

Une défaite n’est pas une disparition

Même dans un scénario catastrophique où elle ne ferait élire aucun député, la CAQ ne disparaîtrait pas du jour au lendemain. Si les sondages actuels s’avèrent relativement exacts, le parti pourrait tout de même récolter autour de 20 % du vote populaire. Un tel résultat représenterait évidemment une défaite majeure pour une formation ayant gouverné pendant plusieurs années.

Or, un parti qui conserve potentiellement autant de votes ne cesse pas soudainement d’exister. Il garde une organisation, des militants, des donateurs, des bénévoles et, surtout, une certaine légitimité politique. Dans les faits, environ un cinquième de l’électorat constitue une base à partir de laquelle il est possible de reconstruire.

Si la CAQ parvenait à faire élire quelques députés seulement, elle disposerait encore d’une présence parlementaire minimale, de ressources politiques et d’une vitrine médiatique suffisante pour préparer le cycle électoral suivant. Même une équipe réduite de trois ou quatre députés pourrait servir de noyau de reconstruction.

Et même dans l’hypothèse plus extrême où aucun député caquiste ne serait élu, le parti ne se retrouverait pas nécessairement dans le désert politique. Le PCQ constitue un précédent intéressant : malgré l’absence d’élus, il a continué à développer son organisation grâce aux différentes formes de financement auxquelles les partis politiques ont accès.

Autrement dit, un mauvais résultat électoral ne signifie pas automatiquement une disparition.

Que pourrait devenir la CAQ?

C’est pourquoi il est probablement plus pertinent de réfléchir à ce que pourrait devenir la CAQ plutôt qu’à sa survie elle-même.

Après tout, les partis politiques sont souvent des véhicules. Lorsqu’ils disposent encore d’argent, d’une structure organisationnelle, d’une marque connue et parfois de quelques élus, ils deviennent des plateformes potentiellement attractives pour d’autres acteurs politiques.

L’histoire de la CAQ elle-même en est un bon exemple. La formation de François Legault ne s’est pas construite entièrement à partir de zéro. Une partie importante de son infrastructure provenait de l’Action démocratique du Québec, absorbée dans le nouveau projet politique.

Dans ce contexte, il n’est pas impossible d’imaginer qu’une future mouvance politique cherche un jour à reprendre l’appareil caquiste plutôt que de bâtir une organisation entièrement nouvelle.

Comme amateur d’histoire romaine, un parallèle me vient à l’esprit : celui d’Odoacre, en 476. Lorsqu’il a déposé l’empereur Romulus Augustule, il n’a pas simplement fait table rase de l’appareil politique romain. Il a éliminé le pouvoir impérial, mais il a conservé une grande partie des institutions et de l’administration romaines, notamment le Sénat. Il s’est donc appuyé sur les structures existantes pour exercer son propre pouvoir plutôt que de reconstruire entièrement l’État à partir de zéro.

On pourrait imaginer une situation semblable avec la CAQ. Supposons, par exemple, qu’un entrepreneur politique, disons un amateur de poutine qui aurait de grandes ambitions, décide un jour de reprendre ce qui subsiste de la CAQ pour lancer son propre mouvement. Pourquoi repartir de zéro? Si la CAQ possède encore une organisation, des militants, des ressources financières, une reconnaissance publique et une structure administrative, il pourrait être beaucoup plus simple de reprendre cette infrastructure et de lui donner une nouvelle direction.

Enfin, il ne faut pas exclure le scénario d’une fusion ou d’une absorption. Si elle devait perdre sa raison d’être actuelle, certaines de ses composantes pourraient éventuellement trouver leur place au sein d’une autre formation politique ou participer à la création d’un nouveau regroupement.

La transformation plutôt que la mort

Bref, la véritable question n’est peut-être pas de savoir si la CAQ va mourir, mais plutôt sous quelle forme elle continuera d’exister.

Les partis politiques qui réussissent à obtenir une part significative du vote populaire développent généralement une forme d’inertie. Le simple fait qu’ils aient accès à du financement public rend leur disparition complète assez improbable. Faire naître un parti et le porter au pouvoir est une tâche colossale. Faire disparaître un parti qui a gouverné l’est peut-être tout autant.

La disparition complète de la CAQ n’est donc pas une conséquence automatique d’une défaite historique. Le scénario le plus probable n’est peut-être pas sa mort, mais sa transformation.


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F.R.P. Landry
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FRP Landry, enseignant de formation et diplômé de l’UQAM, travaille dans le domaine de la paie canadienne depuis 2005. En dehors de son expertise professionnelle, il nourrit un vif intérêt pour l’histoire, la politique, les finances personnelles et l'humour.

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