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Cadre financier 2026 du PCQ : une alternative chiffrée qui devra faire ses preuves

Le cadre financier 2026 du PCQ est maintenant sur la table. Et avec ce document, le Parti conservateur du Québec a manifestement choisi de ne pas régler la question budgétaire avec trois colonnes Excel et un communiqué enthousiaste.

Je doute que plusieurs médias traditionnels aient pris le temps de lire, réellement lire, les 84 pages de ce cadre avant de commenter. Car ici, il ne suffit pas d’extraire trois chiffres d’un communiqué et de trouver un économiste disponible avant l’heure de tombée. Il faut suivre les hypothèses, comprendre les effets dynamiques, distinguer les économies certaines des gains projetés, examiner les références utilisées et voir où le parti applique lui-même des marges de prudence. Ce document demande de la réflexion, de la critique et un minimum de patience intellectuelle. Ce n’est pas nécessairement ce que favorise le cycle médiatique.

Le document part du rapport préélectoral du ministère des Finances, utilise son simulateur budgétaire et détaille, dans la plupart des cas, les hypothèses derrière les chiffres avancés. C’est important, parce qu’un cadre financier ne vaut pas seulement par le résultat qu’il affiche au bas de la page : il faut aussi comprendre comment on y arrive.

La trajectoire proposée prévoit un déficit de 8,54 milliards de dollars en 2026-2027, puis de 5,35 milliards l’année suivante et d’environ 1 milliard en 2028-2029. Le retour à l’équilibre surviendrait en 2029-2030, avec un léger surplus de 336 millions, suivi d’un surplus de 1,89 milliard en 2030-2031.

Deux précisions méritent d’être retenues. Le PCQ n’intègre pas dans ses calculs une hypothétique bonification future des transferts fédéraux et ne réduit pas les versements au Fonds des générations. Il refuse également de faire reposer l’équilibre sur des « écarts à résorber », autrement dit sur des économies qu’on promet de trouver plus tard sans encore savoir précisément où.

Moins d’impôts, mais surtout autrement

Pour les particuliers, la mesure la plus importante touche le montant personnel de base. En langage normal : c’est la partie de votre revenu sur laquelle Québec ne prélève pas d’impôt.

Ce montant passerait progressivement de 18 952 $ aujourd’hui à 35 242 $ en 2030. Le coût net estimé pour les finances publiques est de 24,75 milliards de dollars sur cinq ans. Pour établir ses calculs, le parti s’appuie notamment sur le simulateur de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke.

Le reste du programme fiscal est lui aussi substantiel : abolition de la TVQ sur les biens usagés, suspension de cinq mois de la taxe provinciale sur l’essence et sortie du SPEDE, le marché du carbone auquel le Québec participe avec la Californie.

Du côté des entreprises, le taux général provincial d’impôt sur les sociétés passerait graduellement de 11,5 % à 4,7 %. Le raisonnement est classique : améliorer la compétitivité du Québec, augmenter l’investissement et laisser davantage de capital dans les entreprises plutôt que de le prélever pour ensuite en redistribuer une partie sous forme de subventions.

Ce dernier point est d’ailleurs central dans le cadre. Le PCQ veut simultanément réduire l’impôt des entreprises et diminuer l’aide directe que l’État leur verse. Ce n’est donc pas simplement une politique de cadeaux fiscaux ajoutés au modèle actuel : le parti propose plutôt d’en modifier la logique.

D’accord, mais où coupe-t-on?

C’est évidemment la question qui suit toute promesse de baisse d’impôt sérieuse.

Certaines économies sont assez faciles à identifier. Le PCQ veut réduire les aides directes du ministère de l’Économie, abolir le Fonds du développement économique, recentrer Investissement Québec et diminuer certains crédits d’impôt aux entreprises. L’abolition du FDE représente à elle seule 4 milliards de dollars d’économies anticipées sur cinq ans.

Le parti inscrit également 6,85 milliards d’économies liées à une révision générale des programmes gouvernementaux. Pour démontrer que l’ordre de grandeur n’est pas complètement sorti d’un chapeau, le document revient notamment sur la Commission Robillard, la réingénierie menée sous Monique Jérôme-Forget, le Program Review fédéral des années Chrétien-Martin et les propres travaux du Secrétariat du Conseil du trésor.

À terme, la cible correspondrait à environ 1,6 milliard de dollars par année, soit 0,9 % des dépenses de portefeuilles prévues en 2030-2031. Autrement dit, on ne parle pas d’amputer le gouvernement québécois du tiers de ses fonctions, mais de trouver environ neuf dollars d’économie sur chaque tranche de mille dollars de dépenses visées.

À cela s’ajoute une réduction de la fonction publique par attrition. Le PCQ vise 20 000 postes administratifs de moins, principalement en ne remplaçant pas tous les départs naturels et en supprimant les postes devenus inutiles après la révision de certains programmes. Les employés de première ligne en santé et en éducation ne sont pas visés. Les économies prévues atteignent 3,75 milliards sur la période.

Le numérique et l’intelligence artificielle doivent aussi faire leur part : 3,45 milliards d’économies anticipées. Le parti s’inspire notamment de certaines expériences étrangères, dont celles de l’Estonie et du Royaume-Uni.

Ici, il faut cependant garder la tête froide. Moderniser l’État peut certainement réduire les coûts. Mais quiconque a déjà observé un grand projet informatique gouvernemental sait qu’entre « automatisable » et « automatisé correctement, à temps et sous le budget », il existe parfois une distance appréciable. Le cadre reconnaît d’ailleurs lui-même que cette estimation devra être raffinée après un véritable inventaire des processus administratifs.

Le terrain plus glissant : les effets économiques

C’est probablement ici que le lecteur (et l’électeur) doit être le plus attentif.

Le PCQ inscrit 13,69 milliards de dollars de revenus supplémentaires attribuables à la déréglementation. Le calcul s’appuie notamment sur une étude de l’institut allemand ifo/CESifo ainsi que sur des travaux de Statistique Canada, de l’OCDE et du FMI. Le parti ne reprend toutefois pas entièrement le scénario le plus favorable : il en retient 75 % dans son cadre.

Même principe pour le commerce interprovincial. En s’appuyant entre autres sur la FCEI, Statistique Canada, le FMI, Deloitte et les travaux de l’économiste Trevor Tombe, le PCQ estime que la réduction des barrières commerciales entre provinces pourrait ajouter 6,827 milliards de dollars aux revenus de Québec sur la période.

Il faut bien comprendre la différence. Abolir un programme de 100 millions permet, en théorie, d’identifier assez directement 100 millions de dépenses en moins. Prédire les revenus supplémentaires qui apparaîtront parce qu’une économie devient plus libre est nécessairement plus délicat.

Cela ne veut pas dire que ces effets n’existent pas. Une baisse d’impôt modifie le revenu disponible, l’investissement et parfois l’offre de travail. Une réglementation moins lourde peut réduire les coûts et faciliter la création d’entreprises. Le document consacre d’ailleurs une annexe complète à ces effets dynamiques.

Le PCQ ne prétend pas que les baisses d’impôts se paient miraculeusement toutes seules. Il estime plutôt qu’une partie du revenu perdu revient indirectement dans les coffres publics par davantage de consommation, d’investissement et d’activité taxable.

C’est économiquement défendable. La question raisonnable n’est donc pas de savoir si l’effet existe, mais quelle sera son ampleur et à quelle vitesse il se matérialisera.

Mot de l’éditeur

Une précision de transparence s’impose : je suis membre du Parti conservateur du Québec et je souhaite personnellement qu’il fasse élire le plus grand nombre possible de députés le 5 octobre. Cela ne transforme pas pour autant son cadre financier en Écriture sainte.

Comme libéral classique et minarchiste, je me reconnais évidemment dans plusieurs de ses orientations : moins d’impôts, moins de subventions aux entreprises, davantage de concurrence et une remise en question systématique de ce que l’État finance simplement parce qu’il le finance depuis vingt ans.

Mais vouloir un État plus petit ne dispense surtout pas de savoir compter.

Une baisse d’impôt vraiment durable doit finir par reposer sur une baisse durable de la dépense. Les retombées économiques peuvent améliorer l’équation, parfois de manière importante, mais elles ne devraient jamais servir de substitut permanent à la maîtrise des coûts.

Cela dit, après avoir parcouru les 84 pages, une chose m’a franchement impressionné : ce cadre est remarquablement bien rédigé pour un document politique de campagne.

On y trouve autre chose qu’une succession de beaux chiffres en caractères gras. Les auteurs expliquent régulièrement d’où vient une estimation, quelle source est utilisée, quelle hypothèse est retenue et, détail appréciable, où se trouvent les limites du calcul. On trouve même des précautions contre le double comptage et une annexe consacrée à la mécanique des effets dynamiques.

Ça peut sembler banal. Ça ne l’est pas.

Un bon cadre financier ne devrait pas demander au lecteur de faire confiance au parti qui l’a rédigé. Il devrait lui permettre de comprendre assez bien le raisonnement pour décider lui-même s’il y croit. Sur ce plan, le travail mérite d’être reconnu.

Cela ne rend pas toutes les hypothèses également solides. J’accorde naturellement davantage de confiance à l’abolition clairement chiffrée d’une dépense qu’à une projection de croissance économique sur quatre ans. Et je demeure particulièrement prudent devant les économies anticipées grâce à l’IA, à la déréglementation ou à une transformation rapide des façons de faire de l’appareil public.

Le document identifie d’ailleurs lui-même son principal adversaire : l’exécution. Les lois doivent être adoptées, les programmes révisés, les administrations réorganisées et les économies réellement encaissées. L’État québécois possède une remarquable faculté de survivre aux gouvernements qui annoncent vouloir le réformer.

Enfin, je ne pars pas de la prémisse que le PCQ formera le prochain gouvernement. Dans le contexte politique actuel, l’intérêt immédiat de ce cadre est aussi ailleurs. Une délégation conservatrice plus importante à l’Assemblée nationale disposerait d’un document suffisamment étoffé pour forcer un débat que le Québec esquive souvent : non pas seulement quel nouveau programme l’État devrait créer, mais quelles choses il pourrait enfin cesser de faire.

Et rien que pour avoir formulé cette question avec 84 pages de chiffres plutôt qu’un slogan sur une pancarte, le document mérite qu’on le lise.

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Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen, alias Le Blond Modéré, est membre des Trois Afueras et collaborateur du podcast Ian & Frank. Titulaire d'une formation en relations internationales à l'Université de Sherbrooke, il s'intéresse particulièrement à la géopolitique, aux zones d'influence et aux différentes formes de pouvoir.

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