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Budget Carney 2026 Maîtres chez nous, sous réserve d’approbation…

Le 5 novembre, François-Philippe Champagne a déposé le budget Carney 2026, le deuxième de ce gouvernement. Ottawa veut attirer des capitaux privés, accélérer les grands projets d’énergie et d’infrastructure et trouver de nouveaux débouchés à l’étranger. Le budget propose aussi une aide pour l’épicerie et les proches aidants, des mesures pour construire davantage de logements et des investissements en défense. Son enveloppe de quelque 404 milliards de dollars sur six exercices regroupe les dépenses classées comme des investissements et les allègements d’impôt destinés à en susciter d’autres. Elle comprend des mesures déjà annoncées.

Pour 2026-2027, Ottawa prévoit un déficit de 62,3 milliards de dollars, contre 65,3 milliards dans sa mise à jour du printemps. Il resterait à 52,9 milliards en 2030-2031. En proportion de l’économie, il passerait de 1,8 % à 1,3 %. Pendant ce temps, les frais de la dette grimperaient de 60,2 à 85,5 milliards par année. À la fin de la période, ils absorberaient près d’un dollar sur sept de recettes fédérales.

L’équilibre à 62,5 milliards de déficit

Carney promet l’équilibre du budget de fonctionnement en 2027-2028. Dans l’annexe, cet équilibre prend la forme d’un excédent de 11,2 milliards. Pour y arriver, Finances Canada retire 57 milliards de dépenses en capital du calcul et ajoute 16,8 milliards de recettes fiscales auxquelles Ottawa renoncerait pour favoriser l’investissement. Avec les recettes effectivement prévues, les dépenses courantes dépasseraient encore les revenus de 5,6 milliards. Le déficit total, lui, atteindrait 62,5 milliards.

Il y a de bonnes raisons de distinguer un radar qui servira vingt ans d’une dépense de bureau qui revient tous les ans. En matière de rigueur, je regarde ce qu’Ottawa fait d’une bonne surprise. Avant les mesures prises depuis la mise à jour du printemps, les prévisions révisées ramenaient le déficit de 2027-2028 à 24,8 milliards. Le gouvernement aurait pu profiter de l’embellie pour emprunter moins. Il a choisi de consacrer presque toute la marge dégagée à des dépenses et à des allègements fiscaux.

Laissez passer le sandwich

Je donne volontiers à Carney le point de la Mégadéduction à la productivité, malgré ce nom qui semble avoir été choisi par le service de marketing d’un concessionnaire. Un atelier de Sherbrooke qui achète une machine admissible pourrait déduire le coût entier dès la première année. Ça améliore sa trésorerie au moment où tombe la facture. La règle serait permanente et viserait des catégories de biens qui représentent plus de 65 % des investissements. Finances Canada estime que le taux effectif marginal, qui mesure le poids de la fiscalité sur un investissement tout juste rentable, passerait d’environ 13 % à 6,4 %. Le manque à gagner est estimé à 36 milliards sur cinq ans. Au moins, la décision d’investir, avec les gains et les pertes qui vont avec, reste à l’entrepreneur.

À Lloydminster, ville à cheval sur l’Alberta et la Saskatchewan, un détaillant avait besoin d’un permis fédéral pour vendre des sandwichs à un magasin situé à quelques mètres, de l’autre côté de la frontière provinciale. Le règlement a été modifié pour permettre ces ventes des deux côtés de la ville. Le budget fait aussi état d’une nouvelle norme de service de 30 jours pour la reconnaissance des titres de compétence. On peut vouloir un Québec souverain et trouver parfaitement normal qu’un travailleur qualifié puisse faire reconnaître sa compétence chez le voisin.

Je suis aussi favorable au renforcement de la présence canadienne dans l’Arctique. Un État limité a toutes les raisons de prendre au sérieux la défense du territoire. Le budget suit de près la cible de dépenses de l’OTAN, exprimée en pourcentage du PIB. J’aimerais savoir, au bout du compte, combien de temps il nous faut pour repérer un navire et intervenir dans nos propres eaux.

Ottawa veut sa place au capital

Le Fonds pour un Canada fort, annoncé au printemps, recevrait une mise initiale de 25 milliards de dollars sur trois ans. Ottawa veut en faire une société d’État autonome, chargée d’investir à des conditions commerciales dans des projets et des entreprises stratégiques au Canada. Un grand projet peut attendre des années faute d’investisseurs prêts à patienter jusqu’aux premiers revenus. Si le public met de l’argent dans le projet, une participation lui permet de toucher sa part du rendement.

Le budget donne l’exemple d’une mine. La Banque de l’infrastructure du Canada prêterait à des conditions avantageuses pour financer la route et l’électricité dont elle a besoin. Le fonds souverain pourrait ensuite prendre une participation aux conditions établies par l’investisseur principal. Qu’un investisseur privé signe à ces conditions nous apprend quelque chose sur le rendement qu’il espère une fois le premier soutien accordé. Pour juger de l’affaire du point de vue du contribuable, il faut remettre ce soutien dans le calcul. Combien le public engage-t-il au total? À quoi d’autre cet argent aurait-il pu servir?

Ottawa veut aussi offrir aux épargnants des billets liés au fonds, avec un capital protégé à l’échéance et un rendement qui peut augmenter si le fonds réussit. C’est séduisant quand on achète le billet. Du côté de celui qui promet de rembourser la mise, cette protection a un prix. J’aimerais le voir inscrit aussi clairement que le rendement qu’on fait miroiter.

C’est ici qu’un économiste comme Hayek est plus éclairant qu’une brochure sur le « supercycle ». Le savoir nécessaire pour décider où investir se trouve chez le client qui passe commande, le fournisseur qui connaît ses coûts et le prêteur qui peut perdre sa mise. Les prix transmettent une partie de ce savoir. Un ministère peut réunir d’excellents analystes. Il reste qu’un promoteur connaît au dollar près la valeur d’une aide qu’il sollicite, tandis que chaque contribuable n’en supporte qu’une fraction. Devinez lequel des deux a le plus intérêt à passer sa semaine à Ottawa.

Le chèque à l’épicerie et le quota derrière

Le supplément à l’allocation pour l’épicerie pourrait atteindre 679 $ au début de 2027 pour un couple admissible avec deux enfants. À la caisse, cette somme compte. Or le lait, la volaille et les œufs relèvent de la gestion de l’offre, avec des quotas de production et des droits de douane élevés au-delà des volumes d’importation autorisés à tarif réduit. Le régime apporte de la stabilité aux producteurs. Il limite aussi la concurrence dont les ménages pourraient profiter. La social-démocratie canadienne excelle à ce petit jeu. Elle sait au dollar près ce qu’elle rend à la famille. Elle s’intéresse moins à ce que lui coûtent les protections qu’elle accorde aux autres.

Le gâteau et le droit de parole

Ottawa prévoit une enveloppe de 300 millions pour des programmes autour du 160e anniversaire de la Confédération. À 160 ans, on fait encore payer son gâteau aux invités. Le budget propose aussi 300 millions de plus sur deux ans à CBC/Radio-Canada et veut étendre le crédit pour la main-d’œuvre journalistique aux médias privés admissibles qui produisent des nouvelles audio ou vidéo. Je tiens au journalisme francophone, surtout en région. Je préfère tout de même devoir convaincre mes lecteurs de la valeur de mon travail. Lorsque le gouvernement dont on épluche les comptes fixe les critères qui ouvrent droit à une aide pour payer les journalistes, il a un peu trop de rôles dans la même histoire.

Dans le chapitre sur la sécurité, Ottawa propose 176,3 millions sur cinq ans pour mettre sur pied la commission qui appliquerait le projet de loi C-34 sur les médias sociaux. Le retrait rapide d’images intimes diffusées sans consentement répond à un tort précis. Le projet imposerait aussi aux plateformes visées une obligation plus large d’atténuer les risques liés à sept catégories de contenus. Une entreprise qui s’expose à des sanctions si ses mesures sont jugées insuffisantes pourrait bloquer des propos licites par prudence. Le Parlement devrait s’assurer que leurs auteurs peuvent contester ces retraits rapidement.

J’ajouterais un tableau au prochain budget. Que le ministre y inscrive les décisions que les citoyens peuvent désormais prendre par eux-mêmes, en face de chaque permis supprimé et de chaque privilège abrogé. Pour illustrer cette annexe, Champagne a déjà une idée. Elle tient entre deux tranches de pain.

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Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen
Samuel Rasmussen, connu sous le pseudonyme @LeBlondModere sur X, est rédacteur en chef de Pilule Rouge, cofondateur du balado Les Trois Afueras et collaborateur du podcast Le Bastion (anciennement Ian & Frank). Titulaire d’une degré en politique appliquée de l’Université de Sherbrooke, il nourrit un intérêt marqué pour la géopolitique, les relations internationales, l’économie politique, les rapports de force et les différentes manifestations du pouvoir. Libéral classique, libertarien et indépendantiste québécois, il défend une conception de la société fondée sur la liberté individuelle, la responsabilité personnelle, la propriété privée et la limitation du pouvoir de l’État. Nourrie notamment par les travaux de Friedrich Hayek, de Frédéric Bastiat et des penseurs de la tradition libérale, sa réflexion s'articule autour des rapports entre l'individu, les institutions et le pouvoir politique. À travers ses chroniques, il s’attaque aux contradictions du modèle québécois, aux dérives de l’interventionnisme et aux idées reçues qui traversent le débat public. Son approche conjugue analyse politique, profondeur historique, esprit critique et une irrévérence assumée, avec une conviction fondamentale : aucune autorité ne devrait être soustraite à l’examen critique, surtout lorsqu’elle prétend agir pour notre bien.

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