Voilà. Le clickbait est fait.
Maintenant qu’on a votre attention, permettez-moi de préciser quelque chose avant que les admirateurs comme les détracteurs de Duhaime commencent à écrire leurs commentaires sans avoir lu le texte : ceci n’est pas une déclaration d’amour à Éric Duhaime, encore moins une invitation à croire qu’un politicien quelconque viendra sauver le Québec.
C’est même exactement le contraire.
À quelques jours de l’élection provinciale du 5 octobre, Éric Duhaime est simplement devenu un excellent révélateur de notre culture politique. Pas tant par ce qu’il est que par les réactions que provoquent ses propositions.
Le Parti conservateur du Québec présente un cadre qui prévoit un retour à l’équilibre budgétaire en 2029-2030, accompagné d’importantes réductions de dépenses, de subventions et du fardeau fiscal. Le parti estime pouvoir dégager 47 milliards de dollars d’économies sur cinq ans, principalement par une réduction de certaines aides aux entreprises, des effectifs administratifs et de la bureaucratie.
Ce sont évidemment les projections du PCQ, pas des économies déjà réalisées et certifiées par Dieu lui-même. Elles peuvent, et doivent, être débattues.
Mais ce qui m’intéresse davantage, c’est la réaction culturelle devant l’idée même de réduire sérieusement la croissance de l’État ou certaines de ses dépenses.
À entendre certains commentaires, Éric Duhaime ne propose pas de fermer quelques robinets. Il aurait apparemment l’intention de couper l’électricité, de libérer les loups du Biodôme et de transformer le boulevard René-Lévesque en décor de Mad Max avant mardi matin.
Pourtant, regardons froidement ce qu’il propose.
Il ne veut pas abolir le système public de santé. Il ne veut pas faire disparaître l’éducation publique. Il affirme même vouloir protéger les services en santé, en éducation et en culture. Il propose parallèlement de réduire de 30 % le fardeau réglementaire des entreprises et de diminuer certains prélèvements et certaines interventions de l’État.
Autrement dit, vu de ma perspective volontariste, nous sommes très loin de la grande révolution libertarienne qu’on semble parfois imaginer.
Duhaime ne débranche pas la machine.
Il baisse légèrement le gradateur.
Et même ça, apparemment, c’est déjà terrifiant.
Le libertarien qui conserve l’État-providence
C’est probablement ce que je trouve le plus fascinant dans toute cette histoire.
On présente régulièrement Duhaime comme la grande menace libertarienne qui rôde aux frontières de notre généreux modèle social. Pourtant, son cadre demeure profondément ancré dans l’architecture politique québécoise : fiscalité obligatoire, services publics, dette souveraine, intervention gouvernementale, programmes sociaux et appareil administratif demeurent tous là.
Ce n’est pas une critique contre lui. C’est simplement un constat utile pour comprendre à quel point notre point de référence s’est déplacé.
Lorsqu’une proposition visant à réduire certaines dépenses, certaines subventions et certains règlements devient une révolution idéologique, ce n’est peut-être pas celui qui propose les réductions qui est particulièrement radical.
Peut-être que c’est notre conception de la normalité politique qui est devenue extraordinairement étroite.
Et voilà pourquoi Duhaime m’intéresse dans cet article.
Non comme sauveur, mais comme thermomètre.
Il suffit de le placer dans la pièce pour mesurer notre tolérance collective à l’idée que l’État puisse un jour faire moins.
Le résultat n’est pas particulièrement encourageant.
Cinq partis, cinq façons de gérer la même machine
Soyons quand même équitables.
Éric Duhaime n’est pas le seul à parler d’équilibre budgétaire.
Le Parti québécois prévoit atteindre l’équilibre en 2028-2029 et propose notamment 6,6 milliards de dollars de réductions de dépenses liées à la bureaucratie, tout en ajoutant environ 6,5 milliards de nouveaux engagements sur quatre ans.
Le Parti libéral prévoit pour sa part l’équilibre en 2029-2030, tout en annonçant près de 12 milliards de nouveaux engagements, financés notamment par des gains d’efficacité, des révisions fiscales et des revenus supplémentaires.
La CAQ maintient également 2029-2030 comme horizon de retour à l’équilibre, avec 9,2 milliards d’engagements électoraux.
Québec solidaire promet lui aussi l’équilibre en 2029-2030, mais choisit explicitement une autre direction : davantage de nouvelles recettes fiscales et davantage d’investissements publics. Son cadre prévoit notamment 11,8 milliards sur quatre ans en logement, 23 milliards sur dix ans en transport collectif et une taxe proposée sur les fortunes de plus de 25 millions de dollars.
Le parti revendique explicitement le choix d’un « État fort ».
Bref, tout le monde sait écrire « équilibre budgétaire » dans un communiqué.
Formidable.
Mais un budget équilibré ne répond pas à la question qui m’intéresse.
Un gouvernement pourrait parfaitement prélever 200 milliards de dollars, en dépenser 200 milliards et nous annoncer fièrement qu’il a atteint le déficit zéro.
Les colonnes sont magnifiques. Les comptables applaudissent. Le champagne peut sortir.
Il reste pourtant une petite question désagréable : pourquoi l’État devait-il contrôler ces 200 milliards au départ?
Voilà la différence entre un débat comptable et un débat politique fondamental.
Je ne demande pas simplement si l’État réussit à équilibrer ses prélèvements et ses dépenses. Je demande quelle proportion de notre travail, de nos revenus, de nos décisions et de nos responsabilités devrait légitimement passer entre ses mains.
Et là, étrangement, la conversation devient beaucoup moins populaire.
La rente, c’est toujours celle de l’autre
Tout le monde veut couper le gaspillage gouvernemental.
Demandez autour de vous. Vous trouverez probablement assez peu de militants du gaspillage public. Même au Québec, on n’a pas encore fondé le Parti officiel du chèque envoyé inutilement.
Le problème commence lorsqu’on demande ce qu’on coupe.
Les subventions aux entreprises? Évidemment.
Sauf celle dont dépend mon entreprise.
Les programmes gouvernementaux? Certainement.
Sauf celui dont ma famille bénéficie.
Les crédits fiscaux? Tout à fait.
Mais celui-là, je l’ai mérité.
La bureaucratie? Coupez-moi ça.
Mais mon organisme accomplit une mission essentielle, vous comprenez.
Les dépenses publiques? Il faut absolument les contrôler.
Mais pas l’hôpital de ma région, pas mon secteur économique, pas ma profession, pas mon programme, pas mon avantage et, surtout, pas ma rente.
C’est toujours fascinant : le gaspillage appartient au voisin.
Et c’est ainsi qu’on construit tranquillement un système dans lequel pratiquement chaque groupe possède une créance politique sur tous les autres.
Je ne prétends évidemment pas que tous ceux qui utilisent un service gouvernemental sont des parasites. Ce serait aussi faux qu’imbécile.
Je dis quelque chose de plus sérieux : nous avons créé une structure dans laquelle défendre individuellement sa dépendance à l’État peut devenir parfaitement rationnel, même si l’addition collective de toutes ces dépendances finit par devenir insoutenable.
Chaque programme a ses bénéficiaires.
Chaque subvention a son industrie.
Chaque structure a ses employés.
Chaque crédit fiscal possède quelqu’un pour expliquer pourquoi celui-ci, contrairement aux autres, est absolument indispensable à la civilisation occidentale.
Essayez ensuite de retirer quoi que ce soit.
Bonne chance.
Voilà comment naît une société de rentiers politiques : pas nécessairement par paresse individuelle, mais parce que le système récompense chacun lorsqu’il réussit à faire payer une partie de ses coûts par les autres.
La liberté, mais sans les conséquences
C’est probablement ici que mon désaccord avec la culture politique québécoise devient le plus profond.
Nous adorons le mot liberté.
Nous l’aimons beaucoup moins lorsqu’il arrive avec sa sœur moins populaire : la responsabilité.
Nous voulons être autonomes, mais nous voulons que nos risques soient socialisés.
Nous voulons davantage de prospérité, mais nous voulons protéger toutes les structures qui peuvent parfois empêcher l’adaptation économique.
Nous voulons réduire les impôts, mais pas les programmes qui les rendent nécessaires.
Nous voulons moins de dette, mais nous sommes immédiatement inquiets lorsqu’un gouvernement parle de réduire une dépense dont nous bénéficions.
Autrement dit, nous voulons souvent les fruits de la liberté tout en demandant à quelqu’un d’autre d’en assumer les risques.
Ce n’est pas particulièrement mystérieux.
C’est même humain.
Mais ce qui est humain n’est pas nécessairement soutenable.
Et c’est là que le rôle de l’État devient extrêmement pratique : il permet de transformer notre préférence personnelle en obligation collective.
Je veux un programme? Très bien.
Je n’ai pas besoin de convaincre volontairement mes voisins de le financer. Il suffit de gagner suffisamment de pouvoir politique pour que la facture devienne obligatoire.
On appelle ensuite cela solidarité.
Personnellement, j’ai toujours trouvé fascinant que la générosité devienne tellement plus facile lorsqu’on choisit soi-même la destination de l’argent de quelqu’un d’autre.
Le mur existe depuis longtemps
Le plus extraordinaire, c’est que rien de tout cela n’est nouveau.
En décembre 1996, Lucien Bouchard disait déjà à l’Assemblée nationale que le Québec avait « trop dépensé par rapport aux revenus » et « emprunté plus que ne pouvait le supporter le crédit financier du Québec ».
Après ce qu’il décrivait comme une génération de tels comportements, il affirmait que le Québec était « en bout de course » et appelait à un « sursaut de responsabilités ».
1996.
Il y a trente ans.
Ceux qui parlent aujourd’hui du mur budgétaire ne viennent donc pas de découvrir une nouvelle théorie économique dans une vidéo YouTube tournée dans un sous-sol avec trois drapeaux derrière le présentateur.
Nous parlons de la soutenabilité de nos finances publiques depuis une génération.
Et pourtant, nous voilà encore en 2026, en pleine campagne électorale, à discuter de la manière de retrouver un jour l’équilibre budgétaire.
Le mur québécois possède apparemment une propriété physique remarquable : chaque fois qu’on approche, on repeint la pancarte et on ajoute cinq kilomètres.
Puisque la collision n’a pas encore eu lieu, on en déduit que le mur était imaginaire.
Mais les systèmes complexes ne s’effondrent pas nécessairement dans une grande explosion hollywoodienne.
Le déclin peut être beaucoup plus banal.
Une marge de manœuvre qui se réduit. Une population qui vieillit. Une croissance plus lente. Des services qui coûtent davantage. Des infrastructures qui vieillissent. Une dette dont il faut payer les intérêts. Des groupes qui défendent leurs acquis pendant que les politiciens continuent à promettre suffisamment de choses pour obtenir le pouvoir.
Ce n’est pas spectaculaire.
C’est pire.
Parce qu’on peut s’habituer à ça.
On peut même finir par appeler ça la normalité.
Déficit zéro : félicitations, nous avons arrêté de creuser
Et voici probablement ma partie préférée de toute cette absurdité.
Après des pages à discuter du déficit, du retour à l’équilibre et de l’assainissement des finances publiques, remarquons quelque chose de merveilleux : nous ne parlons même pas encore réellement de faire disparaître la dette.
Nous essayons seulement d’arrêter de creuser.
La dette nette du Québec représentait environ 38,8 % du PIB au 31 mars 2026. Le gouvernement prévoit la ramener graduellement à 35,5 % en 2032-2033 et à 32,5 % en 2037-2038.
Autrement dit, la stratégie officielle porte largement sur le poids relatif de la dette dans l’économie, et non sur une disparition rapide de l’endettement.
Pendant ce temps, Québec continue évidemment d’emprunter. Le programme de financement prévoit environ 23,5 milliards de dollars d’emprunts en 2026-2027 et 31,4 milliards en 2027-2028, notamment pour refinancer des échéances et répondre aux besoins financiers du gouvernement.
Et c’est généralement ici qu’un amateur de finances publiques arrive avec sa phrase préférée :
« Un État n’est pas un ménage. »
Merci.
Je sais.
C’est précisément pour cette raison que la situation est intéressante.
Marcel ne peut pas garantir ma Visa
Si je suis irresponsable dans la gestion de mon crédit personnel, je vais éventuellement rencontrer une limite.
La banque va commencer à me regarder de travers. Ma cote de crédit va souffrir. Je vais payer plus cher pour emprunter.
À un certain point, quelqu’un pourrait même me suggérer, avec beaucoup de délicatesse, que financer mes vacances avec une troisième carte de crédit n’est peut-être pas un plan de retraite exceptionnel.
Mais surtout, je ne peux pas aller chez mon voisin et lui annoncer que j’ai trouvé une solution.
« Marcel, j’ai une excellente nouvelle. Ma banque accepte de refinancer ma Visa parce que je lui ai expliqué que tu travailles encore. »
Marcel risque de poser quelques questions.
Et si j’ajoute :
« Ne t’inquiète pas, quand nous serons morts, tes enfants pourront continuer de payer »,
je soupçonne que notre relation de voisinage pourrait légèrement se détériorer.
Moi, je ne possède aucun pouvoir légal me permettant de prendre une partie du salaire de Marcel pour payer mes obligations.
L’État, lui, dispose d’un pouvoir fiscal.
Et voilà une différence qu’on évacue souvent beaucoup trop rapidement lorsqu’on explique pourquoi un gouvernement peut supporter une dette qu’un individu ne pourrait jamais supporter.
Les citoyens ne sont pas juridiquement donnés en garantie aux détenteurs d’obligations. Nos maisons ne sont pas hypothéquées aux créanciers de Québec.
Mais derrière la capacité du gouvernement à emprunter se trouve quelque chose de très concret : une économie productive et une importante capacité future de prélèvement fiscal.
Sans travailleurs, sans entreprises, sans transactions, sans revenus et sans consommation à taxer, la merveilleuse capacité d’emprunt de l’État deviendrait beaucoup moins merveilleuse.
Nous ne sommes donc pas le collatéral juridique de la dette souveraine, comme certains voudraient vous le faire croire.
Nous sommes toutefois la base économique et fiscale qui la rend crédible aux yeux des créanciers.
Et là, le vocabulaire technocratique devient soudainement beaucoup plus humain.
Lorsque le gouvernement parle de ses « revenus futurs », il parle notamment du travail futur de millions de personnes.
Lorsque les créanciers évaluent la capacité d’un État à honorer ses engagements, ils évaluent nécessairement l’économie qui générera demain les ressources permettant à cet État de percevoir ses revenus.
Le calendrier actuel de la dette québécoise comprend d’ailleurs des échéances allant jusqu’aux années 2070.
Autrement dit, une partie des humains qui travailleront dans l’économie lorsque certaines obligations actuelles arriveront à échéance ne sont même pas encore nés.
Ils n’ont rien signé.
Ils n’ont voté pour personne.
Ils ne connaissent même pas encore l’existence du Québec.
Mais leur activité économique future fera partie de la capacité fiscale future de l’État.
Peut-être devrait-on au moins avoir l’humilité de trouver ça philosophiquement intéressant.
Parce qu’au-delà des tableaux Excel, la dette souveraine pose une question morale fondamentale : jusqu’où une génération peut-elle engager la richesse et la capacité fiscale des suivantes pour financer les décisions qu’elle prend aujourd’hui?
Étrangement, je n’entends pas beaucoup cette question pendant les campagnes électorales.
Et si vous voulez maintenant parler de monnaie…
À ce point-ci, quelqu’un dira inévitablement que la dette souveraine fonctionne différemment parce que la monnaie elle-même est fiduciaire, que les gouvernements refinancent continuellement leurs obligations et que tout le système monétaire repose finalement sur des conventions sociales.
Excellent.
Gardez cette pensée.
Parce que là, nous venons d’ouvrir une porte qui mérite son propre article.
Si nous commençons à parler sérieusement de monnaie fiduciaire, de création monétaire, de crédit, d’inflation, d’épargne, de pouvoir d’achat et de la nécessité, pour un travailleur, d’investir le fruit de son travail afin d’en préserver la valeur sur plusieurs décennies, nous ne sommes plus en train de discuter du cadre financier d’Éric Duhaime.
Nous sommes rendus au sous-sol du système.
Et cette Pilule Rouge-là mérite qu’on lui consacre beaucoup plus que trois paragraphes.
Pour aujourd’hui, restons simplement avec cette merveilleuse constatation : nous ne sommes même pas rendus là.
Nous sommes encore au stade où, en 2026, revenir éventuellement à zéro déficit est présenté comme une ambition politique majeure.
Quel triomphe civilisationnel.
Voilà pourquoi le Québec ne mérite pas Éric Duhaime
Revenons donc au titre.
Le Québec ne mérite pas Éric Duhaime.
Pas parce qu’Éric Duhaime serait trop grand pour nous.
Pas parce qu’il posséderait une science économique révélée.
Pas parce que toutes ses projections se réaliseront exactement comme son parti l’annonce.
Et certainement pas parce qu’un politicien mérite notre confiance simplement parce qu’il prononce quelques mots que nous aimons entendre.
Au contraire.
Ce qui rend Duhaime intéressant, c’est précisément la modestie de la rupture qu’il propose lorsqu’on la regarde depuis une perspective réellement antiétatiste.
Il conserve l’État-providence.
Il conserve les impôts.
Il conserve les services publics.
Il conserve la dette.
Il conserve essentiellement l’architecture québécoise et propose d’en réduire certaines dépenses, certaines interventions, certaines subventions et certaines contraintes.
Il tourne le gradateur.
Et malgré tout, une partie du Québec regarde déjà le variateur de lumière comme si quelqu’un venait d’apporter une torche au dépôt d’essence.
C’est ça, le problème.
Pas Duhaime.
Nous.
Nous avons tellement normalisé l’intervention politique que réduire l’intervention ressemble à de l’extrémisme.
Nous avons tellement normalisé la dépendance que retirer une rente ressemble parfois à retirer un droit.
Nous avons tellement normalisé le déficit qu’un retour hypothétique à l’équilibre dans quelques années est présenté comme une grande victoire de discipline financière.
Et surtout, nous avons tellement normalisé la médiocrité politique que simplement vouloir faire mieux commence à ressembler à une menace.
Je ne parle pas ici de médiocrité intellectuelle des Québécois.
Le Québec regorge de gens compétents, de travailleurs, d’entrepreneurs, de créateurs et de gens capables de déplacer des montagnes lorsqu’ils cessent d’attendre la permission.
Je parle de médiocrité comme norme politique.
La médiocrité commence lorsqu’une société ne demande plus jusqu’où elle pourrait aller, mais simplement comment conserver ce qu’elle possède déjà.
Elle commence lorsque la prospérité devient secondaire devant la protection des acquis.
Lorsque l’autonomie fait peur parce qu’elle implique une responsabilité.
Lorsque chaque réforme devient dangereuse simplement parce qu’elle pourrait forcer quelqu’un à vivre sans l’intervention de l’État.
Une société prospère regarde devant.
Une société en stagnation protège chaque chaise pendant que la pièce brûle lentement autour d’elle.
Et je crains que nous soyons devenus extraordinairement bons pour protéger les chaises.
Voilà pourquoi, à mes yeux, le Québec ne mérite pas les réformes que propose Éric Duhaime.
Pas parce qu’elles seraient extraordinaires.
Justement parce qu’elles ne le sont pas.
Ce sont essentiellement des propositions visant à déplacer une partie du poids de l’État, à réduire certaines dépenses et à redonner davantage d’espace à l’activité privée.
Et si même ce déplacement relativement limité exige davantage de responsabilité que nous sommes collectivement prêts à assumer, alors le problème dépasse largement le chef du Parti conservateur.
Le problème devient culturel.
On peut changer de premier ministre.
On peut changer de ministre des Finances.
On peut changer de parti, de couleur, de slogan et de photographie sur les pancartes.
On peut même changer la personne qui tient le gradateur.
Mais tant qu’une population réclamera continuellement davantage à l’État, elle produira inévitablement des politiciens qui lui promettront davantage.
Tant que chaque groupe refusera de perdre sa rente, les gouvernements continueront à chercher ailleurs quelqu’un pour payer.
Tant que nous voudrons les bénéfices de la liberté sans accepter ses responsabilités, nous préférerons toujours la sécurité de notre dépendance.
Et nous appellerons ça un modèle de société.
Peut-être que le fameux mur dont on parle depuis trente ans n’est donc pas principalement financier.
Peut-être que le véritable mur est culturel.
C’est le moment où une société devient tellement habituée à administrer sa dépendance qu’elle n’arrive même plus à imaginer sa liberté.
Le moment où elle ne cherche plus la prospérité, mais seulement la meilleure façon de répartir ce qu’il reste.
Le moment où la médiocrité cesse d’être un résultat malheureux pour devenir une norme politique parfaitement acceptable.
Alors non, Éric Duhaime ne sauvera pas le Québec.
Personne ne le fera.
Et c’est probablement la seule bonne nouvelle de toute cette histoire, parce qu’un peuple qui fait de la médiocrité une norme politique n’a pas besoin d’un meilleur maître.
Il a besoin de cesser d’en chercher un.
✍️ Le Volontariste
Autres articles sur Pilule Rouge
La recette de la liberté — Le Volontariste
Une réflexion sur l’autorité, la coercition, les droits individuels et la question centrale du volontarisme : jusqu’où peut-on légitimement imposer sa volonté à autrui?
Cadre financier 2026 du PCQ : une alternative chiffrée qui devra faire ses preuves — Samuel Rasmussen
Analyse du cadre financier du Parti conservateur du Québec, de ses économies projetées, de ses hypothèses et des incertitudes entourant leur réalisation.
Le modèle québécois : quand le « nous » devient un ministère — Samuel Rasmussen
Une critique du « modèle québécois » et de la tendance à confondre les objectifs collectifs avec les mécanismes étatiques utilisés pour les atteindre.
Élections 2026 : cinq partis, cinq remèdes — et toujours le même patient, l’État québécois — Samuel Rasmussen
Le dossier électoral de Pilule Rouge compare les programmes des cinq principaux partis, notamment leurs approches respectives de la fiscalité, des dépenses publiques et du rôle de l’État.
Tous contre le PCQ : la drôle de panique d’une campagne québécoise — Samuel Rasmussen
Retour sur le traitement politique et médiatique du PCQ et d’Éric Duhaime au début de la campagne électorale.
Réformer le Québec : est-ce possible? — Joanne Marcotte
Une réflexion sur la prospérité, le poids de l’État, l’endettement et la capacité du Québec à réformer son modèle politique et économique.

