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La retraite dans la fonction publique québécoise représente l’un des avantages les plus importants accordés aux employés de l’État. On entend régulièrement les politiciens et une partie des médias dénoncer « les riches » et les inégalités. Pendant ce temps, le même État crée, année après année, des conditions de retraite équivalentes à un capital de plusieurs centaines de milliers de dollars… avec l’argent des contribuables.

Pas en bourse. Pas en affaires. Mais par l’entremise des régimes de retraite à prestations définies et de la sécurité d’emploi dans la fonction publique et les municipalités.

C’est un écart de plus en plus difficile à avaler pour le citoyen moyen, qui voit son coût de la vie grimper.

Une protection née pour de bonnes raisons… devenue un privilège coûteux

La sécurité d’emploi dans la fonction publique québécoise n’est pas apparue par hasard. À partir de 1943-1944, sous le gouvernement Godbout, puis renforcée dans les années 1960 sous Lesage, elle a été instaurée pour protéger les employés contre les purges politiques. Avant cela, lorsqu’un autre parti prenait le pouvoir, on renvoyait souvent les « partisans » de l’autre camp pour placer les siens. C’était du patronage pur et simple.

La même logique s’est étendue aux municipalités. Les cols blancs et les cols bleus ont également obtenu de solides protections afin d’éviter que les nouveaux conseils municipaux ne fassent le ménage selon leurs couleurs politiques. L’objectif de départ était légitime : une administration neutre et stable.

Mais avec le temps, cette protection s’est rigidifiée. Elle garantit pratiquement un emploi à vie, même en cas de surplus de personnel. Combinée aux régimes de retraite à prestations définies, elle transforme une carrière complète dans le secteur public en un capital que bien peu de travailleurs du privé pourront jamais accumuler.

Des effectifs qui ont grandi plus vite que la population

Depuis 1944, le nombre de fonctionnaires provinciaux est passé d’environ 16 000 à 29 000 en 1960, puis à plus de 50 000 dès le début des années 1970. La population du Québec, quant à elle, a augmenté moins rapidement au cours de la même période.

Aujourd’hui, si l’on regarde le secteur public élargi (fédéral, provincial, municipal, réseaux de la santé et de l’éducation), on dépasse largement le million d’employés. Selon l’Institut économique de Montréal, depuis 2019, 55 % des nouveaux emplois créés au Québec (hors travailleurs autonomes) proviennent du secteur public.

Résultat : davantage de gens bénéficient de ces conditions avantageuses, et la facture est refilée aux contribuables.

Le calcul qui fait mal

Les régimes comme le RREGOP sont à prestations définies. Pour une carrière complète de 30 à 35 ans, les règles du RREGOP permettent d’atteindre des rentes annuelles de plusieurs dizaines de milliers de dollars, notamment chez les employés ayant atteint des niveaux de rémunération élevés en fin de carrière.

À titre illustratif, une rente de 45 000 $ à 55 000 $ représente un revenu qu’un capital de l’ordre de 900 000 $ à 1,1 million de dollars devrait produire à 5 %.¹

Ce calcul ne représente pas le retraité moyen du RREGOP, mais illustre ce à quoi peut mener une carrière complète chez les employés ayant atteint des échelons salariaux élevés — un scénario de plus en plus fréquent avec le vieillissement de la fonction publique.

Aujourd’hui, le RREGOP compte déjà environ 359 000 retraités. Et chaque jour, une cinquantaine de nouveaux retraités s’ajoutent.

Ces retraites sont largement subventionnées par les citoyens. Même avec les rendements générés par la Caisse de dépôt sur les cotisations des employés, le modèle québécois prévoit que la part de l’employeur est payée au fur et à mesure, à même le budget de l’État. Ce sont donc directement les impôts des contribuables actuels qui financent la moitié de chaque chèque de pension versé.

La vraie différence avec le privé n’est pas seulement le montant, c’est le risque : si les rendements baissent ou si l’inflation grimpe, le fonctionnaire ne perd rien. C’est le contribuable qui garantit le chèque chaque mois. L’employé a cotisé (près de 10 % de son salaire brut pendant sa carrière), c’est vrai. Mais l’employeur — donc le contribuable — assume environ la moitié des prestations et 100 % des risques de marché et de longévité. Dans un REER ou un CELI, si la bourse chute, le travailleur du privé éponge seul la perte. Au RREGOP, c’est le contribuable qui comble les déficits.

Selon l’étude de 2025 de l’Institut Fraser (Comparing Government and Private Sector Compensation in Quebec), les salaires non ajustés dans le secteur public québécois sont 26,1 % plus élevés que dans le privé. Après ajustements (âge, éducation, expérience, etc.), l’écart passe à 2,0 %. Le même rapport indique que 96,6 % des employés du secteur public sont couverts par un régime de retraite enregistré (contre seulement 23,7 % dans le privé) et que 95,5 % de ces régimes publics sont à prestations définies. Les employés du secteur public partent également à la retraite en moyenne 2,8 ans plus tôt.

L’incohérence saute aux yeux

L’État pointe du doigt les riches du privé, mais il maintient un système qui protège fortement ses propres employés et assure des conditions de retraite élevées à ceux qui y font une carrière complète. Ce n’est pas une attaque contre les individus. C’est le système lui-même qui a dérivé.

La sécurité d’emploi, née pour protéger contre l’arbitraire politique, contribue aujourd’hui à rigidifier l’appareil public. Elle rend plus difficile l’ajustement des effectifs aux besoins réels et accentue le poids des coûts sur le portefeuille des citoyens.

Des pistes de solution pour s’attaquer à la cause véritable

Pour conserver la protection contre le patronage sans figer l’appareil public pendant des décennies, il faut dissocier la protection contre l’ingérence politique de la garantie d’un emploi à vie.

Pour les nouvelles embauches, on pourrait instaurer des contrats de cinq ans, renouvelables selon trois critères transparents :

  1. Le besoin réel du poste ;
  2. Le rendement de l’employé ;
  3. Les besoins futurs de l’organisation.

Le renouvellement ne pourrait pas être décidé par un ministre ou un maire, mais devrait plutôt reposer sur des règles administratives indépendantes et des critères objectifs.

Un bon employé dont le poste est toujours nécessaire serait renouvelé. Un poste devenu inutile pourrait disparaître. Un rendement insuffisant pourrait mener à un non-renouvellement. L’objectif ne serait pas de précariser les employés, mais de faire en sorte que la taille de l’État soit déterminée par les besoins des citoyens plutôt que par les postes acquis au fil des décennies.

Parallèlement, il faudrait réduire la précarité et le travail à temps partiel en offrant davantage de postes stables à temps plein (35 heures par semaine). Cela permettrait aux employés d’accumuler de meilleures années de service, un meilleur revenu et, ultimement, une meilleure retraite, plutôt que de multiplier les emplois précaires qui maintiennent plusieurs travailleurs dans des rentes modestes.

On peut aussi :

  • Imposer une véritable transparence de type « Sunshine List » (publication annuelle de tous les salaires publics au-dessus d’un certain seuil).
  • Aligner progressivement les régimes de retraite des nouvelles embauches sur ceux du privé.
  • Plafonner la croissance des effectifs afin qu’elle ne dépasse plus celle de la population.

Ces mesures ne visent pas à punir. Elles visent à ramener l’équilibre.

Le débat sur la retraite fonction publique dépasse la simple question des salaires. Le citoyen n’a pas besoin qu’on lui dénonce encore les plus riches, qu’on lui demande d’aller moins souvent à l’urgence ou qu’on lui impose davantage de taxes et d’impôts. Il a besoin d’un État à son service, qui lui en donne pour son argent.


¹ Note de calcul : Une rente annuelle de 45 000 $ à 55 000 $ capitalisée à un rendement de 5 % équivaut à un capital d’environ 900 000 $ à 1,1 million de dollars (45 000 $ ÷ 0,05 = 900 000 $ ; 55 000 $ ÷ 0,05 = 1 100 000 $). Ce chiffre est une estimation illustrative basée sur des rentes courantes pour une carrière complète et un taux de rendement conservateur.

Sources principales : Retraite Québec (évaluations actuarielles et rapports annuels sur le RREGOP), Institut Fraser (Comparing Government and Private Sector Compensation in Quebec, 2025), Institut économique de Montréal (analyses sur la croissance des emplois publics), Caisse de dépôt et placement du Québec, archives historiques (larevolutiontranquille.ca) sur les effectifs de 1944 à 1970, Institut de la statistique du Québec, Statistique Canada.

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Cédric Tardif
Cédric Tardif
Cédric Tardif est un entrepreneur québécois autodidacte, parti de rien – travail en boucherie à 14 ans, apprentissage sur le tas en tech dès 1997, croissance d’une entreprise puis acquisition et revente après des années de travail intense. Passionné par l’autonomie énergétique, la prospérité de tous les Québécois et l’équité sociale, il souhaite contribuer à un enrichissement durable du Québec avec une vision réaliste et pleine de potentiel, pour que chaque Québécois retrouve justice et richesse dans son quotidien.

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