Plusieurs politiciens et commentateurs se sont offusqués en chœur du message vidéo d’Éric Duhaime, filmé samedi matin alors qu’il était coincé dans la congestion causée par la fermeture du pont Pierre-Laporte. On l’accuse de « basse politique » et de profiter d’un drame humain.
Rappelons les faits.
Dans la nuit du 14 au 15 août 2026, une collision, des coups de feu et une poursuite policière ont entraîné la mort d’un suspect et la blessure d’un témoin. Le pont est resté fermé pendant des heures.
Duhaime, pris dans le trafic comme des milliers d’automobilistes et de camionneurs, a simplement filmé la réalité du moment : 45 minutes d’attente pour traverser le pont de Québec, des camions obligés de faire un détour par Trois-Rivières.
Il a rappelé que le PQ affirme qu’on n’a pas besoin d’un troisième lien pour les autos et que la CAQ veut enterrer le projet. Il a conclu en invitant à voter conservateur le 5 octobre.
Il n’a pas nommé les victimes. Il n’a pas commenté les circonstances du drame. Il n’a manqué de respect à personne.
Il a soulevé un point concret et récurrent : lorsqu’un incident majeur survient sur le seul lien autoroutier permettant de traverser le fleuve dans la région de Québec, la circulation interrives peut rapidement être paralysée.
Pourtant, l’indignation a fusé :
« Il fait de la politique sur le dos d’une tragédie ! »
Cette indignation mérite d’être confrontée à une réalité bien québécoise : au Québec, faire de la politique après un drame n’est pas une exception. C’est presque un réflexe institutionnel. Et ce réflexe est souvent récompensé.
Quelques exemples récents et concrets
- La loi interdisant la vente de boissons énergisantes aux moins de 16 ans a été adoptée en 2026, dans la foulée de la mobilisation entourant le décès de Zachary Miron, 15 ans, après avoir consommé un Red Bull en combinaison avec son médicament pour le TDAH.
- La Loi Anastasia (2007) a été nommée en mémoire d’Anastasia De Sousa, tuée lors de la fusillade au Collège Dawson. Elle restreint la possession d’armes à feu dans les écoles, les garderies et les transports publics.
- La Loi Gabie Renaud (2026) permet désormais à une personne de connaître certains antécédents de violence de son partenaire. Elle est née du féminicide de Gabie Renaud à Saint-Jérôme.
- Le projet de loi 15 de 2022, qui a profondément réformé la Loi sur la protection de la jeunesse, a été déposé dans la foulée de la mort de la fillette de Granby en 2019 et des travaux qui ont suivi.
- Les mesures de sécurisation culturelle dans le réseau de la santé ont été fortement influencées par le décès de Joyce Echaquan en 2020.
Dans chacun de ces cas, un événement tragique, isolé et profondément humain a servi de catalyseur législatif. Des politiciens de différents partis ont utilisé ces drames pour justifier l’action, accélérer des projets de loi et démontrer qu’ils « ne restaient pas les bras croisés ».
Le biais d’action est valorisé : face à un drame, il faut faire quelque chose. L’indignation devient un moteur de changement… et un capital politique.
Ces initiatives n’ont généralement pas été dénoncées comme de la « basse politique » au seul motif qu’elles trouvaient leur origine dans un drame. Au contraire, les parents, les familles et les militants
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