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La SAQ nous coûte trop cher… et ce n’est pas juste une question d’alcool

Quand vous entrez à la SAQ pour prendre une bouteille de vin pour le souper du vendredi ou un spiritueux pour les Fêtes, vous ne payez pas seulement le contenu de la bouteille. Le monopole de la SAQ a aussi un coût : vous payez pour faire tourner une grosse machine d’État protégée de la concurrence.

Ce n’est pas une critique des employés qui travaillent dans les succursales. La plupart font correctement leur travail. Le problème, c’est la structure elle-même : un monopole qui décide des prix, de l’offre et des marges sans vraiment avoir à se battre pour le client. Et cette structure, ce sont les citoyens qui la financent à chaque achat.

Dans le contexte actuel, où l’épicerie, l’essence, l’électricité et le logement grugent déjà une part importante du budget, cette réalité devient de plus en plus difficile à défendre.

Ce que le monopole nous coûte vraiment

On nous dit souvent que les prix à la SAQ ne sont pas si élevés. Que certains vins bas de gamme sont même compétitifs par rapport à l’Alberta ou à la Colombie-Britannique grâce aux achats en gros. C’est parfois vrai pour quelques produits précis. Mais ce n’est pas le vrai enjeu.

Le vrai enjeu, c’est l’ensemble du système. Selon le Rapport annuel 2025 de la SAQ, la majoration (bénéfice brut) représente environ la moitié du prix de vente. Cette marge sert à couvrir les frais d’opération et à générer un dividende d’environ 1,4 milliard de dollars versé au gouvernement. Les coûts fixes élevés du réseau et l’absence de véritable pression concurrentielle limitent les promotions et pèsent sur le prix moyen payé par les consommateurs.

On nous dit aussi que la SAQ rapporte beaucoup d’argent à l’État et que cet argent sert à financer les hôpitaux et les services publics. C’est vrai. Mais l’État n’a pas besoin d’être marchand de vin pour percevoir des revenus sur l’alcool. L’Alberta, qui a complètement ouvert son marché au détail en 1993-1994, a démontré qu’il est possible de continuer à collecter des revenus importants grâce à une taxe fixe au litre, sans posséder un seul magasin. C’est un pas dans la bonne direction. Cela dit, l’expérience albertaine montre aussi qu’il reste du travail à faire, notamment sur la conception et l’indexation de cette taxe, afin de mieux protéger à la fois le pouvoir d’achat des citoyens et les revenus de l’État à long terme.

Enfin, on brandit parfois l’argument de la responsabilité sociale : ouvrir le marché favoriserait l’alcoolisme ou rendrait plus difficile le contrôle de la vente aux mineurs. Pourtant, la bière se vend déjà en épicerie et en dépanneur depuis des décennies, et des mécanismes de vérification de l’âge y sont déjà appliqués. Rien n’empêche l’État de conserver des règles strictes sur l’âge, les heures de vente et la publicité, tout en cessant d’être le vendeur exclusif.

Une solution claire et ordonnée

Il ne s’agit pas de « tout privatiser demain matin ». Il s’agit de sortir d’un modèle protégé pour entrer dans un modèle plus efficace, tout en protégeant les revenus de l’État.

Voici une transition simple et réaliste :

  1. Autoriser progressivement les cavistes indépendants et les restaurateurs à importer directement certains vins et spiritueux.
  2. Transformer la marge actuelle de la SAQ en une taxe spécifique au volume (par litre ou par bouteille), identique pour tous les détaillants, qu’ils soient publics ou privés.
  3. Obliger la SAQ à rendre chaque succursale individuellement rentable. Fini les subventions croisées où les magasins rentables financent ceux qui ne le sont pas. Les points de vente qui ne tiennent pas la route devront s’améliorer, réduire leur taille ou céder leur place à des commerçants locaux (épiceries, dépanneurs). Ces derniers deviendraient des cavistes ou des détaillants indépendants, libérés des contraintes du monopole de la SAQ, mais assujettis à la même taxe fixe au litre, ce qui leur permettrait d’offrir une sélection adaptée et concurrentielle.

Dans ce nouveau cadre, la SAQ n’est plus protégée. Elle doit devenir meilleure, plus efficace et plus attentive au client… ou réduire sa taille. Ce n’est pas une punition. C’est simplement la fin d’un privilège payé par les consommateurs. L’expérience de l’Alberta montre d’ailleurs que l’ouverture du marché multiplie le nombre de points de vente et d’emplois dans le secteur. C’est un gain clair pour l’accessibilité. L’objectif n’est pas de reproduire exactement ce modèle, mais de s’en inspirer tout en corrigeant ce qui peut l’être, particulièrement du côté de la fiscalité.

Le vrai choix

Dans un contexte où la main-d’œuvre est rare dans plusieurs secteurs essentiels, est-ce vraiment une bonne utilisation de nos ressources que de consacrer des efforts à préserver artificiellement chaque poste dans un réseau de vente au détail public ? Continuer à faire payer plus cher tous les Québécois pour maintenir ces emplois n’est plus une politique sociale. C’est une subvention déguisée. Ces mêmes ressources pourraient servir à améliorer des services dont les gens ont réellement besoin.

Le pouvoir d’achat des citoyens doit passer en premier.
Pas le confort d’un monopole.
Pas la préservation d’une structure coûteuse.

Une taxe claire, un marché plus ouvert et une SAQ forcée de se mesurer à la concurrence : voilà comment on peut baisser la pression sur les ménages tout en gardant des revenus pour l’État. D’autres provinces l’ont amorcé. Il ne manque plus que la volonté de placer enfin le citoyen et son portefeuille au centre de la décision.


Sources principales :

  • Société des alcools du Québec, Rapport annuel 2025 (bénéfice brut, résultat net/dividende, charges et rémunération).
  • Alberta Gaming, Liquor and Cannabis (AGLC) et études du Fraser Institute et du Parkland Institute sur la privatisation du commerce de l’alcool en Alberta (1993-1994) : évolution des points de vente, de l’emploi, des revenus et des prix.
  • Analyses de l’Institut économique de Montréal (IEDM) sur le monopole de la SAQ et les alternatives de taxation.
  • Données publiques sur la vente de bière en épiceries et dépanneurs au Québec (mécanismes de vérification de l’âge déjà en place).

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Cédric Tardif
Cédric Tardif
Cédric Tardif est un entrepreneur québécois autodidacte, parti de rien – travail en boucherie à 14 ans, apprentissage sur le tas en tech dès 1997, croissance d’une entreprise puis acquisition et revente après des années de travail intense. Passionné par l’autonomie énergétique, la prospérité de tous les Québécois et l’équité sociale, il souhaite contribuer à un enrichissement durable du Québec avec une vision réaliste et pleine de potentiel, pour que chaque Québécois retrouve justice et richesse dans son quotidien.

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