Alors que les relations commerciales entre le Canada et les États-Unis sont marquées par de nouvelles restrictions, Ottawa accélère ses négociations avec l’Asie du Sud-Est. Les futurs accords avec l’ANASE et les Philippines ne remplaceront évidemment pas le marché américain, mais ils illustrent une stratégie de diversification devenue beaucoup plus concrète.
Pendant des décennies, la géographie a largement déterminé la politique commerciale canadienne. Les États-Unis sont proches, riches et profondément intégrés aux chaînes de production canadiennes. Il était donc naturel que le commerce extérieur du pays gravite d’abord autour de son voisin du Sud.
Cette réalité demeure. Mais elle s’accompagne aujourd’hui d’une incertitude supplémentaire : les conditions d’accès au marché américain peuvent changer rapidement.
Le 8 septembre, la Maison-Blanche a ainsi annoncé que certains produits canadiens seraient interdits d’importation aux États-Unis à compter du 29 septembre. D’autres produits demeurent soumis aux droits additionnels de 50 % instaurés précédemment. Washington justifie officiellement ces mesures par ce qu’il considère comme un traitement discriminatoire du commerce américain dans le secteur automobile canadien. Proclamation officielle de la Maison-Blanche The White House
Pendant ce temps, les négociateurs sont à Manille
Le contraste avec l’Asie du Sud-Est est notable. Les 21 et 22 septembre, le ministre canadien du Commerce international, Maninder Sidhu, participait à Manille à la quinzième rencontre économique entre le Canada et l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE).
Ottawa y a fait progresser simultanément les négociations d’un accord de libre-échange avec l’ANASE et celles d’un accord bilatéral avec les Philippines. Le gouvernement canadien affirme que les discussions avec Manille se sont rapprochées d’une conclusion, sans toutefois annoncer qu’un accord final avait encore été conclu. Communiqué d’Affaires mondiales Canada du 23 septembre Gouvernement du Canada
La rencontre du 22 septembre a également été confirmée dans un communiqué conjoint de l’ANASE, publié directement par son secrétariat. L’organisation compte désormais onze États membres depuis l’adhésion du Timor-Leste en octobre 2025. Communiqué officiel de l’ANASE ASEAN Main Portal
Un commerce qui augmente déjà rapidement
Ces négociations concernent un marché loin d’être marginal. Les États membres de l’ANASE représentent quelque 695 millions d’habitants et, réunis, une économie d’environ 5 900 milliards de dollars canadiens en 2025. Le bloc constituait alors le cinquième partenaire commercial du Canada pour les marchandises. Portrait officiel des relations Canada-ANASE Affaires mondiales Canada
Les échanges de marchandises entre le Canada et l’ANASE ont atteint 52,5 milliards de dollars en 2025, contre 42,4 milliards l’année précédente, soit une augmentation de 23,7 %. Avec les Philippines seulement, les échanges bilatéraux représentaient 3,4 milliards de dollars. Données d’Affaires mondiales Canada Gouvernement du Canada
Il serait néanmoins exagéré de présenter l’Asie du Sud-Est comme un substitut aux États-Unis. Les distances, les infrastructures et plusieurs décennies d’intégration industrielle nord-américaine rendent les deux relations commerciales difficilement comparables.
La diversification consiste plutôt à augmenter progressivement le nombre de marchés accessibles aux entreprises canadiennes et, par conséquent, à réduire leur concentration sur un seul partenaire.
Ce qu’un accord pourrait changer
Un accord Canada-ANASE ne porterait pas uniquement sur les tarifs douaniers. Les objectifs de négociation publiés par Ottawa couvrent notamment les marchandises, les services, l’investissement, les obstacles techniques au commerce et différentes règles destinées à rendre les échanges plus prévisibles. Objectifs officiels des négociations Canada-ANASE Affaires mondiales Canada
Une étude de faisabilité réalisée conjointement par le Canada et l’ANASE avait d’ailleurs tenté d’en mesurer les effets potentiels. Selon la modélisation canadienne, un accord complet pourrait accroître les exportations canadiennes vers l’ANASE de 2,67 milliards de dollars américains, soit 13,3 %, et le PIB canadien de 2,54 milliards de dollars américains.
Ces chiffres demeurent évidemment des résultats de modélisation et non une garantie de résultats futurs. Étude de faisabilité Canada-ANASE Affaires mondiales Canada
Deux mouvements commerciaux très différents se déroulent donc simultanément : de nouvelles restrictions apparaissent dans certaines relations nord-américaines tandis que le Canada tente d’abaisser des obstacles avec plusieurs économies asiatiques.
Mot de l’éditeur
La diversification commerciale ne change pas la géographie. Les États-Unis demeureront un partenaire économique majeur du Canada, et aucun accord avec Manille, Jakarta ou Singapour ne reproduira rapidement le degré d’intégration économique construit en Amérique du Nord.
Les événements récents rappellent néanmoins qu’une forte concentration des exportations vers un seul marché expose davantage les entreprises aux changements de politique commerciale de ce partenaire. Multiplier les débouchés ne supprime pas ce risque, mais peut en réduire une partie.
L’intérêt des négociations asiatiques se trouve donc moins dans la recherche d’un improbable remplacement des États-Unis que dans l’ajout de nouvelles portes pour les exportateurs canadiens.
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