Les Plus Populaires

À lire aussi

À quoi servent encore les pancartes électorales?

En tant que citoyen engagé, j’ai posé des pancartes électorales ce week-end dans le cadre de la campagne pour les élections générales québécoises de 2026.

C’était une première pour moi. Je dois l’avouer : l’expérience s’est révélée beaucoup plus gratifiante que je ne l’aurais initialement pensé. C’était notamment une belle occasion de parcourir ma circonscription et de l’observer sous un angle complètement différent.

Jamais je n’aurais autant cherché des lampadaires et des poteaux d’Hydro-Québec afin de trouver le meilleur endroit où installer une pancarte. Comme nous sommes arrivés quelques jours après le déclenchement des élections, les emplacements les plus intéressants étaient souvent déjà occupés. Il fallait donc faire preuve d’un peu plus de créativité dans le choix des endroits.

En installant les pancartes avec mon comparse, je me suis toutefois mis à réfléchir à cette pratique qui fait partie du paysage électoral québécois depuis des décennies.

Une pancarte peut-elle vraiment changer un vote?

Je me suis d’abord demandé si les pancartes électorales étaient encore réellement pertinentes à notre époque.

Comme je le disais à mon complice pendant que nous les installions : si une personne change son vote uniquement à cause d’une pancarte électorale, elle ne vote probablement pas pour les raisons les plus solides. Un slogan, une photographie et un nom imprimés sur une affiche constituent un argument plutôt léger pour déterminer son choix politique.

On pourrait toutefois avancer un autre argument : les pancartes servent peut-être simplement à rappeler aux citoyens qu’une élection est en cours et à les inciter à aller voter.

Mais là encore, je demeure sceptique.

Si une pancarte électorale est nécessaire pour vous rappeler qu’il y a une élection, on peut raisonnablement penser que vous ne suivez pas particulièrement la politique. Et si vous ne suivez pas particulièrement la politique, il est également possible que vous n’ayez pas consacré énormément de temps à comparer les programmes, les positions et les politiques publiques proposées par les différents partis.

Je peine donc à imaginer que le simple fait de voir davantage de pancartes dans son quartier suffise, à lui seul, à faire sortir un nombre significatif d’électeurs aux urnes.

Alors, à quoi servent-elles?

Une présence dans l’espace public

C’est ici que mon expérience de cette fin de semaine m’a amené à voir les choses autrement.

Les pancartes permettent notamment à un candidat, à un parti émergent ou à une formation disposant de moyens financiers plus limités d’occuper l’espace public. Une pancarte est évidemment beaucoup moins coûteuse qu’une campagne publicitaire dans les médias traditionnels ou qu’une importante campagne numérique.

Mais leur utilité ne se limite peut-être pas à la visibilité auprès des électeurs.

La pose de pancartes mobilise les bénévoles, structure le travail de terrain et donne aux militants une occasion concrète de participer à la campagne. On ne reste plus simplement spectateur d’une campagne électorale : on contribue physiquement à sa présence dans la circonscription.

Faut-il pour autant les interdire?

Si l’effet direct des pancartes sur le choix électoral est probablement limité, et si elles ne constituent certainement pas le meilleur moyen de convaincre quelqu’un de la pertinence d’une politique publique, ne serait-il pas plus simple de les interdire?

Après tout, elles représentent tout de même une consommation de matériel et de ressources, et l’on peut imaginer qu’elles ne sont pas particulièrement bénéfiques pour l’environnement. On pourrait donc être tenté de considérer les pancartes électorales comme une vieille habitude dont on pourrait se débarrasser, particulièrement à une époque où une grande partie de la communication politique se fait sur Internet.

Même les partis qui accordent une grande importance aux questions environnementales utilisent des pancartes. C’est compréhensible : un parti qui déciderait unilatéralement de s’en priver pourrait se retrouver moins visible que ses adversaires.

Mais avant d’interdire une pratique, encore faut-il déterminer si elle constitue réellement un problème suffisamment important pour justifier une telle mesure.

Sur le plan environnemental, le portrait est d’ailleurs probablement moins catastrophique qu’on pourrait le croire.

Au Québec, la plupart des pancartes électorales sont fabriquées à partir de plastique ondulé de type Coroplast. Selon Élections Québec, ce matériau est réutilisable et recyclable. Les pancartes doivent par ailleurs être retirées au plus tard 15 jours après le scrutin.

Cela signifie que leur utilisation ne conduit pas nécessairement à un simple aller-retour entre l’imprimerie et le dépotoir. Une pancarte peut être récupérée, recyclée ou même réutilisée lors d’une campagne ultérieure, lorsque les conditions applicables sont respectées. Élections Québec reconnaît d’ailleurs explicitement la possibilité de réutiliser des affiches provenant d’une élection précédente.

Évidemment, cela ne signifie pas que leur production et leur transport n’ont aucun impact environnemental. Ils en ont un.

Mais si notre objectif est réellement de réduire l’empreinte environnementale d’une campagne électorale, il faudrait probablement regarder l’ensemble de ses activités plutôt que de concentrer notre attention uniquement sur les pancartes : déplacements des chefs et des candidats, véhicules des équipes de campagne, déplacements des bénévoles, événements, impression de matériel promotionnel et infrastructure numérique nécessaire à la publicité en ligne, entre autres.

Toute activité humaine a une empreinte environnementale, et l’utilisation des pancartes lors d’élections ne fait pas exception. La question pertinente n’est donc pas nécessairement de savoir si une activité produit des émissions, mais plutôt de déterminer l’importance de celles-ci et si leur réduction justifie de restreindre une activité par ailleurs légitime.

Dans le cas des pancartes électorales, il me paraît donc difficile de considérer leur impact environnemental, pris isolément, comme un argument suffisant pour justifier leur interdiction.

Une vieille pratique qui conserve une fonction

Il existe également une différence intéressante entre les pancartes installées sur les terrains publics et celles qui se retrouvent sur des terrains privés.

Lorsqu’un propriétaire accepte volontairement d’installer une pancarte sur son terrain, le geste constitue une forme d’expression politique beaucoup plus personnelle. Il ne s’agit plus simplement d’une équipe de campagne qui a occupé un espace disponible : quelqu’un accepte d’afficher publiquement son appui devant ses voisins.

À mon avis, cet effet peut être particulièrement intéressant pour les partis moins connus.

Une pancarte sur une pelouse ne dit pas seulement : « Ce candidat existe. » Elle peut aussi transmettre implicitement un autre message : « Des gens du quartier vont voter pour elle ou lui; il s’agit donc d’une candidature légitime. »

Et ce signal social n’est peut-être pas complètement négligeable.

Bref, même si, en tant qu’initié de la politique, je peux trouver que l’usage des pancartes paraît anachronique, surtout à une époque où une grande partie de la population est constamment branchée, force est de constater qu’elles jouent encore un rôle dans l’exercice démocratique. Elles constituent une forme passive d’expression politique et, si un slogan peut piquer la curiosité d’une personne et l’amener à s’informer davantage sur le parti en question, c’est déjà quelque chose de gagné. Si elles peuvent également motiver les militants et renforcer leur esprit d’équipe, c’est aussi positif.

Et évidemment, si elles peuvent contribuer, même modestement, à stimuler la participation démocratique, peu importe que la raison nous paraisse parfois bien mondaine, c’est probablement une bonne chose. Après tout, une démocratie vivante a besoin de citoyens engagés et, si quelques pancartes plantées au bord de la route peuvent contribuer à cet engagement, leur utilité est peut-être moins anachronique qu’elle n’en a l’air.

Autres articles sur Pilule Rouge

Faut-il mériter son droit de vote?Samuel Chabot
Une réflexion sur l’information des électeurs, l’éducation civique, la participation et la responsabilité qui accompagne l’exercice du droit de vote.

La Suède vote, le Québec s’interroge : deux élections, deux façons de fragmenter la politiqueSamuel Rasmussen
Une comparaison des institutions électorales québécoises et suédoises et de la manière dont elles transforment les votes en représentation politique.

Élections 2026 : cinq partis, cinq remèdes — et toujours le même patient, l’État québécoisSamuel Rasmussen
Le dossier électoral de Pilule Rouge consacré aux programmes, aux propositions et aux principaux enjeux de la campagne québécoise de 2026.

L’élection provinciale de 2027?F.R.P. Landry
Un autre texte de F.R.P. Landry sur les élections à date fixe, les élections anticipées et le fonctionnement du système parlementaire québécois.

Le vacarme militant et la démocratie en papier mâchéSamuel Rasmussen
Une réflexion plus large sur le débat public, l’engagement politique et la place de l’argumentation dans une démocratie.

Vous avez apprécié cette chronique ?

L'information indépendante a une valeur inestimable, mais sa diffusion a un coût. Chez Pilule Rouge, nous avons fait le choix de laisser tous nos articles en libre accès. Aucun mur de paie, aucune censure corporative.

Derrière cet article, il y a le travail d'une équipe qui opère ce site de façon 100 % bénévole et indépendante. Si ce texte vous a informé, fait réfléchir ou vous a apporté de la valeur, envisagez de soutenir notre mission.

Chaque contribution, même minime, aide directement à payer nos frais technologiques et assure la survie d'une plateforme d'information libre au Québec.

Vous ne pouvez pas faire de don pour le moment ? Aidez-nous énormément en partageant cet article sur vos réseaux sociaux !
F.R.P. Landry
F.R.P. Landryhttps://a.co/d/01ujQr8z
FRP Landry, enseignant de formation et diplômé de l’UQAM, travaille dans le domaine de la paie canadienne depuis 2005. En dehors de son expertise professionnelle, il nourrit un vif intérêt pour l’histoire, la politique, les finances personnelles et l'humour.

Du Même Auteur