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Réponse au texte de Karine Gagnon « M. Duhaime, achetez-vous une soutane et ça presse! »

Madame Gagnon,

Votre chronique repose sur une prémisse aussi révélatrice qu’inquiétante : lorsqu’un parent utilise un service public de garde, il exerce un choix; lorsqu’on lui donne les moyens financiers de choisir lui-même la solution qui convient à sa famille, il faudrait soudainement parler de « Grande Noirceur », de curés et de soutanes.

Voilà où nous en sommes rendus au Québec : le choix est sacré, à condition que l’État ait préalablement choisi à votre place.

Éric Duhaime ne propose pas d’interdire aux femmes de travailler. Il ne propose pas de fermer les CPE. Il ne propose pas de renvoyer qui que ce soit à la maison.

Il propose quelque chose de beaucoup plus subversif aux yeux de notre establishment : faire confiance aux parents.

Votre chronique présente le système des CPE comme une conquête sociale qu’il serait presque sacrilège de remettre en question. Pourtant, après des décennies d’investissements publics, des parents attendent toujours une place, organisent leur vie autour de listes d’attente et doivent souvent accepter une solution qui ne correspond ni à leurs besoins ni à leur réalité professionnelle.

Et votre réponse à cet échec d’accès? Davantage du même système. Plus de centralisation. Plus de contrôle institutionnel. Plus d’argent versé à la machine.

C’est précisément la logique du monopole public : lorsqu’il échoue à répondre à la demande, on conclut que le problème n’est jamais le modèle, mais qu’il n’a pas encore reçu suffisamment de ressources.

Le débat devrait pourtant être beaucoup plus simple : pourquoi l’argent devrait-il suivre l’institution plutôt que l’enfant et sa famille?

Une famille où les deux parents travaillent de neuf à cinq n’a pas nécessairement les mêmes besoins qu’une famille avec des horaires atypiques. Certains parents préfèrent une garderie privée. D’autres privilégient un milieu familial. Certains comptent sur les grands-parents. D’autres souhaitent qu’un parent reste temporairement à la maison.

Dans une société libre, ces choix ne devraient pas être traités comme des déviations idéologiques nécessitant une rééducation par la bureaucratie.

Car votre chronique comporte une contradiction fondamentale.

Vous affirmez défendre l’autonomie économique et l’émancipation des femmes, tout en laissant entendre qu’une femme qui décide volontairement de consacrer davantage de temps à ses enfants aurait fait un choix « passéiste ».

Depuis quand la liberté signifie-t-elle que certaines décisions sont respectables et que d’autres doivent être financièrement pénalisées parce qu’elles ne correspondent pas aux préférences culturelles de la classe politique et médiatique?

La véritable émancipation ne consiste pas à remplacer l’autorité du curé par celle du bureaucrate.

Elle consiste à reconnaître que les femmes sont parfaitement capables de déterminer elles-mêmes leur parcours professionnel et familial.

Votre argument selon lequel l’absence d’un CPE équivaudrait pratiquement à un retour à la dépendance économique repose d’ailleurs sur une vision étonnamment condescendante des femmes et des familles. Les femmes ne sont pas des variables que l’État doit déplacer d’une institution à l’autre pour atteindre les objectifs sociaux définis par les gouvernements.

Elles sont des citoyennes capables de choisir.

Et c’est précisément là que la proposition du PCQ devient intéressante : elle remet en question un système où les familles doivent adapter leur vie aux institutions publiques plutôt que de voir les institutions s’adapter aux diverses réalités des familles.

Vous écrivez que les parents veulent massivement accéder aux services subventionnés. Très bien. Qu’on leur permette d’y accéder.

Mais le fait que certains parents préfèrent une option ne constitue pas un argument pour priver tous les autres de la liberté de choisir.

Une politique familiale moderne ne devrait pas consister à construire un modèle unique et à ensuite expliquer aux citoyens que leur liberté se limite à la possibilité d’y entrer.

Elle devrait reconnaître le pluralisme réel des familles québécoises.

Le vrai choix n’est donc pas entre le CPE et « la soutane ».

Le vrai choix est entre deux visions de l’État.

Dans la première, l’État finance et privilégie une institution particulière, puis organise la vie des familles autour de celle-ci.

Dans la seconde, l’État aide directement les familles et leur laisse la responsabilité de décider ce qui est le mieux pour leurs enfants.

Vous avez choisi de caricaturer cette seconde vision comme un retour au cléricalisme.

C’est plus facile que de répondre à la question centrale : pourquoi le gouvernement et ses institutions seraient-ils mieux placés que les parents pour décider du mode de garde qui convient à leurs propres enfants?

Cédrick Bergeron

Beauregard, Étienne-Alexandre. “Ni universel ni équitable! : Comment le système québécois de services de garde laisse trop d’enfants de côté.” Cardus, 2026. https://www.cardus.ca/research/family/reports/ni-universel-ni-equitable.

Burns, Samantha, Esther Yu, Jesseca Perlman, Kashish Kahlon, and Michal Perlman. “‘It Is Almost Impossible to Get a Spot When You Need It’: Understanding Parental Knowledge and Experiences of Canada’s New Child Care Policy Promoting Access to Quality Early Childhood Education and Care.” Early Childhood Research Quarterly 73 (2025): 69–81. https://doi.org/10.1016/j.ecresq.2025.05.004.

Cross, Philip. Is the Federal Daycare Program Achieving Its Stated Goals? Fraser Research Bulletin. Vancouver: Fraser Institute, February 2024. https://www.fraserinstitute.org/studies/federal-daycare-program-achieving-its-stated-goals.

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